S'abonner
Se connecter
logo du site ledesk
Newsroom
Le meilleur de l’actualité au fil des événements
01.03.2026 à 13 H 36 • Mis à jour le 01.03.2026 à 13 H 36
Par
Iran

La traque et l’élimination de Khamenei : comment la CIA a guidé la frappe décisive

Un homme tient une affiche du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, tué lors de frappes conjointes américaines et israéliennes, alors qu’il rejoint d’autres personnes en deuil sur une place à Téhéran, le 1er mars 2026. Crédit : AFP Un homme tient une affiche du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, tué lors de frappes conjointes américaines et israéliennes, alors qu’il rejoint d’autres personnes en deuil sur une place à Téhéran, le 1er mars 2026. Crédit : AFP
Guidée par un renseignement de la CIA patiemment construit sur des mois, la frappe israélienne du 28 février sur le compound du Guide iranien à Téhéran a tué les plus hauts commandants de la République islamique — et emporté Khamenei lui-même

En quelques heures, une opération coordonnée entre les États-Unis et Israël a anéanti le cœur du pouvoir iranien. Fruit de mois de surveillance patiente menée par la CIA, la frappe du samedi matin a tué plusieurs des plus hauts commandants de la République islamique réunis en plein Téhéran — et emporté avec eux l'ayatollah Khamenei lui-même.


Des mois dans l'ombre

Bien avant le déclenchement des frappes, la CIA avait engagé un travail de renseignement d'une patience remarquable sur l'un des hommes les plus protégés au monde : l'ayatollah Ali Khamenei. Pendant des mois, l'agence avait cartographié ses déplacements, ses habitudes, ses lieux de résidence — affinant progressivement, presque chirurgicalement, son degré de certitude sur la localisation du Guide Suprême. Selon le New York Times, qui cite des sources proches de l'opération, la CIA avait acquis au fil du temps une confiance croissante quant aux routines et aux refuges du Guide Suprême.


Ce travail allait trouver son aboutissement samedi 28 février, quand la CIA apprit qu'une réunion de haut niveau devait rassembler les principaux responsables iraniens dans un complexe gouvernemental en plein cœur de Téhéran — là où se concentrent les bureaux de la présidence, du Guide Suprême et du Conseil de Sécurité nationale. Plus décisif encore : Khamenei lui-même serait présent à proximité.


Une information de « haute fidélité »

L'information, jugée de « haute fidélité », fut aussitôt transmise à Israël. Les deux pays, qui avaient initialement prévu une frappe nocturne pour bénéficier de l'obscurité, révisèrent leur calendrier pour exploiter ce renseignement inattendu. Selon des sources informées du processus de décision interrogées par le New York Times, les États-Unis et Israël ont explicitement décidé d'ajuster la chronologie de leur attaque en partie pour tirer parti de cette information.


La réunion devait réunir l'essentiel du commandement iranien : le général Mohammad Pakpour à la tête des Gardiens de la Révolution, le ministre de la Défense Aziz Nasirzadeh, l'amiral Ali Shamkhani — conseiller du Guide Suprême et secrétaire du Conseil de défense —, le commandant de la force aérospatiale du CGRI Seyyed Majid Mousavi, le directeur adjoint du renseignement Mohammad Shirazi, et le chef d'état-major des forces armées, le général Abdolrahim Mousavi, entre autres. L'objectif était limpide : décapiter d'un seul coup le commandement politique, militaire et sécuritaire de la République islamique.


Une « surprise tactique »

À l'aube, des avions de chasse israéliens décollèrent de leurs bases. L'opération fut sobre dans ses moyens — peu d'aéronefs, mais armés de munitions à longue portée air-sol d'une précision redoutable. Deux heures et cinq minutes plus tard, à 9h40 heure de Téhéran (6h10 à Casablanca), les missiles frappèrent le complexe.


Selon un responsable militaire israélien dont les communications ont été consultées par le New York Times, la frappe fut conduite simultanément en plusieurs points de la capitale, ciblant notamment le bâtiment où s'étaient rassemblés les hauts responsables. Khamenei, lui, se trouvait dans un bâtiment voisin au moment de l'impact — il y trouva également la mort. Malgré les préparatifs iraniens en vue d'une guerre imminente, Israël était parvenu à obtenir ce qu'un officiel israélien décrivit comme une « surprise tactique ».


L'agence officielle iranienne IRNA confirma par la suite les décès, précisant que les victimes — parmi lesquelles Shamkhani, Pakpour, Nasirzadeh et Abdolrahim Mousavi — avaient été tuées lors d'une réunion du Conseil de défense, tandis que Khamenei périssait dans le bâtiment voisin. D'autres noms devaient encore être communiqués.


L'aveuglement de Téhéran

L'opération révèle un paradoxe glaçant : alors que Washington et Tel-Aviv avaient multiplié les signaux annonçant une attaque imminente, les dirigeants iraniens n'avaient pris aucune précaution élémentaire pour dissimuler leurs déplacements et leurs réunions. Comme le souligne le New York Times, l'opération « a mis en lumière l'incapacité des dirigeants iraniens à prendre les précautions nécessaires pour éviter de s'exposer, alors même qu'Israël et les États-Unis laissaient clairement entendre qu'ils se préparaient à la guerre ».


Excès de confiance, ou conviction que le complexe présidentiel — au cœur même de la capitale — offrait une protection suffisante ? Quelle qu'en soit la raison, ce fut une erreur fatale. Le lendemain, l'agence IRNA confirmait officiellement les décès de Shamkhani et de Pakpour, puis des autres cadors du régime.


Les leçons d'une guerre précédente

Le succès de l'opération puise en partie dans les enseignements d'un conflit antérieur. Lors d'une guerre de douze jours survenue l'année précédente, les États-Unis avaient pu observer en temps réel les modes de communication et de déplacement de Khamenei sous pression. Ces observations avaient ensuite nourri des modèles prédictifs permettant d'anticiper ses mouvements avec une précision croissante — un travail de fond qui forma le socle du renseignement exploité ce samedi matin.


Dès le mois de juin, le président Trump avait d'ailleurs déclaré publiquement que les États-Unis savaient où se cachait Khamenei — et qu'ils auraient pu l'éliminer. Ce n'était pas une fanfaronnade : selon un ancien responsable américain, les renseignements exploités ce samedi reposaient sur le même réseau de surveillance, activé et affiné des mois plus tôt par la CIA.


Un appareil décimé

Les frappes de suivi visèrent également les résidences d'officiers clés du renseignement iranien. Si le chef du renseignement parvint à prendre la fuite, les échelons supérieurs des agences furent néanmoins sévèrement décimés, selon plusieurs sources informées de l'opération.


L'élimination du Guide Suprême — fruit d'une coordination étroite entre Washington et Tel-Aviv, d'un renseignement patiemment construit sur des mois par la CIA, et de la capacité à saisir une opportunité en quelques heures à peine — s'inscrit d'ores et déjà parmi les actes les plus audacieux de l'histoire récente des opérations militaires ciblées. En un seul matin, c'est l'ensemble de l'architecture du pouvoir de la République islamique qui a été frappée à sa tête.

©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.