GPC Papier et Carton booste son expansion avec un investissement massif et une IPO imminente
Dans l’usine GPC Papier et Carton de Mohammedia. Crédit : Constance Sade / Le Desk
Acteur majeur du secteur de l’emballage en papier et carton ondulé, GPC Papier et Carton, filiale du groupe Ynna Holding (Groupe Chaâbi), entame une nouvelle phase de son développement. L’entreprise investit 500 millions de dirhams (MDH) dans l’agrandissement et la modernisation de son site de Mohammedia, portant sa capacité de production annuelle de 90 000 tonnes à 160 000 tonnes d’ici 2030. Cette extension, qui mobilise un investissement conséquent, s’inscrit dans une séquence stratégique précédant de peu son introduction en Bourse, attendue selon nos sources entre fin octobre et début novembre, sous réserve du visa de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC).
Un hub industriel innovant à Mohammedia
L’usine de Mohammedia, inaugurée il y a 20 ans, devient le centre névralgique de la montée en puissance de GPC. L’extension prévoit l’installation de la première machine hybride d’impression numérique-flexo sur carton ondulé en Afrique. Cette technologie de pointe combine la flexographie pour les aplats et l’impression numérique haute définition pour les visuels complexes, permettant d’offrir une qualité d’impression optimale, de réduire les coûts de production et d’améliorer l’agilité pour répondre aux demandes spécifiques, en particulier dans l’agroalimentaire et l’export.
L’investissement permettra également de porter la superficie du site de 9 à 14 hectares et de créer plus de 100 emplois directs à l’horizon 2027. « L’extension fait du site de Mohammedia un hub industriel innovant et durable, contribuant au rayonnement du “Made in Morocco” et à la transition écologique et économique du pays », résume fièrement Mounir El Bari, directeur général de GPC Papier et Carton.
Un acteur aux ambitions africaines
Fondée en 1992 à Kénitra, GPC s’est imposée comme le spécialiste national de l’emballage en carton ondulé. Avec huit sites de production répartis entre Kénitra, Agadir, Meknès et Mohammedia, l’entreprise détient environ 30 % du marché national et produit plus d’un million d’emballages par jour. En 2024, son chiffre d’affaires s’est établi à près de 1,9 milliard de dirhams (MMDH), pour un bénéfice net de 184 MDH. Son concurrent principal, International Paper (CMCP), couvre 50 % du marché, le reste étant partagé entre des acteurs de dimension plus modestes comme Med Paper, All Jeeser ou Sipat.
GPC ne cache pas ses ambitions régionales : « Nous avons un appétit africain. Peut-être que nous irons dans un autre pays », glisse Mounir El Bari, confirmant que l’entreprise planifie déjà la construction d’une nouvelle usine à Dakhla pour 2028-2029. « Le projet de Dakhla est dans le pipe. Nous avons préparé toutes les formalités administratives et nous sommes en train de travailler pour lancer la construction de cette unité », confirme-t-il au Desk. S’y ajoutent les récents investissements de 180 MDH dans l'unité de Meknès et de 300 MDH dans une unité de recyclage à Kénitra, destinée à sécuriser l’approvisionnement local et réduire le poids des importations.
Gouvernance et financement : la carte verte
Pour préparer son IPO, GPC a envoyé un signal fort au marché en procédant, en juillet 2025, à la structuration du premier fonds de titrisation verte du secteur de l’emballage au Maroc : le FT Novus Green Pack. Cette opération, validée par l’AMMC, a permis de mobiliser 250 MDH via la cession de créances commerciales, fléchés exclusivement vers des projets à impact environnemental et social positif. « Un fonds labellisé ESG, assorti d’un registre de suivi audité par Fidaroc Grant Thornton, garantissant une transparence totale et une gouvernance exemplaire », souligne le DG de l’entreprise.
GPC mise sur une stratégie ESG ambitieuse : 70 % des matières premières utilisées proviennent du recyclage, dont 30 % de l’unité de Kénitra, et chaque site est équipé d’une station d’épuration. L’entreprise s’engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 10 % d’ici 2030, tout en basculant progressivement vers les énergies renouvelables. Sur le plan social, elle a dispensé plus de 15 000 heures de formation en 2024, renforce la sécurité de ses collaborateurs par des audits réguliers et promeut la parité et la diversité au sein de son comité exécutif, composé à 75 % de femmes.
Le marché marocain du papier et du carton présente des fondamentaux solides : la consommation annuelle de carton ondulé atteint 525 000 tonnes, dont 50 000 tonnes importées, et la demande croît d’environ 10 % par an depuis une décennie. La consommation par habitant, encore faible (26 kg/an contre une moyenne mondiale de 57 kg et plus de 200 kg aux États-Unis), laisse entrevoir un fort potentiel de rattrapage, soutenu par l’essor du e-commerce et la valorisation croissante des produits agricoles. En 2024, le Maroc est devenu le premier exportateur de la région MENA pour les papiers et cartons ondulés, confirmant son rôle de hub régional.
Une IPO symbole de souveraineté industrielle
L’introduction en Bourse, dont les modalités de l’augmentation de capital et la fourchette de prix sont toujours dans l’attente du visa de l’AMMC, devrait permettre à GPC de renforcer sa visibilité, d’élargir ses sources de financement et de consolider son rôle de pilier dans un secteur stratégique pour la souveraineté industrielle. Elle interviendrait dans un contexte de regain d’activité à la Bourse de Casablanca, illustré par l’entrée récente de Vicenne, qui a levé près de 500 MDH.
L’introduction de GPC confirmerait ainsi la réouverture du marché marocain des IPO après plusieurs années de prudence et symbolisera l’essor d’un acteur national capable de faire du conditionnement un levier de transition écologique et de compétitivité pour le « Made in Morocco ».
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