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22.05.2022 à 19 H 09 • Mis à jour le 22.05.2022 à 19 H 13
Par
Cold Case

Un ex-juge d’instruction en charge du dossier Ben Barka attaqué en diffamation

Mehdi Ben Barka, Miloud Tounzi, Patrick Ramaël. Montage: Mohamed Mhannaou / Le Desk
L’ancien juge d’instruction Patrick Ramaël, en charge durant dix ans du dossier Ben Barka, a comparu devant la Cour d’appel de Paris au motif de la « violation du secret de l'instruction ». Une nouvelle action intentée par Miloud Tounzi, fonctionnaire à la retraite, que l'ex-magistrat français accuse d’avoir joué un rôle central dans la disparition en 1965 du célèbre opposant de Hassan II

Le 19 mai, devant la 17ème chambre de la Cour d’appel de Paris, celle des affaires de diffamation, l’ancien juge d’instruction Patrick Ramaël, en charge durant dix ans du dossier Ben Barka, comparaissait au motif de la « violation du secret de l’instruction ». Une action intentée par Miloud Tounzi que le juge accuse d’avoir joué un rôle central dans la disparition du célèbre opposant de Hassan II à Paris, en 1965.


Le juge avance que cet ex-fonctionnaire est « un retraité du crime au service de l’État marocain », et d’ajouter que « tout le monde sait que Miloud Tounzi se cachait sous son nom d’agent, ‘Larbi Chtouki’, condamné par contumace à la perpétuité en 1967 ». « C’est bien Tounzi qui a dirigé le commando qui a enlevé, torturé et fait disparaitre le corps de Mehdi Ben Barka », assure-t-il, et ce depuis des années.


La défense de la partie civile s’est dit « révoltée » par cette grave assertion, évoquant les passages d’un livre de l’ex-juge publié en 2015 dans lequel il faisait le lien entre Tounzi et ‘Chtouki’ en affirmant que le juge n’a jamais eu de preuve de ce qu’il avance.


Si cette histoire est « connue depuis des décennies et a été rapportée par des articles de presse à plusieurs reprises », ces derniers n’ont jamais été attaqués en diffamation, réplique l’avocat de Ramaël qui a rappelé qu’en 2015, date de sortie du livre, il n’était déjà plus en charge du dossier et que son ouvrage ne fait que citer la presse marocaine ayant relaté des aveux de Tounzi auprès de l’Instance Equité et Réconciliation (IER), une commission ayant eu en charge au début du règne du roi Mohammed VI de faire la lumière sur de nombreux cas de disparitions forcées durant les « années de plomb ».


Cependant, la défense de Tounzi est catégorique : « cette audition n’a jamais eu lieu, c’est faux, c’est lamentable », chose à laquelle la défense de Ramaël a déclaré que son « client a tenté de récupérer ce rapport mais il y a eu refus des autorités marocaines ».


L’ancien juge rappelle qu’il avait lancé des mandats d’arrêt en 2007 contre plusieurs suspects marocains pouvant être impliqués dans la disparition de Ben Barka et qu’il avait bien constaté lors de son instruction des « indices graves et concordants ».


Tounzi derrière le pseudo d’un agent secret ?

En 2005, Ramaël, avait en effet affirmé avoir établi la double identité de ‘Larbi Chtouki’ qu’il assimilait déjà formellement à Miloud Tounzi qualifié « d’agent de la police secrète », et « un des derniers témoins encore vivants de l’affaire ». Mais le Maroc n’avait pas répondu à sa commission rogatoire internationale, ni Tounzi aux convocations du juge.


Le 22 octobre 2007, alors que Nicolas Sarkozy est en voyage officiel au Maroc, la chaine de télévision publique française France 3 faisait opportunément le point sur l’enquête Ben Barka. Un reportage diffusé en plein JT alors que le président français de l’époque posait pied sur le tarmac de l’aéroport de Marrakech pour un sommet politique France-Maroc, révélait alors que Ramaël a délivré le 18 octobre des mandats d’arrêt à l’encontre de cinq dignitaires marocains, dont Tounzi.


Miloud Tounzi avait déjà à l’époque des faits déposé plainte contre X pour « violation du secret de l’instruction ». L’avocat de la famille Ben Barka, Me Maurice Buttin qui avait reconnu avoir fuité l’information à France 3, avait finalement bénéficié d’une relaxe en 2014. Entretemps, les mandats d’arrêt émis par Ramaël ont été suspendus par le Parquet de Paris.


Enfin, en 2017, Tounzi attaquait de nouveau Me Buttin et la famille Ben Barka, mis en examen dans une procédure automatique par la justice française suite à ses plaintes pour « diffamations publiques ». Là encore, l’action du fonctionnaire retraité n’a pas abouti.


D’après Patrick Ramaël, une autre raison l’aurait encore conduit en justice dans ce dernier volet de l’affaire : son voyage controversé au Maroc, maintenu malgré l’annulation de sa mission dans l’affaire Ben Barka. L’ancien juge avait durant son périple relevé les coordonnées GPS du site de l’ancien centre secret de détention PF3 à Rabat, où des restes de l’opposant auraient été enterrés, selon une thèse sur ce vieux cold case, en vogue depuis de longues années, mais contredite par d’autres…


L’affaire en appel, après une relaxe en première instance, sera délibérée le 23 juin prochain.

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