S'abonner
Se connecter
logo du site ledesk
Newsroom
Le meilleur de l’actualité au fil des événements
02.04.2026 à 01 H 21 • Mis à jour le 02.04.2026 à 12 H 08
Par
Hôtellerie

Risma cède le Sofitel Casablanca Tour Blanche à Pickalbatros pour 450 millions de dirhams

Amine Echcherki, Président du directoire de Rism Amine Echcherki, président du directoire de Risma. Crédit : Mustapha Razi / Le Desk
Risma a signé un accord pour la vente de l'hôtel Sofitel Casablanca Tour Blanche à la chaîne égyptienne Pickalbatros. Cette opération stratégique s'inscrit dans la refonte du modèle économique du premier groupe hôtelier coté au Maroc

Risma, premier opérateur hôtelier coté à la Bourse de Casablanca, a officialisé le mardi 31 mars la signature d'un compromis de vente portant sur la cession de l'hôtel Sofitel Casablanca Tour Blanche au groupe égyptien Pickalbatros Hotels &  Resorts. Le montant de la transaction s'élève à 450 millions de dirhams (MDH). L'accord, soumis à des conditions suspensives, a été conclu le 9 février 2026, selon un communiqué publié sur le site de l'Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC).


Un actif emblématique du centre historique de Casablanca

Le Sofitel Tour Blanche, inauguré en 2012 dans le quartier Sidi Belyout, au cœur de la capitale économique, est un hôtel 5 étoiles de 171 chambres et suites. Conçu par l'architecte belge Patrick Genard et décoré par le Studio parisien MHNA (Marc Hertrich et Nicolas Adnet), l'établissement s'est imposé comme une référence du luxe hôtelier à Casablanca, offrant des vues panoramiques sur la médina, la mosquée Hassan II et l'océan Atlantique. L'investissement initial consenti par RISMA pour sa construction avoisinait déjà les 450 millions de dirhams, soit environ 40 millions d'euros à l'époque.


Le prix de cession correspond donc approximativement au coût de construction d'origine, un détail notable qui interroge sur la création de valeur réelle de cet actif sur près de 14 années d'exploitation.


Sur le plan comptable, la transaction devrait générer un résultat non courant positif de 160 MDH (net d'impôt sur les sociétés) dans les comptes consolidés de l'exercice 2026. Au-delà de ce gain ponctuel, Risma souligne que la suppression des charges courantes liées à l'exploitation de l'hôtel aura un effet positif et durable sur les résultats des exercices 2026 et suivants – un aveu implicite que l'établissement pesait sur la rentabilité du groupe.


Risma maintient sa présence dans le quartier

Après cette cession, Risma conservera deux établissements dans le quartier du centre historique de Casablanca : le Novotel Casablanca City Center (281 chambres) et l’Ibis Casablanca City Center (266 chambres). Le groupe a par ailleurs annoncé son intention de repositionner le Novotel City Center vers le haut de gamme, tout en recherchant activement une opportunité foncière pour développer un nouvel hôtel de luxe dans la ville.


L'acquéreur, Pickalbatros Hotels &  Resorts, est un groupe fondé en 1992 par l'homme d'affaires égyptien Kamel Abou Ali. Initialement implanté sur les côtes de la mer Rouge avec un portefeuille d'une vingtaine d'établissements en Égypte (Hurghada, Marsa Alam, Sharm El Sheikh), le groupe mène depuis plusieurs années une stratégie d'expansion agressive au Maroc.


En 2024, Pickalbatros a acquis quatre hôtels dans le Royaume – dont le Club Le Sangho et le Palmeraie Palace à Marrakech, ainsi que le Palace des Roses à Agadir – portant sa capacité à plus de 2 600 chambres au Maroc. Le groupe a investi environ 200 millions de dollars dans le pays. En septembre 2025, il a inauguré le Pickalbatros Sungo Club à Marrakech, un établissement de 341 chambres doté d'infrastructures sportives aux normes FIFA.


Avec le Sofitel Tour Blanche, Pickalbatros franchit un cap : le passage d'un positionnement orienté resorts et loisirs à une présence dans le segment du luxe urbain, au cœur de la première place financière du pays.


Une opération qui s'inscrit dans une transformation plus large

Cette cession ne peut être lue isolément. Elle intervient dans un contexte de réorganisation profonde de Risma, qui s'est accélérée depuis la sortie du groupe Accor de son capital en 2023. Plusieurs mouvements récents dessinent une nouvelle trajectoire pour le groupe.


D'abord une augmentation de capital de 450 MDH. Risma a levé 450 MDH par l'émission de 1,5 million de nouvelles actions à 300 dirhams, une opération massivement sursouscrite (47 fois) qui a mobilisé plus de 100 000 investisseurs. Les fonds sont principalement destinés au refinancement de l'acquisition du Centre Multifonctionnel de Guéliz (CMG) à Marrakech, qui comprend le Radisson Blu Hotel et le centre commercial Carré Eden.


Vient ensuite la diversification des enseignes. Risma vise 28 hôtels et 5 000 chambres à l'horizon 2030, contre 24 hôtels et 3 679 chambres actuellement. Le groupe a notamment acquis un terrain sur la Corniche de Tanger pour y développer un hôtel Hyatt cinq étoiles, marquant son émancipation par rapport au portefeuille exclusivement estampillé Accor.


Enfin, Risma opte pour un passage à la franchise : ses hôtels actuellement exploités sous mandat de gestion par Accor devraient basculer vers un modèle de franchise dès ce mois-ci. Ce changement permettrait au groupe de reprendre le contrôle opérationnel direct de ses établissements tout en conservant les enseignes internationales (Sofitel, Novotel, Ibis, MGallery), et de réduire significativement les redevances versées au gestionnaire.


Le tourisme marocain en toile de fond

L'ensemble de ces mouvements s'inscrit dans la dynamique portée par la feuille de route touristique nationale 2023-2026, qui vise à positionner le Maroc parmi les 15 premières destinations mondiales d'ici 2030, avec un objectif de 30 millions de touristes et plus de 120 milliards de dirhams de recettes en devises. La perspective de la Coupe du monde 2030, co-organisée avec l'Espagne et le Portugal, alimente également les investissements massifs dans le secteur hôtelier.


Dans ce contexte, la cession du Sofitel Tour Blanche illustre une tendance de fond : la gestion active des actifs hôteliers, où chaque établissement est évalué non plus seulement comme un outil d'exploitation, mais comme un actif financier dont la rotation peut générer de la valeur pour financer de nouveaux projets à plus fort potentiel.

©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.