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26.05.2026 à 14 H 29 • Mis à jour le 28.05.2026 à 14 H 16
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OCP préserve ses marges face au resserrement du marché mondial des phosphates

Une usine d'OCP Nutricrops à Jorf Lasfar. Une usine d’OCP Nutricrops à Jorf Lasfar. Crédit : Mohamed Drissi Kamili / Le Desk
Le groupe OCP affiche un chiffre d'affaires de 20,1 milliards de dirhams au premier trimestre, en repli de 7%, tandis que ses investissements bondissent de 71%

OCP Group, premier exportateur mondial d'engrais phosphatés, a publié le mardi 26 mai des résultats trimestriels qui illustrent autant la tension persistante du marché des fertilisants que la capacité du groupe contrôlé par l'État marocain à défendre sa rentabilité dans un environnement de coûts en hausse.


Le chiffre d'affaires s'est établi à 20 093 millions de dirhams (MDH) au premier trimestre 2026, contre 21 594 millions un an plus tôt, un recul que le groupe attribue principalement aux effets de conversion liés à la dépréciation du dollar américain et à la baisse des volumes d'acide phosphorique et d'engrais, partiellement compensée par la hausse des prix de vente réalisés sur ces deux catégories de produits.


La marge brute ressort à 11 979 MDH, soit 60 % du chiffre d'affaires, contre 69 % à la même période de l'année précédente. L'EBITDA s'inscrit à 5 665 MDH pour une marge de 28 %, contre 7 494 millions un an plus tôt. Des niveaux que la direction d’OCP qualifie de « résilients  » au regard de la flambée des coûts des intrants enregistrée sur la période.


Une offre mondiale sous contrainte

Le décor planté par OCP est celui d'un marché « structurellement tendu  ». L'absence prolongée des exportations chinoises de phosphates, historiquement variable d'ajustement du commerce mondial, devrait se poursuivre au moins jusqu'en août 2026. Les volumes en provenance du Moyen-Orient ont par ailleurs reculé sur fond de tensions géopolitiques régionales, tandis que des conditions météorologiques défavorables en début d'année ont entraîné des retards ponctuels de chargements et contribué au resserrement global du marché.


Les dynamiques de demande, elles, divergent fortement selon les régions. Au Brésil, les importations sont demeurées relativement stables, les acheteurs ayant sécurisé leurs volumes en amont. En Inde, les achats ont marqué le pas, le marché ayant progressivement résorbé les stocks élevés constitués en 2025. En Europe, la combinaison des achats anticipés et de la mise en œuvre du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (CBAM) a pesé sur la demande. Plusieurs marchés africains demeurent contraints par des goulets logistiques et des retards d'expédition, tandis qu'aux États-Unis, le ralentissement de la demande domestique a poussé les producteurs locaux à augmenter leurs volumes exportés.


La pression du soufre

C'est du côté du soufre, intrant critique de la production d'engrais phosphatés, que la pression sur les coûts s'est exercée le plus brutalement. Les prix ont fortement progressé sur le trimestre, sous l'effet d'une offre disponible plus rare et d'inquiétudes croissantes sur la continuité des approvisionnements. Les prix de l'ammoniac ont également augmenté, mais à un rythme plus modéré.


OCP affirme avoir bénéficié de stocks de soufre sécurisés avant la flambée, ce qui lui assure une couverture jusqu'à fin juillet 2026. Le groupe a parallèlement accentué le basculement de son mix produits vers le triple superphosphate (TSP), moins consommateur de soufre par tonne de nutriment. Au-delà de l'argument coût, la direction met en avant un avantage agronomique : le phosphore est un nutriment essentiel appliqué avant ou pendant les semis pour favoriser le développement racinaire et le démarrage des cultures, contrairement aux engrais azotés et à base d'ammoniac, généralement utilisés plus tard dans le cycle de croissance. Le TSP autorise par ailleurs une fertilisation plus précise, adaptée aux besoins des sols et des cultures, et offre une plus grande flexibilité dans les mélanges. La qualité élevée de la roche phosphatée extraite par le groupe a en outre contribué à améliorer les rendements de conversion et à réduire l'intensité des intrants par tonne de produit fini.


Le groupe a par ailleurs avancé au deuxième trimestre une partie de son programme de maintenance initialement prévu au second semestre. Selon la direction, cette décision réduit temporairement les niveaux de production, mais préserve la flexibilité opérationnelle pour le reste de l'année.


Capex en forte accélération

Le poste le plus spectaculaire du communiqué se situe ailleurs : les dépenses d'investissement ont bondi à 10 143 MDH au premier trimestre, contre 5 934 millions un an plus tôt, soit une progression de 71 %. OCP l'explique par l'accélération des décaissements liés aux projets stratégiques livrés en 2025 dans les infrastructures industrielles, hydriques et d'énergies renouvelables. La direction maintient toutefois son objectif de capex 2026 dans la fourchette précédemment communiquée et anticipe une normalisation progressive du rythme sur la suite de l'année.


À plus longue échéance, OCP poursuit le développement de projets de récupération de pyrite et de pyrrhotite, dont la mise en service est attendue début 2027 et qui doivent permettre de réduire progressivement la dépendance structurelle du groupe aux approvisionnements externes en soufre, vulnérabilité mise en relief par la séquence actuelle. L'exposition à l'ammoniac est par ailleurs jugée relativement limitée, une part plus faible de l'offre mondiale transitant par le détroit d'Ormuz.


OCP Group table sur un marché qui devrait demeurer structurellement contraint du côté de l'offre. Les restrictions chinoises persistantes, les tensions au Moyen-Orient et la disponibilité limitée du soufre devraient maintenir cette tension, même si la hausse des prix pourrait entraîner un certain ralentissement de la demande. Des fondamentaux agricoles résilients et des prix des cultures toujours fermes devraient toutefois soutenir la consommation sur les principaux marchés.


Le groupe met en avant sa stratégie d'approvisionnement diversifiée, sa plateforme industrielle intégrée et la flexibilité de son portefeuille de produits comme leviers d'adaptation. Une approche proactive en matière d'achats, une gestion rigoureuse des stocks et une orientation vers des produits à plus forte valeur ajoutée constituent, selon la direction, le socle de sa résilience dans un contexte de volatilité persistante des matières premières.


Au-delà de la photographie trimestrielle, les chiffres confirment la grille de lecture habituelle d'OCP : intégration verticale, base de roche phosphatée de qualité et discipline industrielle continuent de tenir les marges brutes dans la zone des 60 %, même lorsque les intrants se renchérissent fortement. Reste à confirmer la même agilité sur les prochains cycles d'approvisionnement en soufre, désormais le principal point de vigilance opérationnel du groupe, avant que les projets de pyrite et de pyrrhotite ne viennent, à partir de 2027, alléger structurellement cette contrainte.

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