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31.03.2026 à 11 H 54 • Mis à jour le 01.04.2026 à 13 H 38
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Conjoncture

La croissance économique clôture 2025 en légère décélération à 4,1%

Le siège du Haut-Commissariat au Plan (HCP) à Rabat. Le siège du Haut-Commissariat au Plan (HCP) à Rabat. Crédit : Mustapha Razi / Le Desk
L'économie marocaine a crû de 4,1% au quatrième trimestre 2025, portée par un rebond agricole et une inflation en net recul, mais freinée par l'essoufflement des services et un besoin de financement qui se creuse

Selon la note d'information du Haut-Commissariat au Plan (HCP) relative à la situation économique nationale au quatrième trimestre 2025, l'arrêté des comptes nationaux dresse le portrait d'une économie marocaine qui poursuit sa progression, mais à un rythme légèrement inférieur à celui observé un an plus tôt. Le Produit intérieur brut en volume, corrigé des variations saisonnières, a enregistré une croissance de 4,1 %, contre 4,2 % au quatrième trimestre 2024. Ce tassement, modeste en apparence, traduit des dynamiques sectorielles contrastées : un net rebond du secteur agricole après une année difficile, mais un essoufflement des activités non agricoles dont la croissance est passée de 4,8 % à 4 %. Le tout s'inscrit dans un environnement marqué par une inflation mieux maîtrisée et un creusement du besoin de financement de l'économie nationale.


Le retour en force de l'agriculture

Le fait saillant de ce quatrième trimestre est sans doute le redressement spectaculaire du secteur primaire. Après avoir enregistré une contraction de 4,7 % à la même période de l'année précédente, la valeur ajoutée de ce secteur a progressé de 3,9 %. Ce retournement est essentiellement porté par l'activité agricole, qui affiche désormais une croissance de 4,7 % après avoir accusé un recul de 4,8 % un an auparavant. La campagne agricole a donc visiblement bénéficié de conditions plus favorables, permettant au monde rural de retrouver un élan de production.


Ce tableau encourageant est toutefois nuancé par la situation de la pêche, dont l'activité a connu une aggravation marquée de sa baisse, passant de -1,9 % au quatrième trimestre 2024 à -13,6 % au cours de la période sous revue. Cette détérioration du secteur halieutique, qui mérite une attention particulière des pouvoirs publics, n'a cependant pas suffi à contrebalancer la bonne tenue de l'agriculture.


L'industrie et les services perdent de leur élan

Le secteur secondaire a affiché une progression de 3,5 % en volume, en léger retrait par rapport aux 3,7 % enregistrés un an plus tôt. Derrière cette modeste décélération se cachent des évolutions divergentes. Les activités minières ont basculé en terrain négatif, reculant de 3,4 % après une hausse de 1,2 %, tandis que le bâtiment et les travaux publics ont ralenti sensiblement, leur croissance passant de 6,9 % à 4,9 %. Le secteur de l'électricité et de l'eau a connu un freinage encore plus prononcé, sa progression passant de 7 % à 2,7 %. À contre-courant de cette tendance générale, les industries de transformation ont constitué la bonne surprise du trimestre, accélérant leur rythme de croissance de 2,4 % à 4,1 %, signe d'une montée en puissance de l'appareil industriel marocain.


Du côté du secteur tertiaire, la décélération est plus franche. La croissance est passée de 5,4 % au quatrième trimestre 2024 à 4,4 % au cours de la période étudiée. Le ralentissement a touché l'ensemble des branches de services sans exception. L'hébergement et la restauration ont connu le freinage le plus brutal, leur progression chutant de 13,2 % à 4,8 %, signe probable d'une normalisation après un effet de rattrapage post-pandémique. Le transport et l'entreposage ont suivi une trajectoire similaire, passant de 7,9 % à 4,3 %. Les services financiers et assurances, bien que toujours dynamiques, avec une croissance de 6,6 %, ont décéléré par rapport aux 8,3 % du trimestre de référence. Les services d'éducation, de santé et d'action sociale ont progressé de 6,5 % contre 7,3 % précédemment, tandis que la recherche-développement et les services aux entreprises sont passés de 4,8 % à 3,3 %, et le commerce et la réparation de véhicules de 4,4 % à 3,1 %.


Une inflation qui reflue nettement

L'un des signaux les plus positifs de ce trimestre réside dans le ralentissement marqué du niveau général des prix. Le PIB aux prix courants a progressé de 6,8 %, contre 9,1 % un an auparavant, ce qui traduit une hausse des prix limitée à 2,7 % au lieu de 4,9 % au quatrième trimestre 2024. Cette désinflation significative, qui réduit de près de moitié le rythme de progression des prix par rapport à l'année précédente, constitue une bouffée d'oxygène pour le pouvoir d'achat des ménages et un facteur favorable à la stabilité macroéconomique.


