S'abonner
Se connecter
logo du site ledesk
Newsroom
Le meilleur de l’actualité au fil des événements
22.11.2025 à 00 H 14 • Mis à jour le 22.11.2025 à 00 H 20
Par
Lobbying

Affaire Cerdán–Acciona : les ex-ministres Rebbah et Amara cités par l’enquête espagnole

Aziz Rebbah, actuel président du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et Abdelkader Amara Aziz Rebbah, actuel président du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et Abdelkader Amara. Création : Mohamed Mhannaoui / Le Desk
Deux anciens ministres PJD, Aziz Rebbah et Abdelkader Amara, actuel président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), apparaissent dans une enquête espagnole visant le lobbying d’Acciona, groupe spécialisé dans les infrastructures et l’énergie, pour le projet de port industriel de Kénitra

Une enquête de la Garde civile espagnole met en lumière une opération de lobbying pilotée depuis Madrid en faveur d’Acciona, visant des marchés publics au Maroc, a rapporté la presse espagnole. Deux anciens ministres du PJD, Aziz Rebbah, et Abdelkader Amara, actuel président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), sont mentionnés dans les documents saisis. Tous deux contestent toute implication, rappelant qu’aucune procédure n’était en cours pour le port de Kénitra à l’époque des faits.


L’affaire « Koldo », qui secoue le Parti socialiste ouvrier espagnol et touche de près l’entourage du Premier ministre Pedro Sánchez pour des soupçons de corruption, prend ainsi une dimension marocaine. Les investigations de l’Unité opérationnelle centrale de la Garde civile révèlent que Santos Cerdán, alors secrétaire à l’Organisation du PSOE (parti socialiste), a cherché à influencer l’attribution de marchés de travaux publics en faveur d’Acciona, y compris au Maroc. Le projet du port industriel de Kénitra, pour un contrat qui excéderait 60 millions d’euros, apparaît parmi des objectifs de cette stratégie.


Rebbah, « digne de confiance »

Selon l’enquête, les manœuvres de Cerdán commencent fin décembre 2018, dans la foulée de deux déplacements rapprochés du chef du gouvernement espagnol au Maroc. Pedro Sánchez effectue une visite officielle à Rabat en novembre, suivie en décembre d’un déplacement à Marrakech pour la Conférence des Nations unies sur les migrations. Quelques jours seulement après ce second séjour, le 28 décembre 2018, Santos Cerdán transmet à Koldo García, collaborateur du ministre des Transports José Luis Ábalos, les coordonnées de deux membres du gouvernement : Aziz Rebbah, en charge de l’Énergie, et Abdelkader Amara, responsable de l’Équipement et du Transport. Dans ses messages, il assure que Rebbah est « entièrement digne de confiance », ce que les enquêteurs interprètent comme la volonté d’en faire un interlocuteur privilégié pour faciliter la pénétration d’Acciona dans le marché.


Le lendemain, Ábalos se voit confirmer qu’il doit se rendre à Kénitra au début du mois de janvier 2019 à la demande de l’ambassade du Maroc afin d’examiner un projet de port industriel. Lorsque son conseiller l’alerte sur le fait qu’il s’agit précisément du dossier qui intéresse Acciona, le ministre indique qu’il en discute avec Cerdán. Quelques jours plus tard, l’UCO confirme son déplacement au Maroc et son retour à Madrid le 3 janvier par un vol en provenance de Fès. À partir de cette date, les échanges se densifient. Cerdán alimente directement le conseiller ministériel en documents techniques relatifs au projet de port de Kénitra, tandis que la délégation officielle de fin janvier, conduite par Ábalos, prévoit formellement des réunions avec les deux ministres identifiés quelques semaines plus tôt. Selon les comptes rendus interceptés, la première entrevue du ministre espagnol se tient bien avec Aziz Rebbah et porte sur l’avancement du projet portuaire et la participation d’entreprises espagnoles.


Entregent commissionné

Cette offensive diplomatique et politique se déroule alors qu’Acciona et son partenaire Servinabar tentent de faire valoir un accord anticipant une concession délivrée par voie de négociation directe. Au moment où le ministre espagnol se rend à Rabat, un montage contractuel prévoit déjà qu’en cas de succès commercial, Servinabar percevrait un pourcentage des bénéfices et assumerait des rôles d’assistance technique puis de sous-traitance. Malgré ces efforts, Acciona ne remportera finalement pas le marché.


Côté marocain, Aziz Rebbah réfute toute possibilité d’influence ou de pression espagnole. Il explique à TelQuel Arabi que le projet du port de Kénitra avait été officiellement gelé dès 2015 en attendant l’avancement des ports de Dakhla et de Nador, ce qui le plaçait hors de tout processus décisionnel durant la période examinée par la justice espagnole. Il insiste également sur le fait qu’un ministre ne décide pas seul d’une telle infrastructure, relevant de la planification stratégique nationale. Il rappelle que la quasi-totalité des marchés importants supervisés par son département ont été attribués à des entreprises marocaines, dans le cadre d’une politique de préférence nationale assumée par l’exécutif. Enfin, il souligne avoir quitté ses fonctions deux ans avant que l’enquête espagnole commence à porter sur ces échanges, ce qui exclut selon lui toute intervention à titre exécutif ou administratif.


Abdelkader Amara, également cité dans le rapport espagnol, n’a pas communiqué publiquement sa position malgré plusieurs tentatives médiatiques de prise de contact.


À ce stade, les documents analysés par la Garde civile établissent principalement l’existence d’une stratégie d’influence venue d’Espagne, appuyée sur des relations institutionnelles et diplomatiques classiques, mais sans démontrer un quelconque acte de participation ou d’ingérence de la part du Maroc. Les anciens ministres apparaissent davantage comme des cibles identifiées par le réseau espagnol que comme des acteurs d’une entente visant à favoriser Acciona.

©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.