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20.04.2026 à 10 H 06 • Mis à jour le 20.04.2026 à 12 H 18
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Conjoncture

Confiance des ménages : un sursaut notable au premier trimestre, mais le pessimisme demeure structurel

Dans un supermarché à Casablanca (photo d'illustration). Dans un supermarché à Casablanca (photo d’illustration). Crédit : Mustapha Razi / Le Desk
L'Indice de confiance des ménages publié par le HCP ce 20 avril atteint son plus haut niveau depuis quatre ans, porté par une nette détente sur le chômage. Mais l'inquiétude sur les prix alimentaires et l'incapacité à épargner résistent

Au premier trimestre 2026, l'Indice de confiance des ménages (ICM), publié par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), s'établit à 64,4 points, contre 57,6 points au trimestre précédent et seulement 46,6 points un an plus tôt. La progression est à double titre remarquable, avec un gain de 6,8 points en un trimestre et de près de 18 points sur un an, soit l'un des plus forts rebonds enregistrés depuis le début de la série. Ce redressement s'inscrit dans une dynamique amorcée dès le deuxième trimestre 2025, après près de trois années passées à évoluer dans une bande étroite comprise entre 44 et 47 points, un plancher historique qui contrastait violemment avec les niveaux supérieurs à 85 points observés en 2018. Autrement dit, malgré l'embellie récente, la confiance des ménages marocains reste aujourd'hui inférieure d'environ 23 points à ce qu'elle était il y a huit ans.


L'amélioration est donc réelle, mais elle doit être lue dans sa juste proportion : il s'agit d'une sortie de zone déprimée, non d'un retour à la normale.


Un redressement porté par le chômage et les perspectives financières

Parmi les sept composantes de l'ICM, c'est la perception de l'évolution future du chômage qui connaît la variation la plus spectaculaire. Le solde d'opinion passe de moins 47,7 points au 4e trimestre 2025 à moins 34,7 points au 1er trimestre 2026, soit un gain de 13 points en trois mois. Comparé au même trimestre de 2025, où il s'établissait à moins 73,4 points, le redressement atteint près de 39 points sur un an. Ce mouvement n'est pas anodin. Entre 2019 et 2024, ce solde avait oscillé entre moins 70 et moins 83 points, traduisant une anxiété quasi permanente sur le marché de l'emploi. Le rebond actuel suggère qu'une proportion croissante de ménages anticipe désormais une stabilisation, voire une détente, du chômage. Reste que 57,9 % des ménages continuent de prévoir une hausse du nombre de chômeurs contre seulement 23,2 % qui attendent une baisse : l'optimisme est relatif, pas majoritaire.


La dissociation entre rétrospective et prospective constitue par ailleurs l'un des enseignements les plus révélateurs de cette enquête. Concernant les douze derniers mois, 75,1 % des ménages jugent que leur niveau de vie s'est dégradé, tandis que 5,8 % seulement constatent une amélioration. Le solde, à moins 69,3 points, s'améliore à peine par rapport aux moins 72,5 points du trimestre précédent. La mémoire du choc inflationniste et de l'érosion du pouvoir d'achat reste vive. En revanche, le regard porté sur les douze prochains mois est beaucoup plus mobile. Le solde prospectif bondit de moins 39,5 à moins 28,8 points, son meilleur niveau depuis le quatrième trimestre 2021. La proportion de ménages anticipant une amélioration, à 16,4 %, reste minoritaire, mais elle progresse sensiblement. Cette divergence entre un passé perçu comme sombre et un avenir jugé moins menaçant est un signal classique de sortie de cycle dépressif : les ménages ne nient pas les difficultés vécues, mais ils cessent de les projeter mécaniquement sur les mois à venir.


