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27.05.2025 à 19 H 44 • Mis à jour le 27.05.2025 à 23 H 58
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Première confirmation de la mouche louse chez des chiens en refuge au Maroc

Chiens de refuge. Crédit: DR
Une équipe scientifique maroco-allemande révèle la présence de ce parasite vecteur de maladies chez des chiens abrités à Khouribga. L’étude appelle à une surveillance nationale élargie

Une avancée scientifique inédite vient d’être réalisée au Maroc : la présence de Hippobosca longipennis, plus connue sous le nom de mouche louse du chien, a été confirmée pour la première fois par identification moléculaire sur des chiens abrités dans des refuges du centre du pays. L’étude, menée par des chercheurs de l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, en collaboration avec l’Institut Bernhard Nocht de médecine tropicale à Hambourg, a été publiée ce mardi 27 mai dans la revue scientifique Parasites &  Vectors.


Un parasite cosmopolite, potentiellement vecteur de maladies

Hippobosca longipennis est une mouche hématophage (se nourrissant de sang) appartenant à la famille des hippoboscidés. Elle infeste une grande variété d’animaux domestiques et sauvages à travers l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie et le sud de l’Europe. Elle est notamment connue pour être un vecteur potentiel de l'Acanthocheilonema dracunculoides, un nématode filarien retrouvé chez les chiens et d'autres canidés, et un hôte phorétique (transporteur passif) d’acariens pathogènes comme Cheyletiella yasguri, responsables de dermatites chez les chiens et les humains.


Jusqu’ici, sa présence au Maroc n’avait été rapportée que de manière anecdotique à Meknès et Marrakech, sans confirmation scientifique formelle. Ce travail représente donc un jalon important dans la connaissance des parasites canins dans le pays.


Entre avril et novembre 2022, les chercheurs ont inspecté 230 chiens dans quatre refuges situés à Rabat, Casablanca, Fès et Khouribga. Seul ce dernier site a révélé une infestation par la mouche louse : 30 chiens, soit 13,1 % de l’échantillon, hébergeaient au total 35 spécimens, dont 33 adultes (10 mâles, 19 femelles non gravides, 4 femelles gravides) et deux larves de stade 3. Les mouches ont été principalement retrouvées sur la nuque et le dos des animaux.


Pas de nématodes détectés, mais la vigilance reste de mise

L'identification morphologique a été appuyée par des analyses génétiques, notamment un séquençage de l’ADN mitochondrial (gène COI), qui a confirmé sans ambiguïté qu’il s’agissait bien de Hippobosca longipennis. Deux séquences obtenues ont été déposées sur GenBank, la base de données mondiale de référence.


Les chercheurs ont ensuite cherché à détecter la présence de nématodes filariens dans les mouches collectées en procédant à des analyses PCR sur différents groupes (mâles, femelles gravides et non gravides, larves). Aucun des échantillons testés n’a révélé de présence d’ADN de l'Acanthocheilonema dracunculoides ou d’autres filaires. Ce résultat ne permet toutefois pas d’écarter complètement la possibilité de transmission : il pourrait simplement refléter une prévalence faible ou une circulation silencieuse du parasite dans la région.


Des conditions favorables à Khouribga

L’exclusivité de l’infestation à Khouribga s’explique possiblement par une combinaison de facteurs biotiques et abiotiques favorables à la mouche louse. Les chercheurs soulignent que la configuration des lieux - présence de fissures, de terre nue - pourrait avoir permis la larviposition (mise bas de larves directement dans l’environnement), phénomène observé uniquement dans ce refuge. En revanche, l’usage régulier d’insecticides dans d’autres refuges, comme celui de Casablanca, pourrait expliquer l’absence de mouche louse dans ces sites.


Cette première identification moléculaire de Hippobosca longipennis au Maroc ouvre la voie à des investigations plus poussées. L’équipe recommande de lancer des campagnes entomologiques à plus large échelle afin de mieux cerner la distribution géographique de l’espèce, d’identifier d’éventuels réservoirs animaux et de détecter les pathogènes qu’elle pourrait transmettre.


En l’absence actuelle d’un comité national de bioéthique pour la recherche animale au Maroc, les chercheurs ont assuré que l’étude avait été menée dans le respect des normes en vigueur à l’Institut Hassan II et selon les directives internationales, notamment celles de l’Union européenne.


Ce travail, financé par le ministère allemand de l’Éducation et de la Recherche (BMBF), constitue une étape fondatrice pour la compréhension des vecteurs arthropodes dans les refuges animaliers marocains, un enjeu sanitaire à la croisée du bien-être animal, de la santé vétérinaire et de la santé publique.

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