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01.10.2025 à 01 H 55 • Mis à jour le 01.10.2025 à 09 H 12
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Contestation

Inezgane, Oujda… : le mouvement GenZ212 pris dans la spirale de l’embrasement

GenZ212 A Oujda, une voiture de police a été retournée sur son toit. Crédit : DR
Au quatrième jour de mobilisation, la contestation du mouvement GenZ212 a franchi un seuil inédit : dans la nuit du 30 septembre au 1ᵉʳ octobre, les rues de plusieurs villes marocaines se sont embrasées. À Inezgane, Oujda et ailleurs, les affrontements entre jeunes manifestants et forces de l’ordre ont pris un tour d’une rare violence, marquant un basculement inquiétant d’une agitation jusque-là contenue

Au Maroc, la nuit du 30 septembre au 1ᵉʳ octobre 2025 a marqué un tournant dans le mouvement contestataire GenZ212. Après trois jours de manifestations éparses et relativement sous tension entre jeunes et forces de l’ordre, la quatrième soirée a plongé plusieurs villes dans une spirale de violences qui, pour la première fois, semblaient provenir autant des jeunes protestataires que des forces de l’ordre. À Inezgane, près d’Agadir, et à Oujda, capitale de l’Oriental, la rue s’est transformée en théâtre d’affrontements d’une rare intensité, confirmant que la contestation née sur les réseaux sociaux franchit désormais un seuil inédit.


Une radicalité soudaine

Le mouvement GenZ212, qui s’est imposé en quelques jours comme la bannière d’une jeunesse frustrée et marginalisée, avait déjà mobilisé par centaines lors des trois premières soirées. Mais jusqu’ici, malgré les charges policières et les arrestations massives, la confrontation semblait contenue. Le 30 septembre, tout a basculé. À Inezgane, ville voisine d’Agadir et fief du chef du gouvernement Aziz Akhannouch, des groupes de jeunes, parfois très jeunes, ont défié les barrages. Les forces antiémeutes, débordées, ont dû reculer face à des jets de pierres nourris. Dans la confusion, une agence postale a été incendiée et des assaillants ont tenté de pénétrer dans un hypermarché Marjane, après avoir mis le feu et renversé une voiture privée stationnée à l’entrée. Des devantures de banques ont été saccagées et des magasins pillés. Les flammes ont illuminé la nuit, donnant à la scène des allures d’émeute urbaine. Plus au sud, dans la commune d’Aït Amira, ce sont des véhicules de la gendarmerie royale qui ont été la cible de destructions, un fait rarissime qui témoigne de la radicalité soudaine des manifestations.


À Oujda, le scénario a pris une tournure encore plus brutale. Dans cette ville frontalière, la tension latente des jours précédents s’est muée en affrontements ouverts. Un véhicule de police a été renversé sur son toit, image saisissante relayée en boucle sur les réseaux sociaux. Mais l’incident le plus marquant reste celui, filmé sous plusieurs angles, de deux véhicules des forces de l’ordre percutant à vive allure des manifestants. Sur une vidéo, un jeune est aperçu gisant dans son sang, les jambes broyées. Les rumeurs de sa mort se sont propagées rapidement en ligne, mais la wilaya de l’Oriental a démenti, assurant qu’il avait été hospitalisé suite à des blessures à divers degrés et que son pronostic vital n’était pas engagé. Le choc de ces images a cependant jeté une ombre lourde sur la gestion policière de la crise et amplifié la colère.


Dans d’autres villes, le climat s’est lui aussi détérioré. À Errachidia, des jets de pierres ont accompagné les rassemblements. À Guelmim, la « porte du désert », et jusqu'à Tan Tan, des affrontements violents ont éclaté jusque tard dans la nuit. À Zaïo, dans la province de Nador, au cœur du Rif historiquement frondeur, les échauffourées ont viré à la révolte de rue, rappelant la mémoire encore vive du Hirak. Partout, les mobilisations, d’abord modestes, ont rapidement dégénéré en violences localisées, souvent dans des quartiers populaires où des adolescents, parfois cagoulés, s’en sont pris au mobilier urbain et aux forces de l’ordre.


Une symétrie nouvelle de violence

Ce qui distingue cette nuit des précédentes, c’est la symétrie nouvelle de la violence. Les protestataires, galvanisés par les images et la circulation rapide des vidéos sur TikTok ou Instagram, n’ont plus reculé. Ils se sont organisés pour tenir tête, avec des tactiques rudimentaires mais coordonnées. En face, les forces de l’ordre ont multiplié les charges, parfois à l’aide de canons à eau et les manœuvres motorisées. À Oujda, l’usage des véhicules comme outils de dispersion a franchi une ligne rouge.


Le bilan des heurts demeure incertain, tant les informations officielles sont fragmentaires, sinon inexistantes. Les arrestations se comptent par dizaines dans plusieurs villes, tandis que des blessés ont été recensés dans les deux camps. La majorité gouvernementale, qui salue la « retenue » des autorités, tente de contenir l’emballement en insistant sur sa volonté de dialogue, mais la radicalisation visible dans les villes périphériques inquiète. Ce ne sont plus Rabat ou Casablanca qui cristallisent le plus les tensions, mais des cités plus éloignées du centre, où la colère sociale trouve une résonance particulière.


À l’issue de cette nuit d’incendies, de heurts et de blessures, le Maroc se retrouve face à un mouvement qui s'enflamme. Porté par une jeunesse désabusée, amplifié par la puissance virale des réseaux sociaux, GenZ212 a désormais franchi un cap qui semble échapper à ses initiateurs : celui de la confrontation directe et de la spirale de violence, malgré les appels des meneurs sur le réseau Discord à se désolidariser avec les casseurs qui agissent à contrario des slogans de pacifisme énoncés par le mouvement. Dans ce climat électrique, la question qui se pose est celle de la suite : apaisement par le dialogue et des actions concrètes de l’Exécutif, ou durcissement réciproque annonçant de nouvelles nuits d’affrontements.


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