Le Mexique s’inspire de l’expérience solaire de Noor Ouarzazate
La tour de réception thermique du complexe solaire Noor III, à Ouarzazate. Crédit : Ombrages
Une délégation du gouvernement fédéral mexicain vient de visiter les centrales thermosolaires Noor I et Noor III à Ouarzazate pour évaluer la possibilité de reproduire ce modèle en Basse-Californie du Sud. La mission, conduite par le sous-secrétaire à la Planification et à la Transition énergétique de la SENER (ministère de l'Énergie), réunissait des cadres de la Commission fédérale d'électricité (CFE), des représentants du gouvernement de Basse-Californie du Sud, ainsi que des spécialistes de l'Université nationale autonome du Mexique (UNAM) et de l'Institut royal de technologie KTH de Suède, apportant un soutien scientifique et technique.
L'attention s'est principalement portée sur Noor III, la plus grande centrale thermosolaire à tour centrale en exploitation au monde, dont la technologie de stockage en sels fondus permet de produire de l'électricité même en l'absence de rayonnement solaire – un atout stratégique pour les réseaux isolés comme celui de la péninsule de Basse-Californie. La délégation a évalué les processus de transfert de technologie et les modèles de gestion afin d'adapter ces innovations au contexte mexicain.
Un projet de 800 M $ pour la Basse-Californie du Sud
Cette visite s'inscrit dans le prolongement de l'annonce, en août 2025, par la présidente Claudia Sheinbaum, de la construction des deux premières centrales thermosolaires du Mexique en Basse-Californie du Sud. Le projet, d'un montant de 800 millions de dollars confié à la CFE, prévoit une capacité initiale de 100 mégawatts (MW) avec un stockage thermique permettant jusqu'à 11 heures de production continue, y compris la nuit. Entre 100 000 et 200 000 foyers pourraient être alimentés, avec une mise en service visée d'ici 2030.
La Basse-Californie du Sud constitue une « île énergétique » déconnectée du réseau national mexicain, fortement dépendante du diesel et du fioul lourd, et sujette à des coupures récurrentes en période de forte chaleur. La technologie thermosolaire à tour centrale, telle qu'observée à Noor Ouarzazate, offre une réponse directe à ce défi en fournissant une énergie ferme, sans intermittence, capable de se substituer aux combustibles fossiles.
Noor Ouarzazate : un référentiel mondial
Le complexe Noor Ouarzazate, situé aux portes du Sahara dans la région de Drâa-Tafilalet, est la plus grande installation thermosolaire concentrée (CSP) au monde avec 580 MW de capacité installée. Il regroupe trois centrales thermosolaires – Noor I (160 MW, capteurs cylindro-paraboliques), Noor II (200 MW) et Noor III (150 MW, tour centrale culminant à 250 mètres avec un récepteur de plus de 600 MW thermiques) – ainsi qu'une unité photovoltaïque. Toutes sont équipées de systèmes de stockage en sels fondus, de 3 heures pour Noor I à 7,5 heures pour Noor III, permettant de produire de l'électricité au moment des pics de demande, qui coïncident au Maroc avec le coucher du soleil.
Construit par un consortium incluant l'ingénieriste espagnol SENER, ACWA Power et ACCIONA sous l'égide de l'Agence marocaine pour l'énergie durable (Masen), le complexe évite l'émission de 470 000 tonnes de CO2 par an. Inauguré par le roi Mohammed VI en 2016, il s'inscrit dans la stratégie marocaine visant à porter la part des énergies renouvelables à plus de 52 % du mix électrique à l'horizon 2030.
Un transfert d'expérience Sud-Sud
Les parallèles entre les deux pays sont frappants : ensoleillement exceptionnel dans les zones désertiques, dépendance historique aux combustibles fossiles, et volonté politique de transition énergétique. Le Maroc a démontré qu'un pays à revenu intermédiaire pouvait maîtriser une technologie de pointe, développer un contenu local significatif – 30 % sur Noor Ouarzazate – et attirer des milliards de dollars d'investissements internationaux. Le Mexique vise de son côté un contenu national pouvant atteindre 60 %.
Si le projet aboutit, la Basse-Californie du Sud se positionnerait comme un leader régional en énergie propre, et le Mexique rejoindrait le cercle restreint des pays disposant de capacités thermosolaires – aux côtés du Maroc, de l'Espagne, du Chili et de l'Afrique du Sud. L'expérience de Noor Ouarzazate aura servi de catalyseur, confirmant le rayonnement international du modèle solaire marocain et la montée en puissance de la coopération Sud-Sud dans les transitions énergétiques du XXIe siècle.
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