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19.12.2022 à 12 H 29 • Mis à jour le 19.12.2022 à 12 H 39
Par
Editorial

Le monde devenu un peu plus juste et autres enseignements du Mondial 2022

En faisant revêtir à Leo Messi un bisht traditionnel arabe, le pays hôte de la Coupe du Monde de la FIFA, le Qatar, a voulu pleinement être associé à la victoire de l’Argentine, à travers une image qui fera le tour du monde. Crédit : AFP
Cette Coupe du monde Qatar 2022 reflète ce nouveau monde où les dynamiques de pouvoir entre les nations sont profondément chamboulées, où la parole du Nord n’a jamais été autant remise en cause au Sud et où les puissances traditionnelles peinent de plus en plus à justifier leur légitimité en tant qu’artisans de la marche de l’Histoire

Lionel Messi a enfin soulevé la Coupe du monde. A 35 ans, c’était sa dernière chance de savoir combien elle pèse, pour paraphraser son prédécesseur, Diego Maradona. Quand celui-ci offrait sa deuxième étoile au maillot de l’Albiceleste, Messi n’était pas encore né. Il verra le jour l’année suivante, en 1987. Saint Diego, lui, n’est plus. Cette année, il aura fallu que l’Argentine conjure le sort de la manière la plus dramatique possible. Une finale folle et insensée, où les sud-américains se pensaient confortablement embarqués en croisière vers un troisième titre mondial, avant que Kylian Mbappé, du haut de ses 23 ans, en décide autrement et force le passage vers les prolongations. Ce qui s’en suivit semble maintenant hors du temps. 30 minutes d’intensité encore inconnues des finales de Mondial, avant l’apothéose d’une séance de tirs au but qui aura finalement vu Leo Messi s’agenouiller et lever sa tête et ses mains au ciel, délivré. Le monde est un endroit (un tout petit peu) plus juste aujourd’hui.


Dans un monde où il se fait chaque jour plus difficile d’aimer le football et ses relations incestueuses avec la politique, l’argent et autres forces du mal, la Coupe du monde nous rappelle à quel point le balompié est le sport le plus populaire parmi les mortels. Les images festives qui nous parviennent de Buenos Aires, de Córdoba et de Mendoza ne sont qu’une énième raison de nous réconcilier avec le sport et le football en particulier. Car ils représentent pour la majorité les seuls motifs de joie et l’unique échappatoire à la dureté de la vie et aux tourments du quotidien. En Argentine, un pays presque condamné à la faillite économique éternelle, le taux de pauvreté est passé de 25,7 % à 42 % entre 2017 et 2020. La manière avec laquelle sa sélection a arraché le titre aujourd’hui est à l’image du panorama politique, social et économique qui y perdure : chaotique.


Au Maroc également, cette Coupe du monde a permis de suspendre, l’espace de cinq semaines, la morosité et les vicissitudes de tous les jours. Le parcours historique des Lions de l’Atlas a fait oublier, au rythme de qualifications héroïques jusqu’en demi-finale, la cherté de la vie, les effets de la sécheresse, l’inflation galopante et pour beaucoup l’absence de raisons d’espérer. Les scènes de liesse observées dans les quatre coins du pays immortaliseront une unité populaire inédite. Dans l’imaginaire collectif des Marocains, cette parenthèse enchantée fera certainement office de repère de vie, un instant d’espoir inattendu mais savouré par toutes et tous.


Cette édition de la Coupe du monde, organisée par le Qatar à coups de milliards de dollars et de cercueils pour travailleurs migrants, nous instruit une nouvelle fois sur le pouvoir du football. Ce sport est probablement l’outil de soft-power politique et économique le plus puissant qu’un Etat avec une quelconque once d’ambition puisse exploiter. Pour le pays organisateur, le Mondial 2022 est une réussite sans limite, n’en déplaise à une certaine partie de la machine médiatique occidentale qui n’a cessé de jouer les trouble-fêtes. Maintenant que la compétition s’est achevée, n’est-il pas judicieux de se poser la question suivante : l’Occident ne comprend-il peut-être pas que les messages envoyés par le Qatar à travers l’organisation de cet événement, ne lui-est pas forcément destiné, du moins, pas en premier lieu ? Pour le Qatar, l’essentiel de la mission est accompli : montrer aux pays du Sud, que l’Occident n’est pas le seul capable d’offrir un spectacle aussi abouti au reste du monde, de la Bolivie à l’Indonésie, en passant par la Palestine et la Syrie. Il suffira de demander leur avis aux jeunes Argentins, Marocains, Africains, Arabes… Beaucoup estiment que cette édition de la Coupe du monde est déjà la meilleure de tous les temps.


Cette Coupe du monde est donc parfaitement appropriée à ce nouveau monde où les dynamiques de pouvoir entre les nations sont profondément chamboulées, où la parole du Nord n’a jamais été autant remise en cause au Sud et où les puissances traditionnelles peinent de plus en plus à justifier leur légitimité en tant qu’artisans de la marche de l’Histoire.

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