Maroc–États-Unis : une coopération militaire au service du déminage
Soldats des Forces Armées Royales et du Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique, en formation. © FAR / USAFRICOM
À Rabat, les Forces Armées Royales (FAR) et le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (USAFRICOM) ont célébré la fin d’un cycle de formation en neutralisation des explosifs et munitions (EOD). Cette remise de diplômes, organisée fin août 2025, marque l’aboutissement d’un programme lancé en 2016 visant à doter l’armée marocaine de capacités techniques durables dans le domaine du déminage.
Neuf ans d’apprentissage progressif
Le programme s’est déroulé par étapes successives, réparties en quatre niveaux, eux-mêmes divisés en phases. La dernière, baptisée EOD 3+, s’est achevée à Kénitra après six semaines d’instruction intensive, du 14 juillet au 29 août 2025. Les participants y ont alterné cours théoriques, développement doctrinal et exercices pratiques, y compris avec munitions réelles. Cette phase finale a été encadrée par une équipe mixte, marocaine et américaine, épaulée par des spécialistes de la Force opérationnelle de l’Armée américaine en Europe méridionale – Afrique (SETAF-AF), qui ont également apporté un enseignement en compétences médicales au combat.
Former pour devenir autonome
L’objectif affiché est clair : permettre au Maroc de disposer d’une capacité autonome et conforme aux normes internationales en matière d’action contre les mines (IMAS). Une ambition qui dépasse le seul cadre militaire. Dans les zones encore marquées par les restes explosifs de guerre, le déminage constitue en effet une priorité humanitaire, visant à protéger les civils et sécuriser les infrastructures critiques. Pour les FAR, cette formation représente la possibilité de développer des compétences internes capables de perdurer et de se transmettre.
Mais cette coopération ne se réduit pas à un simple transfert de savoir-faire. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de rapprochement militaire entre Rabat et Washington. Les deux armées mettent en avant la logique de « partage des charges » : en formant ses propres spécialistes, le Maroc est appelé à devenir un pôle régional de référence, capable non seulement de protéger son territoire mais aussi d’apporter son expertise ailleurs en Afrique.
Les enjeux géopolitiques d’un partenariat à double sens
Au-delà de l’événement militaire, les enjeux politiques sont patents. Pour les États-Unis, ce type de formation illustre une tendance à déléguer certaines missions sécuritaires à des partenaires régionaux, tout en maintenant une influence indirecte sur le continent. Une manière de limiter leur présence directe, sans renoncer à leurs objectifs stratégiques. Pour le Maroc, cette coopération répond à une logique de puissance : se positionner comme acteur stabilisateur, capable d’exporter son savoir-faire et d’affirmer son rôle en Afrique. Le déminage devient ainsi un outil diplomatique autant qu’un impératif sécuritaire.
Au final, la remise des diplômes de Kénitra illustre une double dynamique. D’un côté, Rabat gagne en autonomie et renforce son image de partenaire crédible et stabilisateur. De l’autre, Washington s’appuie sur ce partenariat pour avancer ses priorités sécuritaires sur le continent africain, tout en réduisant la charge directe de son engagement.
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