Ksar El Kébir sous la menace des eaux : évacuation préventive face à un barrage saturé à 141%
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Des habitants de Ksar El Kébir évacués de la ville, en prévention des risques liés à la montée des eaux de l’oued Loukkos. Crédit : MAP
Ksar El Kébir se vide progressivement de ses habitants. Cette ville d'environ 120 000 âmes, nichée dans la province de Larache, à moins de 100 kilomètres au sud de Tanger, fait l'objet d'une mesure sans précédent, orchestrée par les autorités locales, pour prévenir un scénario potentiellement catastrophique. La menace a dépassé le stade de l'hypothèse : la montée rapide des eaux, combinée aux coupures d'eau potable et d'électricité, fait peser un danger direct sur la sécurité des populations des quartiers les plus exposés.
Un dispositif d'évacuation maîtrisé et progressif
Mohamed Simo, président de la municipalité, a déclaré à la presse locale que les autorités avaient décidé d'évacuer entièrement la ville dans la nuit de mardi 3 au mercredi 4 février par précaution, compte tenu des risques encourus et des coupures d'eau et d'électricité, et ce, afin d'éviter toute perte humaine. Toutefois, face à la circulation d'informations évoquant une évacuation généralisée et précipitée, les autorités provinciales de Larache ont apporté des précisions. Elles ont souligné que les opérations engagées relevaient d'un dispositif organisationnel strictement préventif, conçu pour anticiper les risques liés à la situation hydrologique, et non d'une évacuation brutale ou incontrôlée.
L'évacuation n'est pas appliquée de manière indistincte à l'ensemble de la population. Elle se déroule de façon progressive, sous la supervision des services compétents, et repose sur une évaluation continue de l'évolution des conditions sur le terrain, expliquent les autorités provinciales. Cette approche graduelle vise à garantir la sécurité des citoyens tout en évitant toute situation de panique.
Les décisions sont prises au fur et à mesure, en fonction des indicateurs disponibles, avec un encadrement approprié des personnes concernées. Selon les images diffusées par la presse locale, des patrouilles de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), des Forces auxiliaires et de la Protection civile sillonnent les rues des quartiers à risque pour faire évacuer, parfois de force, les habitants récalcitrants. D’après nos informations, les opérations visent une grande majorité de la population, alors que seuls les militaires, la Gendarmerie royale, la Sûreté nationale et des agents d'autorité occupent désormais l'espace public.
Le barrage Oued El Makhazine déborde
La gravité de la situation trouve son origine dans un contexte hydrologique devenu critique. Les réserves du barrage Oued El Makhazine, qui régule le débit de l'oued Loukkos traversant Ksar El Kébir, ont franchi pour la première fois de son histoire le seuil des 141 % de sa capacité de stockage. Ce débordement inédit a provoqué une élévation inexorable du niveau des eaux dans le lit du fleuve, exposant directement les quartiers riverains à un risque de submersion. Selon nos informations, des tests de résonance ont été effectués sur l'infrastructure pour évaluer les risques systémiques, et des opérations de désengorgement de certaines vannes, obstruées par des années de sécheresse, ont été menées pour permettre les lâchers d’eau dans des conditions optimales.
La députée Zineb Simo a indiqué à la presse que la décision de procéder à la fermeture et à l'évacuation de la totalité des zones menacées faisait suite à de nouvelles alertes météorologiques annonçant des précipitations exceptionnelles au cours de la nuit. Ces pluies étaient susceptibles d'aggraver encore le niveau des eaux et d'accroître la pression sur les infrastructures hydrauliques de la région.
L'évacuation s'est déroulée par étapes. Dès lundi, une partie de la population avait déjà quitté la ville. Mardi, un campement accueillant des personnes sinistrées a été évacué à son tour, avant que les mesures ne s'accélèrent face à l'intensification du risque dans certaines zones névralgiques.
Une « rivière atmosphérique » s'abat sur le nord du Maroc
Cette situation s'inscrit dans un épisode météorologique d'une ampleur exceptionnelle qui frappe le nord du Maroc depuis plusieurs jours. Selon la Direction générale de la météorologie (DGM), une configuration atmosphérique singulière, résultant de la rencontre entre une masse d'air polaire descendante, provenant d'Amérique du Nord, et de l'air subtropical chaud et humide a donné naissance à ce que les météorologues qualifient de « rivière atmosphérique ». Ce phénomène transporte des volumes considérables d'humidité vers la péninsule ibérique et le nord du Maghreb, provoquant un enchaînement quasi continu de perturbations atlantiques.
Les cumuls de précipitations annoncés sont hors norme : jusqu'à 300 millimètres par endroits, soit l'équivalent de 6 mois de pluie concentré sur quelques jours. Pour la seule journée de mercredi, les provinces de Chefchaouen et de Tétouan, placées en alerte rouge, pourraient enregistrer entre 100 et 150 millimètres de précipitations, souvent sous forme orageuse, accentuant le risque de crues soudaines.
Plus de 55 000 personnes évacuées dans le Nord
À l'échelle nationale, le ministère de l'Intérieur a fait état de plus de 55 000 personnes évacuées depuis vendredi, principalement dans la province de Larache. La majorité de ces évacuations ont été menées à titre préventif, en fonction des zones concernées et de l'évolution de la situation sur le terrain. Les personnes déplacées ont été soit hébergées par des proches, soit prises en charge dans des campements provisoires mis en place par les autorités.
L'armée a été mobilisée dès vendredi, déployant d'importants moyens humains et logistiques pour venir en aide aux populations affectées. Parallèlement, le ministère de l'Éducation nationale a décidé de suspendre les cours dans l'ensemble des établissements scolaires situés dans les zones touchées, notamment à Ksar El Kébir, Kénitra, Sidi Kacem et Souk Larbâa, pour la période du 2 au 7 février.
Des réserves hydriques record depuis 2019
Paradoxalement, cette séquence météorologique extrême a permis aux barrages du royaume d'atteindre un niveau de remplissage inédit depuis plusieurs années. Mercredi, les réserves hydriques nationales s'élevaient à 9,26 milliards de mètres cubes, un record depuis juillet 2019. Ce chiffre illustre l'ampleur exceptionnelle des précipitations enregistrées ces dernières semaines, après les épisodes de décembre 2025, qui avaient déjà provoqué de fortes pluies et d'importantes chutes de neige dans plusieurs régions du pays.
Face à la persistance de ce risque, les autorités appellent la population à observer la plus grande prudence, en particulier à proximité des cours d'eau et dans les zones inondables. Le caractère orageux des précipitations fait craindre des crues soudaines : il suffit parfois de quelques dizaines de minutes pour qu'un oued apparemment paisible se transforme en torrent dévastateur.
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