Déficit commercial en forte hausse à fin novembre : l’automobile en recul, le tourisme en soutien à l’économie
Des touristes dans un riad à Marrakech. Crédit : Thomas Barwick / Getty Images
L’analyse des indicateurs mensuels des échanges extérieurs (IMEE) de l’Office des changes, relatifs à la période allant de janvier à novembre 2025, met en lumière une dynamique économique contrastée pour le Maroc, caractérisée par un déséquilibre croissant dans le commerce des biens et une résilience notable des flux de services et financiers.
Le déficit commercial des biens a atteint 328,808 milliards de dirhams (MMDH) à fin novembre 2025, en hausse de 20,4 % par rapport à la même période de l’année précédente, résultant d’une progression des importations de 9,2 %, à 752,349 MMDH, contre une croissance plus modeste des exportations de 1,8 %, à 423,541 MMDH. Le taux de couverture des importations par les exportations a ainsi reculé de 4,1 points pour s’établir à 56,3 %, soulignant la pression sur la balance commerciale.
Cette montée des importations est portée par la hausse des achats de produits finis d’équipement (+15 %, soit 23,685 MDH), notamment des voitures utilitaires (+69,3 %) et des équipements aéronautiques, ainsi que par les produits finis de consommation (+12,9 %, soit 21,249 MDH), dont les voitures de tourisme (+39,7 %) et les médicaments (+17,4 %). Les demi-produits (+5,9 %), les produits alimentaires (+4,3 %) et les produits bruts (+34,9 %) ont également contribué à ce mouvement haussier. Une évolution favorable est à noter sur la facture énergétique qui s’établit à 98,69 MMDH, en baisse de 5,3 %, grâce à la diminution des prix des gasoils et fuels de 9,6 % en valeur, malgré une hausse des quantités importées de 6,3 %, et à la baisse de 7,1 % des importations de gaz de pétrole et autres hydrocarbures, désormais évaluées à 17,98 MMDH.
Le secteur automobile en berne
Côté exportations, la croissance globale de 1,8 % reflète des performances sectorielles contrastées. Les phosphates et dérivés se démarquent avec une progression de 13,8 %, à 87,148 MMDH, soutenue par la hausse des ventes d’engrais naturels et chimiques (+11,7 %), d’acide phosphorique (+14,6 %) et de phosphates (+28,9 %). Le secteur aéronautique a enregistré une augmentation de 8,5 % à 26,263 MMDH, grâce à la demande accrue dans les segments assemblage (+8,8 %) et systèmes d’interconnexion de câblage électrique (Electrical Wiring Interconnection System - EWIS, +8,1 %). À l’inverse, les secteurs de l’automobile (-3,1 %, à 141,279 MMDH), du textile et cuir (-4,7 %, à 41,105 MMDH) et de l’électronique et électricité (-8,7 % à 15,137 MMDH) ont connu un recul, le secteur automobile étant principalement affecté par le segment de la construction, partiellement compensé par une hausse du câblage (+3,045 MDH). Les exportations agricoles et agroalimentaires ont légèrement reculé de 0,2 %.
La forte progression des importations, conjuguée à la modeste croissance des exportations, se traduit par un déficit commercial croissant, plaçant le commerce extérieur de biens au cœur des déséquilibres de la balance des paiements.
Hausse spectaculaire du tourisme
En revanche, le secteur des services et les flux financiers se révèlent être des piliers de soutien essentiels. La balance des services affiche un excédent en forte progression de 15,1 % à plus de 147 MMDH, grâce à une hausse des exportations de 11,4 % à 287,9 MMDH et des importations de 7,8 % à 138,89 MMDH. Le tourisme constitue le principal moteur de cette performance, avec des recettes de voyages atteignant 124,141 MMDH, en hausse spectaculaire de 18,7 %, portant le solde des voyages à +93,989 MMDH, soit une progression de 20,8 % par rapport à l’an dernier.
Les transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE) apportent également un soutien stable, atteignant 111,533 MMDH, en légère hausse de 1,6 %. Les investissements directs étrangers (IDE) confirment leur rôle crucial dans l’équilibre des comptes extérieurs. Le flux net d’IDE s’établit ainsi à 26,662 MMDH, en progression de 16,4 %, fruit d’une hausse des recettes de 25,9 %, à 50,61 MMDH, et d’une augmentation des dépenses de 38,5 %, à 23,95 MMDH. Les investissements directs marocains à l’étranger (IDME) connaissent une légère hausse de 1,0 %, à 6,092 MMDH, malgré une baisse des recettes (-30 %) et des dépenses (-22,4 %).
À fin novembre 2025, le tableau des échanges extérieurs du Maroc reflète ainsi une économie à deux vitesses : un commerce des biens sous pression, avec un déficit croissant et des secteurs manufacturiers en difficulté, mais une capacité remarquable à générer des devises à travers le tourisme et les investissements étrangers. Pour rétablir l’équilibre commercial, le pays devra accélérer la croissance de ses exportations manufacturières, diversifier ses marchés et renforcer la compétitivité de ses filières les plus affectées, tout en consolidant les secteurs de services et les flux d’IDE qui constituent désormais les principaux amortisseurs des déséquilibres extérieurs.
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