La demande intérieure reste le principal moteur

La croissance économique continue d'être essentiellement tirée par la demande intérieure, même si celle-ci a quelque peu perdu en vigueur. Son taux d'accroissement est passé de 6,6 % au quatrième trimestre 2024 à 6,2 % au cours de la même période de 2025, et sa contribution à la croissance a légèrement diminué, de 7,2 points à 6,8 points.

Les dépenses de consommation finale des ménages ont néanmoins accéléré, affichant une hausse de 4,4 % contre 3,7 % un an plus tôt, et contribuant pour 2,6 points à la croissance au lieu de 2,2 points. Ce dynamisme de la consommation privée est vraisemblablement lié au reflux de l'inflation et au redressement des revenus agricoles. La consommation des administrations publiques a à son tour accéléré, progressant de 7,9 % contre 6,3 % précédemment, avec une contribution à la croissance de 1,4 point au lieu de 1,1 point, ce qui témoigne d'un effort budgétaire soutenu de la part de l'État.


En revanche, l'investissement brut, qui englobe la formation brute de capital fixe, la variation des stocks et l'acquisition nette d'objets de valeur, a connu un ralentissement notable. Sa croissance est passée de 12,3 % à 8,5 %, et sa contribution à la croissance a diminué de 3,8 points à 2,7 points. Ce tassement de l'effort d'investissement, s'il se confirmait dans les trimestres à venir, pourrait constituer un point de vigilance pour les perspectives de croissance à moyen terme.


Des échanges extérieurs toujours déficitaires, mais moins pénalisants

Les échanges extérieurs de biens et services continuent de peser sur la croissance, mais leur contribution négative s'est atténuée par rapport à l'année précédente. Les importations en volume ont ralenti leur progression, passant de 14 % au quatrième trimestre 2024 à 10 %, ce qui a mécaniquement réduit leur impact négatif sur la croissance de -7,2 points à -5,2 points. Les exportations ont également ralenti, passant de 9,8 % à 6,1 %, avec une contribution positive ramenée de 4,1 points à 2,6 points.

En fin de compte, la contribution nette des échanges extérieurs est restée négative à hauteur de 2,6 points, contre -3,1 points un an auparavant. Si l'écart se réduit, le déficit commercial structurel du Maroc continue d'amputer significativement la croissance et rappelle l'importance des stratégies de substitution aux importations et de promotion des exportations.


Un besoin de financement qui se creuse

Sur le plan du financement de l'économie nationale, les indicateurs appellent à une certaine prudence. Le revenu national brut disponible n'a progressé que de 5,7 %, contre 9,8 % au même trimestre de 2024, sous l'effet conjugué du ralentissement du PIB nominal et surtout de la baisse de 9,3 % des revenus nets reçus du reste du monde, alors que ceux-ci avaient bondi de 20 % un an plus tôt. Ce retournement des transferts extérieurs constitue un facteur de fragilité pour l'équilibre macroéconomique.


Le ralentissement de la consommation finale nationale en valeur, dont la croissance est passée de 6,6 % à 5,2 %, a permis de stabiliser le taux d'épargne nationale à 30,8 % du PIB. Toutefois, face à un investissement brut qui a représenté 33,4 % du PIB contre 32,5 % un an plus tôt, le besoin de financement de l'économie s'est creusé pour atteindre 2,6 % du PIB, contre 1,7 % au quatrième trimestre 2024. Cet écart grandissant entre l'épargne et l'investissement signifie que le Maroc doit recourir davantage aux financements extérieurs pour soutenir son effort d'équipement et de développement.


Un visage contrasté de l’économie

Au terme de ce quatrième trimestre 2025, l'économie marocaine présente un visage contrasté. La croissance reste solide à 4,1 %, portée par un rebond agricole bienvenu et une demande intérieure soutenue, dans un contexte d'inflation modérée qui profite aux ménages. Mais les signaux de ralentissement des activités non agricoles, en particulier dans les services et le bâtiment, ainsi que le creusement du besoin de financement, invitent à ne pas relâcher l'attention. La capacité du Maroc à maintenir un rythme de croissance élevé dépendra dans les trimestres à venir de la poursuite de la dynamique industrielle, de la consolidation du secteur agricole et de la maîtrise des équilibres extérieurs et budgétaires.

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