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08.07.2025 à 14 H 50 • Mis à jour le 08.07.2025 à 14 H 58
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Conjoncture

Maroc : BMI-Fitch Solutions relève sa prévision de croissance pour 2025 à 4,5 %

Le siège de Fitch Group, à New York. Crédit : Fitch Solutions
L’économie marocaine, portée par la reprise agricole et la demande intérieure, accélère depuis début 2025 et s’oriente vers une croissance plus robuste pour le reste de l’année, selon un rapport de BMI, filiale du groupe Fitch Solutions, rendu public ce début juillet

L’agence BMI, filiale du groupe Fitch Solutions, a relevé en juillet sa prévision de croissance pour le Maroc en 2025 de 4,3 % à 4,5 %, à la lumière des dernières données publiées par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), selon lesquelles le produit intérieur brut a progressé de 4,8 % en glissement annuel au premier trimestre. Cette révision à la hausse s’appuie principalement sur le redressement tant attendu du secteur agricole et la solidité persistante de l’économie hors agriculture, en dépit d’un léger ralentissement.


Le secteur agricole a renoué avec la croissance après quatre trimestres consécutifs de contraction, enregistrant une hausse de 4,5 %, tandis que les activités non agricoles ont affiché une progression stable de 4,8 %, contre 5,0 % au trimestre précédent. En termes de dépenses, la formation brute de capital fixe a constitué le principal moteur de croissance, bondissant de 17,5 % en termes réels, sa meilleure performance depuis le rebond post-pandémique du deuxième trimestre 2021.


Une dynamique soutenue par la consommation et l’investissement

La consommation privée a également contribué à cette reprise, avec une progression de 4,4 % contre 3,7 % au trimestre précédent. Cette amélioration est attribuée à une inflation contenue, au redressement partiel des revenus agricoles et à l’afflux croissant de touristes – les arrivées ayant augmenté de 24,3 % sur les deux premiers mois de l’année comparativement à 2024.


BMI prévoit que cette dynamique se poursuivra au second semestre, soutenue par la stabilité des prix, les effets différés de l’assouplissement monétaire déjà amorcé par Bank Al-Maghrib (75 points de base de baisse) et la poursuite de la reprise agricole. La croissance de la consommation privée, estimée à 4,5 % en 2025, devrait rester au-dessus de sa moyenne décennale (2,2 %), avant de ralentir légèrement à 4,0 % en 2026, tout en conservant un rythme soutenu.


En milieu rural, la hausse des revenus agricoles devrait permettre d’atténuer les flux migratoires vers les centres urbains et de réduire la saturation du marché du travail, ce qui pourrait induire une pression haussière modérée sur les salaires. Ce phénomène, conjugué à un niveau d’inflation particulièrement bas – anticipé à 0,7 % en 2025 contre 1,1 % précédemment – et à la faiblesse attendue du dollar américain, viendra renforcer le pouvoir d’achat et la consommation des ménages.


La locomotive des grands événements sportifs

Côté investissement, BMI table sur une croissance soutenue de la formation brute de capital fixe, estimée à 7,9 % en 2025 et 5,9 % en 2026, soit bien au-dessus de la moyenne 2015-2024 de 3,0 %. Cette vigueur repose sur deux facteurs déterminants : d’une part, le maintien d’un niveau élevé d’utilisation des capacités productives, relevé dans les dernières enquêtes de conjoncture, conjugué à des coûts de financement en baisse  d’autre part, les préparatifs pour la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025-2026, qui mobiliseront des investissements considérables dans les infrastructures sportives – notamment au complexe Moulay Abdellah à Rabat – et dans les équipements connexes.


À cela s’ajoutent les travaux engagés pour la Coupe du monde 2030, dont le Maroc est coorganisateur, qui devraient également stimuler le secteur du BTP à moyen terme. Ces projets, à la croisée de l’aménagement du territoire, du tourisme et de la stratégie d’attractivité internationale du Royaume, offrent un levier de relance structurant.


Opportunités à l’export, dans les relocalisations et le tourisme

Malgré les incertitudes commerciales internationales, notamment liées aux tensions sino-américaines et aux ajustements tarifaires de Washington, BMI relève une amélioration des perspectives pour les exportations marocaines, portée par une embellie conjoncturelle en Europe. Le Vieux Continent, principal partenaire commercial du Royaume, devrait voir ses dépenses en matière de défense augmenter sensiblement dans les prochaines années.


Cette réorientation stratégique – marquée par une volonté de relocaliser certaines capacités industrielles – pourrait profiter au Maroc, en particulier dans les secteurs de l’aéronautique et de la sous-traitance industrielle, où le pays dispose déjà de positions solides. Le tourisme, dopé par les événements sportifs et une saison estivale prometteuse, devrait également renforcer les exportations de services. Parallèlement, la hausse attendue de la production alimentaire nationale devrait limiter les besoins d’importation, permettant une nette amélioration du solde commercial.


BMI anticipe ainsi que les exportations nettes contribueront positivement à la croissance, à hauteur de 0,1 point de pourcentage en 2025 et 0,2 point en 2026, contrastant fortement avec leur contribution négative de 2,6 points en 2024.


Vers une croissance plus soutenue en 2026

Malgré cette conjoncture favorable, BMI met en garde contre plusieurs risques qui pourraient assombrir les perspectives à moyen terme. Sur le plan externe, un ralentissement économique en Europe, causé notamment par les tensions commerciales transatlantiques ou l’instabilité au Moyen-Orient, pourrait peser sur la demande adressée au Maroc. Une nouvelle escalade des tensions entre Israël et l’Iran, bien qu’exclue du scénario central, pourrait par ailleurs entraîner une hausse des prix mondiaux de l’énergie, affectant directement le pouvoir d’achat des ménages marocains et les marges d’investissement des entreprises.


Sur le plan interne, le principal facteur de vulnérabilité reste la dépendance structurelle à la pluviométrie. Une mauvaise campagne agricole en 2026 remettrait en cause la poursuite de la reprise dans les zones rurales et perturberait l’équilibre global du modèle de croissance.


Pour l’année 2026, BMI prévoit une accélération du PIB à 4,8 %, dans un contexte de conditions monétaires encore plus favorables, d’une consommation soutenue et d’un environnement extérieur globalement porteur. Le Maroc, grâce à sa stabilité macroéconomique, son dynamisme en matière d’investissements publics et son positionnement stratégique en Afrique du Nord, semble bien placé pour capitaliser sur cette phase de relance économique.

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