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17.06.2026 à 15 H 14 • Mis à jour le 17.06.2026 à 17 H 45
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Pharmaceutique

Laprophan boucle le rachat du Suisse Rivopharm, sa première acquisition européenne

Farid Bennis, PDG de Laprophan. Farid Bennis, PDG de Laprophan. Crédit: Mustapha Razi / Le Desk
Le laboratoire casablancais de Farid Bennis prend le contrôle du groupe pharmaceutique tessinois réalisant 100 millions de dollars de chiffre d'affaires. Montée depuis sa plateforme luxembourgeoise Europhan, l'opération signe la première acquisition européenne aboutie du groupe, deux ans après l'échec de son projet de rachat d'une usine française. Les détails

Laprophan franchit enfin son pas européen. Le groupe pharmaceutique casablancais a annoncé par voie de communiqué, ce 17 juin, la finalisation de l'acquisition d'une participation de contrôle dans Rivopharm, société suisse spécialisée dans les médicaments de spécialité, le développement de dossiers réglementaires et les formulations complexes. Le groupe présente l'opération comme sa « première acquisition » sur le continent européen et le plus important mouvement de croissance externe de son histoire, une formule qui évacue cependant sa précédente tentative de rachat d'une usine française s'étant soldée par un échec.


Les modalités financières n'ont pas été dévoilées. Rivopharm réalise un chiffre d'affaires annuel d'environ 100 millions de dollars (M $), pour un portefeuille d'environ 125 molécules et près de 1 500 références commercialisées dans plus de trente pays. La cible exploite un site industriel à Lugano, dans le canton du Tessin, agréé par la FDA américaine, la TGA australienne, Swissmedic et les autorités européennes, un actif de production aux standards internationaux que Laprophan ne possédait pas hors du Maroc.


L'acquisition a été réalisée via Europhan, la plateforme européenne du groupe basée au Luxembourg, conçue pour structurer son expansion depuis un hub continental. Au-delà du site suisse, Laprophan met la main sur un ensemble de filiales européennes : Rivopharm SA en Suisse, Rivopharm UK au Royaume-Uni, Holsten Pharma en Allemagne et Sanoswiss en Lituanie. Le groupe, déjà présent à l'international via des bureaux en Inde, aux Émirats arabes unis et en Côte d'Ivoire, se dote ainsi pour la première fois d'une base industrielle et commerciale en Europe.


Un dossier mûri depuis l'automne

La finalisation referme un processus engagé de longue date, après un premier faux pas. En mai 2024, Laprophan avait annoncé, au sommet Choose France et devant Emmanuel Macron, le lancement d'Europhan adossé à la reprise du complexe industriel de Monts, en Indre-et-Loire, propriété du suédois Recipharm. L'opération a fait long feu : Le Desk révélait que Recipharm a rompu les négociations dès juin 2024, sur fond d'une clause suspensive liée à la chute des commandes d'un client clé du site, et l'usine convoitée a finalement été cédée au sous-traitant Astrea Pharma en décembre.


Loin de renoncer au Vieux Continent, Farid Bennis a réorganisé son offensive depuis le Luxembourg. Comme l'a révélé Le Desk, le groupe a créé dès octobre 2024 Europhan Europe, holding luxembourgeoise présidée par Farid Bennis, dont le conseil compte notamment son fils Reda Bennis, avant de se doter, en février 2025, d'une filiale française, Europhan France, domiciliée à Paris. C'est cette architecture qui a servi de support à l'opération Rivopharm.


L'étape Rivopharm proprement dite remonte à l'automne 2025. En octobre, Laprophan avait notifié au Conseil de la concurrence un projet de prise de contrôle conjoint portant sur trois entités, Pian Holding BV (Pays-Bas), Double-e Pharma Limited et Rivopharm Limited (Irlande), aux côtés de l'investisseur suisse Piero Luigi Umberto Poli, actionnaire historique. Le Desk révélait alors ces « premières emplettes en Europe » du groupe via Europhan, centrées sur Rivopharm et ses structures affiliées. À ce stade, l'opération était décrite comme l'acquisition de 60 % du capital, le contrôle restant partagé avec Poli, qui demeurait actionnaire.


Le communiqué de finalisation présente l'architecture différemment, mettant en avant une « participation majoritaire » dans Rivopharm et son périmètre suisse plutôt que les entités irlandaises et néerlandaise visées par la notification. Piero Poli, désormais identifié comme directeur général de Rivopharm, demeure aux commandes opérationnelles. Le périmètre juridique exact de la transaction finalisée (entités concernées, pourcentage de détention définitif, sort de la participation Poli) n'a pas été détaillé publiquement et reste à confirmer auprès de la décision du Conseil de la concurrence.


Le pivot d'un candidat éconduit

Le calendrier de l'opération éclaire une trajectoire récente. Le Desk révélait en mai que Laprophan, contrôlé par Farid Bennis, figurait parmi les prétendants écartés dès le premier tour de la cession de Servier Maroc, au profit d'un trio finaliste composé de JulPhar, Afric Phar et Dislog Group. Recalé sur ce dossier de consolidation domestique, le laboratoire casablancais aura finalement trouvé hors des frontières le relais de croissance qu'il recherchait et un actif d'une tout autre dimension industrielle.


Pour Laprophan, l'enjeu dépasse la seule géographie. Le rapprochement vise des synergies en matière de développement pharmaceutique, de fabrication, de gestion réglementaire et de commercialisation. Il doit surtout renforcer les capacités du groupe dans les activités de licences et les partenariats B2B avec des laboratoires internationaux, un segment que Rivopharm alimente via des accords avec de grands fabricants de génériques, et que Laprophan considère comme un futur moteur de revenus. « Les travaux d'intégration ont déjà commencé », indique le groupe, qui dit vouloir « accélérer la mise en œuvre des priorités stratégiques communes. »


« Un moment décisif »

Dans le communiqué, Farid Bennis, président de Laprophan, qualifie l'opération de « moment décisif » dans l'histoire du laboratoire et y voit « une nouvelle étape dans l’ambition de construire un groupe pharmaceutique international ancré au Maroc ». Côté cible, Piero Poli met en avant la complémentarité des capacités et l'accélération du développement international que permet l'adossement au groupe marocain.


L'opération a mobilisé BNP Paribas comme conseil financier exclusif de Laprophan et Hicham Naciri A&O Shearman au juridique, face à Rothschild &  Co et White &  Case côté Rivopharm. Les due diligences ont été confiées à Pharmacloud, Jenson et Orbsen sur les volets commercial, réglementaire et opérationnel, et à PwC sur les aspects financiers, fiscaux et sociaux.


Fondé il y a plus de 75 ans, Laprophan revendique un portefeuille de plus de 500 produits sur 14 aires thérapeutiques et un chiffre d'affaires supérieur à 250 M $. Le groupe rassemble, outre la maison mère, les entités Amanys Pharma, Botanic et Europhan. Avec Rivopharm, il fait le pari d'une mue : passer du statut de champion national à celui de plateforme pharmaceutique internationale, adossée à une base européenne et à une diversification assumée vers le B2B.

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