La centrale solaire flottante du barrage Oued Rmel entame sa phase de tests
La centrale solaire flottante du barrage Oued Rmel. Crédit : AFP
La centrale solaire flottante du barrage Oued Rmel, dont l’installation à démarré en mai dernier, est entrée ce mois d’août 2025 dans sa phase de tests effectifs. Placée sur le bassin du barrage situé près de Ksar Sghir, elle marque une première nationale : avec une puissance de 13 mégawatts (MW), elle est destinée à alimenter en électricité verte le complexe portuaire de Tanger Med, tout en réduisant l’évaporation des eaux du réservoir.
Cette centrale solaire flottante repose sur une technologie dite « floatovoltaïque », consistant à disposer des panneaux photovoltaïques sur des plateformes flottant à la surface du plan d’eau. Outre la production d’énergie propre, ce dispositif limite l’exposition de l’eau au soleil, réduisant ainsi les pertes par évaporation. Selon Yassine Wahbi, responsable au ministère de l’Équipement et de l’Eau, cité par l’AFP, le barrage Oued Rmel perd quotidiennement quelque 3 000 m3 d’eau par évaporation, chiffre qui peut doubler en été. Les panneaux flottants devraient permettre de réduire cette quantité d’environ 30 %.
Au total, plus de 22 000 modules recouvriront 10 hectares sur les 123 hectares que compte l’ouvrage hydraulique. À terme, la centrale produira 13 MW, de quoi répondre aux besoins énergétiques du complexe portuaire de Tanger Med, hub logistique stratégique du Royaume.
Un projet-pilote dans un contexte hydrique critique
Le Maroc traverse la plus longue sécheresse de son histoire récente. Entre octobre 2022 et septembre 2023, les réserves d’eau du pays ont perdu l’équivalent de plus de 600 piscines olympiques par jour en raison de l’évaporation, conséquence directe d’un réchauffement climatique qui a porté les températures moyennes 1,8 °C au-dessus de la normale. Aujourd’hui, les barrages ne dépassent guère le tiers de leur capacité nationale.
Le projet d’Oued Rmel, lancé en 2023, s’inscrit ainsi dans une stratégie nationale de préservation de l’eau. Le ministère prévoit également la plantation d’arbres autour du réservoir afin de réduire l’effet desséchant du vent.
Des perspectives d’extension à d’autres barrages
Des études de faisabilité sont d’ailleurs en cours pour deux autres sites : le barrage Lalla Takerkoust, près de Marrakech, et celui d’Oued El Makhazine, l’un des plus grands du pays. Sur ce dernier, un projet prévoit l’installation de 22 000 modules solaires sur une surface de 62 500 m2, capables de générer 23,43 GWh par an. Cette production servirait notamment à alimenter des stations de pompage pour l’irrigation, tout en évitant l’émission de 15 600 tonnes de CO2 chaque année.
Pour les experts, cette technologie représente un « gain significatif » dans un contexte de raréfaction croissante de la ressource. Toutefois, certains, comme le climatologue Mohammed-Saïd Karrouk, rappellent, selon l’AFP, que le réservoir est trop vaste et sa surface trop irrégulière pour être entièrement recouverte de panneaux flottants, lesquels pourraient être endommagés par les variations du niveau de l’eau, a-t-il indiqué.
Ces projets ne peuvent à eux seuls compenser la baisse de 75 % des apports pluviométriques observée au cours de la dernière décennie. L’urgence réside aussi dans le transfert des surplus hydriques du nord vers les régions plus touchées du centre et du sud, à travers l’extension du réseau de canaux déjà amorcé avec le projet dit « autoroutes de l’eau ».
Une alternative complémentaire au dessalement
Si le dessalement de l’eau de mer reste le principal levier d’action du Maroc – avec un objectif de production porté à 1,7 milliard de m3 d’ici 2030 contre 320 millions actuellement –, l’option solaire flottante apparaît comme une innovation complémentaire. Elle combine transition énergétique et résilience hydrique, dans une double approche particulièrement pertinente pour un pays confronté à une tension structurelle sur l’eau et engagé dans une stratégie de neutralité carbone à l’horizon 2050.
En misant sur Oued Rmel comme laboratoire grandeur nature, le Maroc rejoint ainsi le cercle restreint des pays pionniers – Chine, Indonésie, Thaïlande, France – qui expérimentent cette technologie appelée à s’étendre, dans un monde où sécheresse et besoins énergétiques progressent de concert.
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