RAM au Nigéria : derrière la polémique, un différend personnel vieux de deux ans
Un Boeing 787-9 de Royal Air Maroc. Crédit : Boeing
La sortie a fait grand bruit. Dans une publication sur X, Michael Achimugu, directeur des Affaires publiques et de la protection des consommateurs de l'Autorité nigériane de l'aviation civile (NCAA), a annoncé son intention de recommander la suspension des activités de Royal Air Maroc (RAM) au Nigéria, accusant la compagnie nationale de multiplier les défaillances dans la gestion des bagages et le traitement des plaintes de passagers.
De quoi susciter l’inquiétude ? Pas vraiment : à ce stade, aucune communication officielle de la NCAA ne fait état d'une procédure engagée contre la RAM et les déclarations n'émanent que du compte personnel du responsable nigérian sur le réseau social.
Une polémique, pas une procédure
Du côté de RAM, on se veut rassurant. Des sources internes à la compagnie estiment que « ces publications ne traduisent pas la position officielle de la NCAA, et n'appellent donc pas de réponse », tout en affirmant que la compagnie « reste pleinement confiante quant à la poursuite de ses opérations dans le pays ».
Si la polémique est récente, les tensions remontent à plus loin. Un premier épisode remonte à septembre 2024, lorsqu’un vol Casablanca-Abuja de RAM est dérouté vers Marrakech à la suite d'un incident technique. Plusieurs passagers nigérians avaient alors dénoncé la qualité de leur prise en charge, poussant le ministre de l'Aviation, Festus Keyamo, à interpeller publiquement la NCAA.
Trois mois plus tard, en décembre 2024, le régulateur nigérian a sanctionné plusieurs compagnies aériennes, dont RAM, pour des manquements aux règles de protection des consommateurs. La compagnie nationale s’est acquittée de l'amende qui lui a été infligée, mais Michael Achimugu a continué, mois après mois, de dénoncer publiquement la gestion des réclamations des clients de RAM. Jusqu'à cette dernière sortie, la plus violente à ce jour, où il évoque ouvertement une recommandation de suspension.
Un marché stratégique pour RAM
Au sein de la compagnie, le discours est tout autre. Nos sources affirment que les incidents pointés du doigt relèveraient de « désagréments auxquels sont confrontées toutes les compagnies aériennes » et resteraient, dans le cas de RAM, « en dessous de la moyenne du secteur ».
Elles mettent aussi en avant l'importance stratégique du marché nigérian, où l’activité de RAM a progressé de 40 à 50 % ces dernières années. La compagnie y opère aujourd'hui 21 fréquences hebdomadaires entre Casablanca, Lagos et Abuja, dont deux vols quotidiens vers Lagos, en partie assurés par des Boeing 787. Et près de 90 % des passagers transportés sur ces lignes sont nigérians, utilisant Casablanca comme hub de correspondance vers l'Europe ou les Amériques.
Dans ce contexte, et celui de relations bilatérales au beau fixe entre Rabat et Abuja, nos interlocuteurs disent « ne pas croire pas au scénario d'une suspension des activités de RAM au Nigéria ».
Une querelle avant tout personnelle ?
Reste à comprendre l'origine réelle de cette sortie. D’après plusieurs indiscrétions, elle serait le résultat d’un différend personnel entre Micheal Achimugu et Ahmed Boussouf, directeur de RAM Nigéria. Ce dernier s’était absenté d’une réunion organisée il y a deux ans par la NCAA à Abuja, mais la compagnie marocaine y avait toutefois dépêché un représentant officiel.
D’autre part, les services de protection des consommateurs de la NCAA ont pour habitude de recourir à la technique du « name and shame », consistant à nommer publiquement les compagnies jugées défaillantes, afin de les pousser à améliorer leurs pratiques.
L'affaire a néanmoins pris une tournure plus sensible lorsque Michael Achimugu a cité Ethiopian Airlines, EgyptAir et Air Algérie comme alternatives possibles à RAM sur le marché nigérian. Des médias y ont vu un signe de rapprochement avec Alger, mais cette lecture résiste peu aux faits : Air Algérie n'opère aujourd'hui que deux rotations hebdomadaires vers le Nigéria, via Douala, au Cameroun. On est loin, très loin, du maillage autrement plus dense déployé par la compagnie nationale.
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