Recherche clinique : la FMIIP plaide pour une montée en capacité du Maroc
Yasmine Lahlou Filali, directrice du groupe Pharma 5 et présidente de la FMIIP. Crédit: Mustapha Razi / Le Desk
La Fédération Marocaine de l'Industrie et de l'Innovation Pharmaceutiques (FMIIP) a organisé, vendredi 15 mai à Casablanca, un symposium national consacré à la recherche clinique, en partenariat avec le CRO Eshmoun-Clinical Research. La rencontre était placée sous le thème : « La recherche clinique au service d'un accès rapide aux médicaments innovants, génériques et biosimilaires ». L'événement a réuni des représentants institutionnels, des professionnels de santé, des chercheurs, des industriels et des partenaires académiques.
Pour la présidente de la FMIIP, Yasmine Lahlou, l'enjeu dépasse le seul champ scientifique. « La recherche clinique est un levier concret de souveraineté sanitaire. Elle permet au Maroc de produire ses propres données, de mieux connaître ses patients, de renforcer l'accès aux traitements et de consolider la confiance dans les médicaments innovants, génériques et biosimilaires », a-t-elle déclaré en ouverture.
Marché mondial en croissance, cadre réglementaire renouvelé
Selon les chiffres présentés lors du symposium, citant IQVIA, les dépenses mondiales de recherche et développement en santé ont atteint 250 milliards de dollars en 2025, en progression de 5,7 %. Les essais cliniques représentent plus d'un quart de ce total, soit 66 milliards de dollars. Sur le continent africain, le segment des essais cliniques est estimé à près d'un milliard de dollars, avec une croissance de 8 %. Le marché marocain, pour sa part, est évalué à 25 millions de dollars, en progression de 10 %.
Le symposium est intervenu après l'opérationnalisation de la loi 28-13 relative à la protection des personnes participant aux recherches biomédicales. Ce texte vise à renforcer l'encadrement éthique des essais cliniques et à rapprocher le Maroc des standards internationaux. La FMIIP a également salué la création du Centre Mohammed VI de la Recherche et de l'Innovation, présentée comme une initiative structurante pour le développement de l'écosystème national de recherche clinique.
Les atouts identifiés, les freins évoqués
Plusieurs atouts du Royaume ont été mis en avant lors des échanges. Le Maroc dispose d'une industrie pharmaceutique structurée, de compétences médicales reconnues et d'un cadre réglementaire existant. Il s'appuie également sur des institutions scientifiques telles que l'Université Mohammed VI des Sciences de la Santé (UM6SS), sur des centres de recherche en développement et sur une position géographique qui le situe entre l'Europe et l'Afrique.
Les intervenants ont identifié plusieurs obstacles à lever pour renforcer l'attractivité du Maroc auprès des promoteurs internationaux d'essais cliniques. L'imprévisibilité des délais d'approbation a été pointée, de même que la coordination encore insuffisante entre les différents acteurs de l'écosystème, la qualité et la standardisation des données disponibles, ainsi que le manque de certains métiers spécialisés tels que les biostatistiques, le monitoring, le data management, la pharmacovigilance avancée et les affaires réglementaires. Selon la FMIIP, dans un environnement internationalement concurrentiel, le temps de traitement des dossiers est devenu un facteur déterminant d'attractivité.
C'est à ce diagnostic que Yasmine Lahlou a entendu répondre lors de son intervention. « Notre priorité est désormais de transformer cette ambition en capacité d'exécution, avec des circuits plus lisibles, des délais mieux maîtrisés et une mobilisation collective de l'ensemble de l'écosystème », a indiqué la présidente de la FMIIP.
Génériques et biosimilaires
L'industrie pharmaceutique marocaine s'est historiquement structurée autour des médicaments génériques. Le développement de centres de bioéquivalence est présenté comme un levier pour accélérer l'enregistrement des génériques, renforcer l'autonomie scientifique du Royaume et contribuer à la réduction du déficit de la balance commerciale. Le développement des biosimilaires impose en revanche de nouvelles exigences. Leur enregistrement nécessite, dans certains cas, des études cliniques complémentaires destinées à démontrer efficacité, sécurité et comparabilité thérapeutique. Cela suppose, selon la FMIIP, le développement de compétences spécialisées en biostatistiques, en pharmacovigilance, en monitoring, en data management et en affaires réglementaires avancées.
Données de santé et intelligence artificielle
Les échanges ont mis en évidence l'importance croissante des données de vie réelle, des registres, des études post-commercialisation, de la pharmacovigilance, des analyses médico-économiques et des outils numériques dans la recherche clinique moderne. La FMIIP a souligné que la qualité de ces données conditionne leur utilité : une donnée mal saisie, incomplète ou non standardisée peut affaiblir une étude ou fausser une analyse. Le développement de l'intelligence artificielle, capable d'accélérer la recherche et de soutenir la médecine de précision, ne dispense pas des fondamentaux, à savoir des dossiers médicaux fiables, la traçabilité, l'interopérabilité, la gouvernance, le codage et la formation des équipes.
À l'issue des travaux, la Fédération a exprimé le souhait que le symposium débouche sur des recommandations concrètes et sur une feuille de route nationale pour la recherche clinique au Maroc.
©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.
