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24.11.2025 à 16 H 35 • Mis à jour le 24.11.2025 à 16 H 35
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Etude

Micro et petites entreprises : le CESE alerte sur la fragilité du cœur entrepreneurial marocain

Le siège du Conseil Économique et Social. ©Mohamed Drissi K. Le siège du Conseil Économique et Social. ©Mohamed Drissi K. / Le Desk
Malgré leur poids majeur dans l’emploi, les micro et petites entreprises marocaines peinent à créer de la valeur et à se développer, selon une étude du Conseil économique, social et environnemental

Saisi par la Chambre des conseillers, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a adopté une étude consacrée aux défis des micro, très petites et petites entreprises, qui composent plus de 98 % du tissu entrepreneurial formel et concentrent plus de la moitié de l’emploi privé. Malgré leur rôle social majeur, leur impact économique reste insuffisant et leur vulnérabilité ne cesse d’augmenter. Le CESE appelle à une transformation structurelle du cadre d’accompagnement, du financement et de l’environnement des affaires.


Un pilier entrepreneurial… à faible rendement économique

Les micro, très petites et petites entreprises (micro/TPE/PE) représentent 98,4 % des entreprises formelles marocaines et assurent 56 % des emplois déclarés dans le secteur privé. Elles constituent un rempart social essentiel et une porte d’entrée vers l’emploi, notamment pour les jeunes et les travailleurs peu qualifiés. Pourtant, leur participation à la création de richesse reste limitée : elles ne génèrent qu’un peu plus de 20 % de la valeur ajoutée du pays, tandis que les grandes entreprises – seulement 0,5 % du total – concentrent près de 68 % de cette richesse.


Ce décalage entre poids social et impact économique est symptomatique d’une productivité insuffisante, alimentée par des investissements faibles, une faible intensité technologique et des difficultés d’accès aux financements. Seules 29,3 % des enveloppes bancaires sont captées par ces structures, contre près de 60 % pour les grandes entreprises.


Les TPE peinent à grandir, les défaillances s’accélèrent

La dynamique de croissance est quasiment nulle. Entre 2017 et 2022, 99,8 % des microentreprises sont restées dans leur catégorie, et seules 0,2 % ont évolué vers le statut supérieur. Le phénomène de régression est tout aussi préoccupant, aggravé en période de crise : en 2020, un tiers des TPE ont été reclassées en micro-entreprises après le choc Covid-19.


En 2024, 15 658 défaillances ont été enregistrées, dont 99,3 % concernent les TPE, avec une majorité d’entités âgées de moins de cinq ans. Cette fragilité incite nombre d’entrepreneurs à basculer vers l’informel plutôt que de supporter des procédures longues et coûteuses de liquidation ou de dissolution.


Des fragilités internes profondes

Le CESE constate que la majorité des très petites structures évoluent dans une logique de survie. Beaucoup d’entrepreneurs se lancent par nécessité, sans projet structuré ni vision de croissance, et avec un faible niveau d’éducation : plus de 20 % n’ont jamais fréquenté l’école et moins de 15 % disposent d’un diplôme supérieur. Ce déficit de capital humain limite la capacité d’innovation, l’utilisation du digital, la conquête de nouveaux marchés, notamment à l’export.


La gouvernance interne est également peu formalisée, principalement dans des entreprises familiales où la gestion reste centralisée et peu professionnalisée. Les startups, quant à elles, souffrent davantage d’un manque de compétences managériales et d’un déficit de mentors capables d’accompagner leur croissance.


Un accès difficile au financement, au foncier, aux talents

Si des programmes comme Intelaka ont amélioré le financement, près de 90 % des entrepreneurs établis identifient encore l’accès au capital comme l’obstacle principal à leur développement. Les jeunes entreprises restent les plus exclues : 73 % de l’encours total de crédits bancaires profitent aux structures âgées de plus de dix ans.


Les startups restent confrontées à un « gap » critique sur les financements intermédiaires (séries A et B), qui les pousse parfois vers des investisseurs étrangers, au prix d’une délocalisation des activités les plus rentables.


Parallèlement, le coût du foncier, le déficit d’espaces adaptés hors des grands pôles et la difficulté à recruter des profils qualifiés entravent la montée en gamme du tissu entrepreneurial.


Un environnement des affaires encore peu porteur

La concurrence déloyale de l’informel, les lourdeurs administratives et la corruption figurent parmi les plus lourdes contraintes externes. Près de 70 % des entreprises jugent la corruption répandue et seules 6 % portent plainte lorsqu’elles y sont confrontées.


Les délais de paiement demeurent un frein déterminant, en moyenne de 137 jours en 2022, malgré la réforme entrée en vigueur en 2023.


Quant à la commande publique, bien que 30 % du volume des marchés soit désormais réservé aux TPME, les TPE participent très peu aux appels d’offres : seulement 8 % ont soumissionné au cours des deux dernières années. Les grandes et moyennes entreprises captent l’essentiel des opportunités.


Les recommandations du CESE : vers un Small Business Act marocain

Pour transformer l’immense potentiel des micro/TPE/PE en moteur de développement, le CESE appelle à une approche intégrée, arrimée à la régionalisation avancée et à un meilleur maillage des chaînes de valeur nationales. Parmi ses priorités : regrouper l’ensemble des dispositifs de soutien dans un cadre normatif unifié, accélérer la mise en place du Small Business Act, renforcer les dispositifs régionaux d’accompagnement de proximité, améliorer l’accès à la commande publique et évaluer à mi-parcours les effets de la réforme fiscale sur les plus petites structures.


Le Conseil recommande aussi la création d’une instance indépendante de pilotage et d’évaluation des politiques dédiées à ces entreprises, afin d’assurer une cohérence durable de l’action publique en faveur du premier vivier entrepreneurial du Maroc.


Lire aussi : Quatre arrêtés parachèvent le dispositif de soutien à l’investissement des TPME

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