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SÉRIE EP. 22
09.07.2026 à 14 H 15 • Mis à jour le 09.07.2026 à 15 H 13
Par
Filière gigafactory

Falcon Energy inaugure son usine pilote de graphite d’anode à Jorf Lasfar

Lors de l'inauguration de l'usine pilote de graphite d'anode de Falcon Energy à Jorf Lasfar. Crédit : Falcon Energy Lors de l’inauguration de l’usine pilote de graphite d’anode de Falcon Energy à Jorf Lasfar. Crédit : Falcon Energy
La société canadienne cotée à Toronto franchit le passage de la planification à l'exécution dans son projet industriel de transformation de graphite au Maroc. Restera l’étape de validation de l’offtake, qui ouvrira la voie à l’édification de son usine commerciale. Les détails

Falcon Energy Materials a annoncé, le mercredi 8 juillet, l'ouverture de son usine pilote à Jorf Lasfar, la première installation de production de graphite naturel sphéroïdisé, purifié et enrobé (CSPG) du Maroc. Pour la société cotée à la Bourse de croissance de Toronto et domiciliée à Abou Dabi, l'événement marque le basculement « de la planification et des achats vers l'exécution opérationnelle  », selon les termes de son président-directeur général Matthieu Bos.


Cette ouverture concrétise une opération engagée fin 2025 : la ligne de procédé, entièrement assemblée et pré-mise en service en Chine, a été démontée, expédiée puis réinstallée au Maroc. Initialement attendue au 4e trimestre 2025, la mise en service a été retardée par des difficultés d'acheminement maritime des équipements depuis la Chine, d'où provient la majeure partie du matériel. Ce commissioning est désormais en cours. Le communiqué prend soin de préciser que les premiers échantillons de CSPG à l'échelle de qualification ne seront produits sur site qu'au cours de cet été 2026, une formulation qui tempère l'idée d'une usine déjà pleinement productive.


Un maillon intermédiaire avant l'usine commerciale

L'usine pilote n'a pas vocation à générer du chiffre d'affaires. Sa fonction est triple : produire des échantillons destinés à la qualification chez de potentiels clients – équipementiers automobiles et fabricants de batteries –, générer les données opérationnelles et les critères de conception nécessaires à l'ingénierie de l'usine commerciale, et former les opérateurs appelés à travailler sur cette dernière. Falcon Energy Materials table sur la transférabilité de ces procédures pour accélérer, le moment venu, la montée en cadence de l'installation à grande échelle.


Projet de l'usine intégrale de Falcon Energy Materials à Park X de Jorf Lasfar. Création: Mohamed Mhannaoui / Le DeskProjet de l'usine intégrale de Falcon Energy Materials à Park X de Jorf Lasfar. Création : Mohamed Mhannaoui / Le Desk


Cette installation commerciale, dénommée Anode Plant, est dimensionnée pour une capacité de annuelle de 25 000 tonnes de CSPG. L'évaluation technico-économique publiée en novembre 2025, réalisée par Dorfner Anzaplan aux normes AACE de classe 3, et dont Le Desk avait rendu compte, avait chiffré le projet à 26 000 tonnes annuelles pour un investissement initial de 86 millions de dollars (M $), avec un excédent brut d'exploitation projeté de 152 M $ et une marge de 62 %, pour une première production alors visée au second semestre 2027. Depuis, l'entrée en service de l'usine commerciale est évoquée entre la fin 2027 et le début 2028, un glissement qui prolonge la série de décalages affectant le dossier.


La feuille de route de Falcon Energy au Maroc.La feuille de route de Falcon Energy Materials au Maroc. Création : Ezzoubair Elharchaoui / Le Desk


L’usine test de Falcon se situe à Jorf Lasfar, à quelque 130 kilomètres au sud de Casablanca, au sein de ParkX, le parc industriel développé par InnovX, filiale de l'Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), elle-même rattachée à l'écosystème du groupe OCP.


