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20.10.2025 à 19 H 00 • Mis à jour le 21.10.2025 à 10 H 22
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Budget

PLF 2026 : le pari d’un État social sous maîtrise budgétaire

Lors de la présentation du PLF 2026 au Parlement par Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Fiances, le 20 octobre 2025. Crédit : MAP
Le Projet de loi de finances 2026, présenté par Nadia Fettah, prévoit un effort d’investissement public de 380 MMDH, un déficit contenu à 3% du PIB et des budgets portés à 97,1 MMDH pour l’éducation, 42,4 MMDH pour la santé et 41,5 MMDH pour la protection sociale, avec 55 895 postes budgétaires créés. Les détails

Présenté ce lundi au Parlement par la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, le Projet de loi de finances (PLF) 2026 marque un tournant dans la politique budgétaire. Construit sur une prévision de croissance de 4,6 % et d'une inflation maîtrisée à 2 %, il combine rigueur financière et approfondissement du modèle d’État social voulu par le roi Mohammed VI. Porté par un effort d’investissement public de 380 milliards de dirhams (MMDH), il ambitionne d’ancrer durablement les réformes sociales, de consolider la soutenabilité de la dette et d’instaurer un équilibre entre ambition et contrainte budgétaire.


Un budget d’équilibre dans un contexte de résilience retrouvée

Le PLF 2026 s’inscrit dans un environnement international encore incertain, marqué par les effets combinés des tensions géopolitiques, des aléas climatiques et des fluctuations des prix de l’énergie. Mais il repose sur une confiance retrouvée des marchés internationaux : en septembre 2025, le Maroc a regagné sa note souveraine « Investment Grade », perdue en 2021. Cette amélioration traduit, selon la ministre, le « respect constant des engagements budgétaires » et le maintien de la « soutenabilité de la dette publique ».


Les indicateurs témoignent de cette trajectoire maîtrisée. Le déficit budgétaire sera ramené à 3 % du PIB dès 2026, contre 3,5 % en 2025 et 7,1 % en 2020, tandis que le ratio dette/PIB reculera de 67,4 % en 2025 à 65,9 % en 2026, pour atteindre 64 % à l’horizon 2028. Les recettes fiscales devraient bondir de 14,5 %, atteignant 366,5 MMDH, pour des recettes totales de 432,8 MMDH (+9,5 %). Les dépenses, elles, s’élèveront à 379,4 MMDH (+7,2 %), traduisant une discipline budgétaire encadrée.


Les hypothèses macroéconomiques demeurent prudentes : une récolte céréalière de 70 millions de quintaux, un prix du butane stabilisé à 500 dollars la tonne, et une parité moyenne de 1,11 dollar pour 1 euro. L’objectif est de préserver les équilibres tout en absorbant les chocs conjoncturels.


Un effort d’investissement public sans précédent

L’investissement public atteindra 380 MMDH, contre 340 MMDH en 2025. Cette progression soutient la nouvelle stratégie de croissance fondée sur la productivité, l’équité territoriale et la durabilité.


Parmi les priorités figure la gestion proactive de l’eau, dotée d’un budget global de 16,4 MMDH. Le programme prévoit la construction de 16 grands barrages et deux nouveaux ouvrages estimés à 4,4 MMDH, ainsi qu’un plan d’alimentation en eau potable en milieu rural de 1,32 milliard. À cela s’ajoute le renforcement des transferts interbassins (Sebou, Loukkos, Bouregreg, Oum Er-Rbia) et l’extension des unités de dessalement.


Parallèlement, un Fonds pour le développement territorial intégré (FDT) doté de 20 MMDH financera des projets dans les zones rurales, montagneuses, oasiennes et côtières, favorisant une approche ascendante de l’aménagement. Ce levier territorial complète les instruments existants : le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, la réforme des Centres régionaux d’investissement et le nouveau Code de l’investissement, destinés à catalyser la participation du secteur privé.


L’État social au cœur de l’action publique

Le PLF 2026 confirme la montée en puissance des politiques sociales : 140 MMDH seront consacrés à la santé, à l’éducation et à la protection sociale, soit 21,3 MMDH de plus que l’année précédente.


