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30.09.2025 à 13 H 08 • Mis à jour le 30.09.2025 à 14 H 48
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Conjoncture

Le Maroc conserve sa note BB+ chez Fitch, mais l’ombre des protestations plane sur les perspectives

Le siège de Fitch Group, à New York. Crédit : DR Le siège de Fitch Group, à New York. Crédit : DR
Fitch Ratings a confirmé la note du Maroc à BB+ avec perspective stable, saluant des politiques macroéconomiques solides et des réserves de change confortables. Mais l’agence de notation pointe aussi des vulnérabilités persistantes, entre poids de la dette, dépendance à l’agriculture et tensions sociales grandissantes

L'agence de notation américaine Fitch Ratings a confirmé, le lundi 29 septembre, la note du Maroc pour les émissions en devises à long terme à BB+, assortie d’une perspective stable. Cette note reflète des politiques macroéconomiques solides, un appui marqué des créanciers officiels, un profil d’endettement favorable et des réserves de liquidités internationales confortables, indique l’agence dans un communiqué.


Ces atouts sont cependant contrebalancés par des indicateurs de développement et de gouvernance inférieurs à ceux de pays comparables, un niveau élevé de dette publique et une forte exposition de l’économie aux conditions climatiques défavorables. À cela s’ajoute une pression sociale croissante, qui, sans remettre en cause la stabilité politique, pourrait peser sur les finances publiques.


Des réformes fiscales soutenant les recettes

Fitch prévoit que le déficit budgétaire se stabilisera à 3,8 % du PIB en 2025 et s’établira en moyenne à 3,1 % sur 2026-2027 (contre 3,8 % en 2024). Les recettes fiscales devraient se maintenir à 18,7 % du PIB sur la période, reflet des réformes fiscales récentes. Les recettes non fiscales devraient quant à elles reculer à 3,6 % du PIB sur la même période, l’État réduisant progressivement le recours à des mécanismes de financement innovants grâce à une amélioration de la position budgétaire. Les recettes totales devraient ainsi représenter en moyenne 22,5 % du PIB, contre 23,3 % en 2024, prévoit l’agence.


S’agissant des dépenses publiques, elles devraient diminuer à 25,8 % du PIB sur la période 2025-2027. Les investissements publics reculeront à une moyenne de 6,0 % du PIB, en raison de l’achèvement progressif de grands projets, notamment le Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation et l’aide au logement introduite dans le budget 2023, estime Fitch Ratings. En parallèle, les dépenses courantes augmenteront légèrement, atteignant 20,2 % du PIB en moyenne, portées par des dépenses sociales accrues dans l’éducation et la santé.


Autre point en faveur du Maroc : des réserves de change solides qui atteignaient, indique Fitch, 45 milliards de dollars (MM $) en août 2025, contre 37 MM $ un an plus tôt. Elles devraient rester robustes, couvrant en moyenne 5,3 mois de paiements extérieurs courants, au-dessus de la médiane des pays BB, établie à 4,8 mois. L’accord avec le FMI d’une seconde Ligne de crédit flexible de 4,5 MM $ renforce encore ce coussin, précise l’agence.


Par ailleurs, cette dernière anticipe une baisse graduelle de la dette à 67,0 % du PIB en 2025, puis à 65,3 % en 2027. Bien que ce niveau soit « bien au-dessus de la médiane des pays notés BB », l’agence considère que les risques de refinancement et de change restent maîtrisés. « Fin 2024, la dette était majoritairement à moyen et long terme (88 %), à taux fixe (89 %) et libellée en dirhams (75 %). La dette extérieure demeure largement concessionnelle, à 52 % multilatérale et 20 % bilatérale », explique la même source.

 

La question des tensions sociales

Si les fondamentaux macroéconomiques et la dynamique d’investissement sont jugés positifs par Fitch, l’agence alerte en revanche sur des vulnérabilités susceptibles d’assombrir les perspectives. Le Maroc a lancé un vaste programme d’infrastructures en préparation de la Coupe du monde 2030 (stades, aéroports, chemins de fer, infrastructures hydriques et énergétiques), estimé par Fitch à 18 % du PIB.


L’agence suppose que ce programme « n’alourdira pas significativement le budget de l’État, la plupart des projets devant être financés par des partenariats public-privé ». Elle estime cependant que des risques existent, citant notamment les risques liés aux garanties octroyées aux entreprises publiques ou des contributions budgétaires plus élevées.


Mais au-delà de la soutenabilité budgétaire des grands chantiers, c’est surtout le terrain social qui pourrait peser sur la trajectoire économique. Soulevant le point des tensions et des protestations sociales, qui se poursuivent depuis quelques jours, Fitch alerte sur un « risque de dérapage ». L’agence ne considère pas cette mobilisation sociale comme « une menace sérieuse à la stabilité politique », mais estime qu’elle pourrait avoir « des répercussions budgétaires si le gouvernement répondait par des dépenses sociales et d’investissement accrues ».


Ces répercussions seraient d’autant plus accentuées que la croissance de l’économie reste freinée par le recul du secteur agricole. La croissance du PIB réel est restée stable à 3,8 % en 2024, « la contraction du secteur agricole ayant annulé le dynamisme des activités non agricoles ». Toutefois, Fitch anticipe une accélération à 4,4 % en 2025, puis une moyenne de 3,9 % sur 2026-2027 « grâce à un meilleur rendement agricole lié à de meilleures pluies et à la vigueur des industries exportatrices et des infrastructures ».


Un autre point de vulnérabilité est soulevé par Fitch : un déficit courant en hausse. Selon la même agence, le déficit du compte courant devrait remonter à 1,4 % du PIB en 2025 et en moyenne à 2,4 % sur 2026-2027. Le déficit commercial atteindra 17,7 % du PIB en moyenne, tiré par l’augmentation des importations liées aux projets d’infrastructures, alors que les exportations se stabilisent, prévoit l’agence.

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