L’Office des changes redessine son architecture pour coller à sa stratégie 2029
Driss Bencheikh, directeur général de l’Office des changes. Crédit : Le Desk
Le régulateur des opérations de change a dévoilé ce 20 avril une refonte en profondeur de son organigramme, présentée comme le bras organisationnel de sa stratégie 2025-2029. Derrière le vocabulaire institutionnel, la manœuvre traduit un basculement assumé : passer d'une logique d'autorisation administrative à une posture de supervision fondée sur les données et le risque, tout en hissant la relation usagers et la conformité au rang de priorités stratégiques.
Un état-major resserré autour de la Direction
Au sommet, la Direction s'appuie sur un Secrétariat général étoffé (trois attachés de direction et deux chargés de mission) qui centralise désormais les fonctions transverses de pilotage, de communication et d'audit. Deux départements clés lui sont directement rattachés : le Département Audit, Risques & Pilotage, qui regroupe quatre services (audit interne, management des risques, sécurité des systèmes d'information, contrôle de gestion), et la Division Communication et Relation usagers, qui elle-même articule trois services (Communication, Accueil & Expériences usagers, Gestion documentaire & Archives).
Ce positionnement a un objectif. Placer la sécurité des SI et le management des risques à côté de l'audit interne, sous un pilotage unifié, dessine une fonction de seconde ligne de défense conforme aux standards de gouvernance des institutions financières. Et hisser la relation usagers au niveau du Secrétariat général avec un service « Accueil & Expériences usagers » au vocabulaire emprunté au secteur privé en fait un levier stratégique, non plus un guichet.
Facilitation : un département pour les opérateurs
Le changement le plus visible pour les entreprises marocaines est la création d'un Département Facilitation et Accompagnement des opérateurs, organisé autour de deux divisions. La Division Autorisations opérations courantes traite les flux du quotidien via trois services (Qualification & Orientation des demandes, Opérations commerciales, Opérations diverses), alors que la Division Autorisations Investissements & Avoirs couvre les investissements étrangers au Maroc, les investissements marocains à l'étranger, les avoirs à l'étranger, et intègre un Service change de devises.
L'existence d'un service Qualification & Orientation des demandes en amont de la chaîne d'autorisation est significative : elle suggère un tri intelligent des dossiers pour accélérer les cas simples et concentrer l'expertise sur les dossiers complexes. C'est un signal adressé aux importateurs, exportateurs et investisseurs à l'heure où le Maroc arbitre sa politique de flexibilisation progressive du régime de change.
Supervision : la bascule vers le contrôle par les risques
Le Département Supervision incarne la vraie rupture doctrinale. Il s'articule autour de trois divisions. La Division Contrôle des opérations de change suit les flux métiers (opérations en capital, importation et exportation de biens, importation et exportation de services, règlement transactionnel). La Division Transactions financières et Conformité abrite un Service Conformité LBC-FT dédié (lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme), ainsi que des services sur les avoirs à l'étranger et le change de devises.
Surtout, une Division Inspection apparaît avec deux services : Programmation et Support des enquêtes, et Analyse des risques et Investigations. La logique du contrôle exhaustif cède la place à un ciblage par les risques, standard devenu incontournable chez les régulateurs financiers. Couplée au service LBC-FT, cette division donne à l'Office des Changes une capacité d'investigation autonome qu'il n'affichait pas aussi clairement auparavant.
Réglementation et contentieux : l'aval du dispositif
Parallèlement, un Département Réglementation et Contentieux est isolé, structuré en deux divisions. La Division Réglementation & Affaires juridiques comprend un service dédié à la Réglementation & Formation des usagers (autre indice de l'orientation pédagogique de la réforme) et un service Affaires juridiques. La Division du Contentieux regroupe un Service Règlement transactionnel et un Service Analyse & Régularisation.
L'existence d'une division Contentieux distincte, avec un dispositif de règlement transactionnel, témoigne d'une activité de sanction structurée et d'une volonté d'offrir des voies de régularisation formalisées cohérente avec la philosophie facilitatrice affichée en amont.
Statistiques : deuxième centre de gravité de la maison
Le Département Statistiques des comptes extérieurs conserve un poids considérable, avec quatre divisions. La Division Intégration et Diffusion des données abrite la collecte, les enquêtes, les statistiques d'entreprises, et un service Études et Diffusion. La Division de la Balance des paiements réunit les échanges internationaux de services, le traitement des transactions bancaires à l'international, et la compilation proprement dite. La Division des Statistiques des Investissements internationaux couvre les IDE, la dette extérieure et les investissements de portefeuille. Enfin la Division des Statistiques du Commerce extérieur traite les données douanières et leur analyse.
L'Office reste le producteur officiel de la balance des paiements du Royaume. La granularité affichée (services dédiés à la dette extérieure, au portefeuille, aux IDE) et l'insistance du communiqué sur la conformité aux standards internationaux et la maîtrise des délais de diffusion visent à répondre aux attentes des économistes, bailleurs et investisseurs qui scrutent ces chiffres.
La donnée, infrastructure stratégique
Un Département Transformation digitale et Gouvernance de la donnée fait son apparition, structuré autour de trois divisions. La Division Infrastructures informatiques abrite la production informatique et le support utilisateurs. La Division Solutions et Projets SI sépare maîtrise d'ouvrage (AMOA et Projets SI) et maîtrise d'œuvre (MOE et Assistance applicative), une distinction qui traduit une industrialisation des pratiques projet. La Division Organisation et Gouvernance de la donnée, avec ses services Organisation, Flux et Data, matérialise la volonté de traiter la donnée comme un actif stratégique plutôt que comme un sous-produit de l'activité de contrôle.
C'est la pièce maîtresse qui rend crédibles les autres chantiers : sans gouvernance de la donnée, pas de contrôle intelligent, pas d'offre statistique élargie, pas d'expérience usagers améliorée.
Le socle : finances, RH, logistique
Le Département Finances, Capital humain et Affaires générales complète le tableau avec trois divisions classiques, mais structurées : Division financière (Budget et Flux financiers, Comptabilité et Trésorerie), Division Capital humain (Rémunération et Affaires du personnel, Développement des compétences), Division Achats et Logistique (achats et marchés, logistique). La présence d'un service Développement des Compétences est à noter : la bascule vers un contrôle intelligent, l'analyse de risques et la gouvernance de la donnée exige des profils que l'Office devra largement former ou recruter.
La nouvelle architecture dessine un Office des changes à quatre piliers opérationnels (Réglementation et Contentieux, Facilitation, Supervision, Statistiques), adossés à deux fonctions support modernisées (transformation digitale, finances/RH) et chapeautés par un état-major qui centralise pilotage, audit et relation usagers. Les fonctions nouvelles (gouvernance de la donnée, conformité LBC-FT, inspection par les risques, accueil usagers) dessinent une institution qui ambitionne de ressembler davantage à un régulateur financier moderne qu'à une administration d'autorisation.
©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.
