Tirs de projectiles à Es-Smara: ce que l’on sait ce dimanche à la mi-journée
Création : Le Desk / Ezzoubair Elharchaoui. Sur la base de sources sur place à Es-Smara
Dans la soirée du 28 au 29 octobre, vers 1 heure du matin, Es-Smara a été réveillée par quatre déflagrations ayant touché trois emplacements précis dans cette ville du sud-ouest du Sahara, dans la région de Laâyoune Sakia El Hamra. Un communiqué, diffusé par les autorités locales (à savoir la province, relevant du ministère de l'Intérieur), faisait état de déflagrations ayant coûté la vie à une personne, un Marocain résident en France selon des sources locales, et fait trois blessés. Parmi les blessés, on compte un policier qui n'était pas en service, selon nos sources.
D'après un autre communiqué publié un peu après midi, ce dimanche, par le parquet, une enquête a été ouverte en raison de ce qui est présenté comme étant « des tirs de projectiles ». Le communiqué de la province indqiue que les déflagrations ont touché les quartiers de la ZAP, Hay Essalam et du quartier industriel (deux déflagrations).
D'après des informations recueillies par Le Desk selon des sources sur place, la première déflagration a eu lieu du quartier Hay Essalam, non loin du café Kentaoui. Les deux déflagrations sont survenues au quartier industriel, non loin de la direction régionale de la Santé et de la grande mosquée de la ville. Enfin, la quatrième déflagration a touché une zone située au niveau du quartier dit de la ZAP, au niveau de l'école Mohammed Zerktouni de la ville d'Es-Smara.
Des tirs de projectiles militaires
D'après les premières photos des lieux de la déflagration, authentifiées par Le Desk auprès de la personne ayant pris ces photos, un journaliste local gérant une page Facebook, la piste des tirs de projectiles est bien confirmée : les traces laissés au niveau de plusieurs murs indiquent qu'il s'agit vraisemblablement d'éclats d'un Schrapnel, utilisés de manière courante par le Front du Polisario. Ces obus disposent à leur intérieur des petits fragments, sous forme de balles, qui sont projetés lorsqu’ils atteignent leur cible.
Photo de traces sur les murs à Es-Smara, suite à une des déflagrations. La photo a été authentifiée par Le Desk auprès du photographe. L'utilisation d'obus confirme ainsi le caractère militaire de ce qui a pu se passer ce 29 octobre, vers 1 heure du matin. L'aspect militaire est aussi renforcé par la présence immédiate, près de 20 minutes après les déflagrations, d'éléments de la Minurso venus constater l'ampleur des dégâts et enquêter. Pour rappel, un site de la Minurso est bien installé à Es-Smara, situé à près de 1,3 kilomètre d'une des zones touchés. En voiture, à une vitesse normale, il aura suffi de moins de 15 minutes aux équipes de la Minurso pour se rendre au quartier industriel.
La présence de la Minurso est attestée par une courte vidéo publiée sur les réseaux sociaux, dont la source a été authentifiée par Le Desk : il s'agit d'un live d'une page Facebook locale, dirigée par un journaliste avec qui nous avons pu nous entretenir, et qui était également présent sur les lieux.
Enfin, il est utile de préciser que la distance séparant la grande mosquée, la zone la plus à l'est, et du principal mur de défense, est de 34 kilomètres. Une distance suffisante pour un tir de projectile de ce type. Il s'agirait, si le Polisario est officiellement désigné comme à l'origine de ces tirs, d'une première attaque contre une ville majoritairement constituée de populations civiles.
Un contexte particulier
Cela, sans oublier le contexte assez particulier : le 30 octobre, à savoir dès ce lundi, le Conseil de sécurité doit se prononcer sur le vote du projet de résolution américain sur le renouvellement de la mission d'interposition onusienne. Le projet en question est défavorable au Polisario qui voulait faire inscrire la nécessité de tenir un référendum.
Jusqu'à l'heure actuelle, le Polisario n'a toujours pas communiqué (ou revendiqué) les évènements de ce 29 octobre. Sur le site de l'agence de presse du Polisario, on peut par ailleurs lire un communiqué, le 900ème, faisant état de tirs au niveau de la zone du Mahbès. Le Polisario est habitué à ce genre de communications, depuis les évènements de Guerguerat.
De plus, comme nous le démontrions dans un précédent Datadesk, non loin de la zone de Smara, le Polisario a déjà eu à effectuer des attaques. D'après la Minurso, on en compte deux dans la période de septembre 2021 à août 2022.
Note : la distance séparant la ville d’Es-Smara et le mur de défense a été modifiée dans l’infographie nouvellement mise à jour. La ville, à 34 kilomètres du mur de défense, reste toujours à portée de tirs d’obus.
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@soufianesbiti