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30.05.2026 à 00 H 24 • Mis à jour le 02.06.2026 à 12 H 14
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Désarmement

Casablanca a accueilli une réunion confidentielle des cinq puissances atomiques

Le vice-ministre russe Sergueï Riabkov à la Conférence sur le désarmement à Genève, le 2 mars 2023. Le vice-ministre russe Sergueï Riabkov à la Conférence sur le désarmement à Genève, le 2 mars 2023. Crédit : AFP
Selon le vice-ministre russe des affaires étrangères, les experts du « club » des États dotés de l'arme nucléaire se sont réunis au Maroc « il y a quelques semaines », sous l'égide du Royaume-Uni. Une révélation qu'aucune des quatre autres capitales concernées n'a, à ce jour, confirmée

La diplomatie russe a choisi de rendre publique une rencontre dont personne n'avait soufflé mot. Les représentants des cinq puissances nucléaires reconnues (Russie, États-Unis, Chine, France et Royaume-Uni) se sont retrouvés « il y a quelques semaines  » à Casablanca, a affirmé Sergueï Riabkov, vice-ministre russe des Affaires étrangères, en marge du premier Forum international sur la sécurité, organisé sous l'égide du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie.


« La réunion a bien eu lieu. Elle s'est tenue sous coordination britannique, dans la ville de Casablanca, au Royaume du Maroc, il y a déjà quelques semaines  », a précisé le haut diplomate. D'après lui, les échanges se sont déroulés au niveau des experts, et non à celui des ministres ou des chefs de la diplomatie.


Ce cadre informel, que les Russes appellent le « Cinq nucléaire  » (iadernaïa piatiorka), rassemble les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, c'est-à-dire les États que le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) reconnaît comme détenteurs de l'arme atomique. Héritées d'un processus diplomatique amorcé voilà plus de dix ans, ces consultations ont vocation à harmoniser les positions des cinq capitales en matière de non-prolifération et de réduction des risques.


Un dialogue cantonné « au strict niveau de travail »

Riabkov s'est employé à tempérer la portée de l'événement. Le dialogue au sein du groupe « n'est pas totalement gelé  », a-t-il assuré, mais « il se limite au niveau de travail et ne couvre qu'un nombre restreint de sujets  ». Une telle approche, a-t-il averti, ne saurait produire des « mesures concrètes de désescalade tant qu'aucun changement préalable  » n'intervient dans une situation militaro-politique qu'il a décrite comme « agitée » et empreinte d'hostilité réciproque entre les participants.


Le vice-ministre a saisi l'occasion pour ressasser les griefs habituels de Moscou envers les Occidentaux. Il a évoqué un fossé « profond et extrêmement tendu  » entre les cinq puissances, qu'il impute aux « actions destructrices de l'Occident collectif  », et a prévenu que le risque d'un affrontement militaire direct entre détenteurs de l'arme nucléaire ne cessait de croître. Il a par ailleurs dénoncé ce qu'il décrit comme un renforcement du potentiel nucléaire cumulé de l'OTAN.


Une annonce à sens unique

À ce jour, ni Washington, ni Pékin, ni Paris, ni Londres n'ont confirmé la tenue de cette réunion, dont la teneur exacte reste inconnue. La révélation émane de la seule diplomatie russe, dans un contexte où Moscou cherche à afficher son attachement au TNP, la présidence tournante du format venant de passer de la Russie à la Chine.


La rencontre s'inscrirait dans la préparation de la conférence d'examen du TNP, programmée de fin avril à fin mai 2026 au siège des Nations unies à New York. Début mars, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avait redit la pertinence de l'initiative du président Vladimir Poutine en faveur d'un sommet réunissant les dirigeants du « Cinq nucléaire  ».


Pourquoi Casablanca ?

Aucune des cinq capitales n'a justifié le choix de la ville, et Riabkov s'est contenté de la nommer. Plusieurs facteurs convergents permettent néanmoins de l'expliquer.


Le premier est structurel. Le processus repose sur le consensus, et le choix du lieu incombe largement au coordinateur en exercice en l'occurrence le Royaume-Uni, qui assure la présidence tournante pour 2025-2026. Le format ayant toujours fait tourner ses sites, de Londres à Genève en passant par Vienne, organiser une session sur un terrain tiers n'a rien d'inhabituel.


Le deuxième relève de la neutralité. Réunir les cinq dans la capitale de l'un d'eux aurait offert à l'hôte un avantage symbolique, à un moment où les relations entre Moscou et les Occidentaux traversent l'une de leurs phases les plus tendues depuis la guerre froide. Or le Maroc entretient des relations de travail avec les cinq à la fois : liens historiques avec la France, partenariat ancien avec Washington, ouverture vers Moscou et Pékin. Il figure ainsi parmi les rares États capables d'accueillir tout le monde sans heurter personne.


S'ajoute une contrainte plus terre à terre : la mobilité de la délégation russe. En 2023, plusieurs de ses membres s'étaient vu refuser des visas pour une réunion en marge de la Première Commission, à New York. Le Maroc, lui, n'applique pas les sanctions occidentales et délivre sans difficulté des visas aux responsables russes, écartant d'emblée le risque qu'une partie se retrouve empêchée de siéger.


La discrétion, enfin, a sans doute pesé dans la balance. Casablanca n'est pas la capitale politique du royaume, mais sa métropole économique : une grande ville cosmopolite où des délégations peuvent transiter à l'abri des projecteurs. Pour une rencontre que nul ne souhaitait médiatiser, le décor était idéal.

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