L'indicateur le plus symbolique de ce trimestre concerne toutefois les perspectives financières personnelles. Le solde d'opinion sur l'évolution de la situation financière au cours des douze prochains mois s'établit à plus 5,8 points, contre moins 4,2 points au trimestre précédent et moins 16,4 points un an plus tôt. C'est la première fois depuis le premier trimestre 2022 que cet indicateur repasse en territoire positif. Dit autrement, pour la première fois en quatre ans, davantage de ménages s'attendent à une amélioration de leur situation financière qu'à une détérioration, dans une proportion de 21,1 % contre 15,3 %. Il faut cependant tempérer la lecture. La situation financière actuelle reste jugée difficile : 37,5 % des ménages déclarent s'endetter ou puiser dans leur épargne, et seuls 2,5 % affirment épargner. Le solde correspondant, à moins 35,0 points, ne s'améliore que marginalement. L'optimisme concerne l'avenir proche, pas le présent.


Les fragilités qui résistent au rebond

Tous les indicateurs ne participent pas à ce rebond, et deux d'entre eux témoignent de difficultés structurelles persistantes. La capacité d'épargne future reste d'abord à des niveaux historiquement bas : 87,8 % des ménages n'anticipent pas de pouvoir épargner dans les douze prochains mois, contre seulement 12,1 % qui pensent le pouvoir. Le solde, à moins 75,7 points, s'améliore à peine. Cet indicateur est symboliquement le plus lourd, puisqu'il signale qu'une très large majorité des ménages vit dans une logique de gestion au mois le mois, sans marge de constitution d'un matelas financier. Les prix des produits alimentaires demeurent, quant à eux, la préoccupation centrale : 93,3 % des ménages estiment que les prix ont augmenté au cours de l'année écoulée, et 78,9 % anticipent la poursuite de la hausse. Les soldes correspondants, à moins 92,7 et moins 76,5 points, se sont même légèrement dégradés par rapport au trimestre précédent. Ce point mérite attention. Alors que la plupart des indicateurs progressent, la perception de l'inflation alimentaire résiste et constitue le socle matériel du pessimisme persistant sur le niveau de vie passé.


Que nous dit, au fond, ce rebond ? Trois lectures complémentaires peuvent être avancées. La première est celle d'un effet de base mécanique. Les niveaux très déprimés du premier trimestre 2025, avec un ICM à 46,6 points, facilitaient arithmétiquement toute amélioration en glissement annuel  une partie du bond observé traduit donc moins un optimisme nouveau qu'un retour progressif vers une moyenne plus supportable après un creux prolongé. La deuxième lecture met en évidence un décalage entre vécu et anticipation : les indicateurs rétrospectifs, qu'il s'agisse du niveau de vie passé ou des prix alimentaires passés, s'améliorent peu, alors que les indicateurs prospectifs, relatifs au niveau de vie futur, au chômage futur et à la situation financière future, progressent franchement. Les ménages semblent anticiper une amélioration de la conjoncture sans encore l'avoir constatée dans leur quotidien. La troisième lecture, enfin, rappelle la fragilité de l'embellie. Six des sept composantes de l'ICM restent en territoire négatif, le solde global d'opinion demeure défavorable, et la pression sur l'alimentation combinée à l'incapacité d'épargner maintient une vulnérabilité structurelle qui pourrait rapidement inverser la dynamique en cas de nouveau choc.


Le premier trimestre 2026 marque donc, pour les ménages, une inflexion notable. L'ICM atteint son plus haut niveau depuis le premier trimestre 2022, porté par une nette détente des anticipations sur le chômage et par un retour historique en territoire positif des perspectives financières personnelles. Cette dynamique est trop franche pour être ignorée. Elle reste cependant une amélioration relative, non une normalisation. Les ménages jugent toujours sévèrement le niveau de vie des douze derniers mois, peinent à épargner, et continuent de redouter la hausse des prix alimentaires. Le rebond est celui d'un sentiment qui sort du pire, non celui d'une confiance retrouvée.


Les prochains trimestres diront si cette trajectoire se consolide, auquel cas le Maroc aurait engagé une véritable sortie du creux de confiance post-2022, ou si elle marque simplement une pause avant un nouveau tassement. La réponse dépendra moins de la psychologie des ménages que de l'évolution effective des prix, de l'emploi et du pouvoir d'achat.

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