Le secteur de la santé bénéficiera d’un budget historique de 42,4 MMDH. Cette enveloppe couvre la mise en service des CHU d’Agadir et de Laâyoune (1 367 lits pour 6 MMDH), l’achèvement du CHU Ibn Sina de Rabat (7,5 MMDH), la poursuite des hôpitaux universitaires de Guelmim et d’Errachidia (6,8 MMDH), ainsi que la réhabilitation de 1 400 centres de santé (6,4 MMDH) et le lancement d’une seconde phase portant sur 1 600 autres établissements (6,9 MMDH) sur trois ans.


L’éducation nationale verra son budget atteindre 97,1 milliards de dirhams, en hausse de 11,5 milliards. Cet effort permettra la création de 170 nouvelles écoles, 4 800 classes supplémentaires et l’extension du programme des « Écoles pionnières », désormais étendu à 6 626 établissements primaires et 1 286 collèges. Le soutien social s’intensifie avec 216 000 élèves en internat, 80 000 en restauration et 683 000 bénéficiaires du transport scolaire, avec un objectif de 730 000 en 2027.


La protection sociale mobilisera 41,5 MMDH, soit 4 milliards de plus qu’en 2025. Cette enveloppe permettra d’augmenter les allocations familiales – 300 dirhams pour les deux premiers enfants et 350 dirhams pour le troisième – et de relever à 500 dirhams l’aide aux orphelins. Le taux de couverture médicale atteindra 88 % de la population, tandis que la réforme de la retraite et de l’assurance chômage bouclera le triptyque santé-retraite-emploi.


Dialogue social, logement et équité territoriale

Le dialogue social absorbera 48 MMDH, confirmant les engagements pris avec les syndicats en avril 2024. La compensation des prix du butane, du sucre et de la farine mobilisera 14 milliards supplémentaires, en attendant la réforme structurelle du système.


Le logement demeure un autre pilier de cohésion : 9,4 MMDH sont alloués au programme d’accès à un logement décent, dont 2,8 MMDH pour la réhabilitation de centres ruraux et 36 nouveaux centres prioritaires. Le dispositif d’aide directe à l’acquisition de logements, lancé fin 2023, a déjà bénéficié à 68 000 ménages.


Une fonction publique recentrée sur les services essentiels

Le PLF prévoit la création de 55 895 postes budgétaires, dont 19 379 pour l’Éducation nationale, 13 000 pour le ministère de l’Intérieur, 8 000 pour la Santé et la Protection sociale, 5 500 pour la Défense nationale et 2 600 pour le ministère des Finances.


L’Enseignement supérieur bénéficiera de 1 759 postes, et 200 postes seront réservés aux personnes en situation de handicap. Cette répartition illustre la volonté de préserver un État employeur structurant, ciblant les secteurs sociaux prioritaires.


Réformes structurelles et consolidation fiscale

Le gouvernement poursuit l’achèvement des réformes fiscales entamées depuis 2023. L’impôt sur les sociétés, la TVA et l’IR ont été revus pour rendre le système plus progressif et élargir la base contributive. La ministre a également annoncé l’extension du prélèvement à la source aux revenus locatifs, aux honoraires et aux dividendes supérieurs à 50 000 dirhams, la réduction progressive de la retenue sur dividendes de 15 % à 10 % en quatre ans, l’exonération de TVA sur les intrants agricoles, les engrais et les plants, ainsi que l’extension du remboursement de TVA sur les investissements jusqu’à 24 mois. La contribution sociale de solidarité sera prolongée pour la période 2026-2028.


Ces mesures s’ajoutent à la modernisation de la fiscalité des entreprises sportives, à la réforme du droit d’enregistrement et à la lutte contre l’économie informelle. L’objectif reste de stabiliser les recettes et de préserver les équilibres sans affaiblir l’investissement productif.


Une politique d’équilibre entre ambition sociale et discipline budgétaire

Sous contrainte, le choix assumé du gouvernement consiste à maintenir la discipline budgétaire tout en poursuivant la généralisation des droits sociaux. En ce sens, le PLF 2026 est conçu comme un budget de transition et de consolidation : il prépare le nouveau cycle d’investissements stratégiques et de réformes structurelles visant à faire du Maroc une économie à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030.


En somme, ce budget exprime un équilibre politique et économique subtil : un État social planificateur qui conserve le sens de la rigueur financière tout en faisant le pari de la confiance et de l’investissement productif pour porter le Maroc vers la prochaine étape de son développement.

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