C'est ce pivot vers Jorf Lasfar, après un projet initialement envisagé à Tanger Tech, qui a donné sa cohérence au montage. Le choix du site s'explique avant tout par la disponibilité, à proximité, de l'acide fluorhydrique indispensable à la purification chimique du graphite. Cet intrant doit provenir de l'usine de FluorAlpha, autre filiale d'InnovX et futur premier producteur marocain d'acide fluorhydrique anhydre, dont l'entrée en activité est présentée comme imminente. Or, FluorAlpha entend récupérer ce fluor dans la chaîne de production de l'acide phosphorique, le cœur historique du métier d’OCP à Jorf Lasfar. C'est là que se noue la véritable synergie du projet : le graphite d'anode viendrait valoriser un sous-produit fluoré de la filière phosphatière marocaine, transformant une contrainte d'approvisionnement en avantage d'intégration locale.


Sur le volet technologique, l'usine reprend le procédé du chinois Hensen Graphite &  Carbon Corporation, calqué sur son installation de Weihai. Et sur le plan commercial, un term sheet avait été signé en avril 2025 avec Shanshan, premier producteur mondial de graphite synthétique pour anodes, qui apporte à Falcon un appui technique et commercial afin de franchir les seuils de qualification exigés par les clients.


La question du graphite, en filigrane

L'un des aspects significatifs concerne l'approvisionnement en matière première. La société indique préparer ses échantillons à partir d'un graphite naturel « de qualité premium  » d'origine africaine et se dit confiante dans la disponibilité mondiale de ce concentré, tout en testant plusieurs sources alternatives de haute qualité. Cette insistance renvoie à un fait acquis : la révocation de son projet minier en Guinée, à Lola, initialement pensé comme la colonne vertébrale de son intégration mine-marché. Falcon Energy Materials relativise la portée de cette perte en faisant valoir que la valeur économique du projet réside pour l'essentiel dans la transformation et la valorisation du minerai, plutôt que dans son extraction. Un argument recevable sur le plan de la marge, mais qui n'efface pas l'enjeu : sécuriser un substitut fiable, à l'échelle et aux spécifications requises, demeure l'un des chantiers ouverts du dossier.


Un actionnariat recomposé et un financement à boucler

L'ouverture de l'usine pilote intervient après une année de recomposition capitalistique. Le placement privé non intermédié de 25 millions de dollars canadiens (M $ CAD), bouclé en février 2026 (41,6 millions d'unités à 0,60 dollar canadien, assorties de bons de souscription à 0,75 dollar sur 36 mois), a constitué une première étape de financement. Il a aussi rebattu les cartes de l'actionnariat : La Mancha Investments, premier actionnaire, a ramené sa participation de 25,4 % à 18,1 %, et Sama Resources, dont Falcon est l'héritière directe, après les identités successives de SRG Graphite puis SRG Mining, a cédé l'intégralité de sa position résiduelle. En parallèle, la société a accueilli de nouveaux investisseurs présentés comme disposant de relais économiques au Moyen-Orient et en Europe.


Reste que ces 25 M $ CAD ne couvrent qu'une fraction des 86 M $ requis par l'usine commerciale. Le bouclage du financement, la qualification effective des échantillons auprès des clients, la sécurisation des contrats d'enlèvement et, surtout, la finalisation de l'attribution foncière à ParkX (qui n'était pas actée au moment des dernières informations recueillies par Le Desk) conditionnent le respect de l'échéance de fin 2027-début 2028. Tout glissement du foncier décalera mécaniquement l'étude d'impact environnemental, l'ingénierie détaillée puis les travaux.


Un pari sur la diversification hors de Chine

Au-delà de ses aléas propres, le projet de Falcon Energy Materials s'inscrit dans une dynamique plus large : la volonté de l'Europe et de l'Amérique du Nord de constituer une chaîne d'approvisionnement en matériaux d'anode affranchie de la Chine, qui domine aujourd'hui la transformation du graphite.


Le Maroc, avec ses accords de libre-échange avec l'Union européenne et les États-Unis, ses zones franches à fiscalité allégée et sa proximité des marchés européens offre à cet égard un positionnement recherché. En affirmant vouloir bâtir « une chaîne d'approvisionnement compétitive en anodes de batteries en dehors de Chine  », Matthieu Bos revendique explicitement cette thèse.