Le Maroc redevient premier client du blé européen
Alors que les cours du blé européen ont rebondi en ce début de semaine après avoir atteint leur plus bas niveau contractuel, les regards des opérateurs se tournent vers le Maroc, redevenu depuis la semaine dernière la principale destination des exportations de blé tendre de l’Union européenne, selon les données de la Commission européenne.
Au cours des deux dernières semaines, Rabat a importé au total 250 000 tonnes de blé tendre européen : 133 000 tonnes durant la semaine close le 4 mai, et 117 000 tonnes la semaine précédente. Ces volumes placent provisoirement le Maroc devant le Nigeria au rang des clients du vieux continent pour la campagne 2024/2025, malgré un rythme global d’exportation en baisse de 34 % par rapport à la saison précédente.
Cette intensité reflète la forte dépendance structurelle du Royaume aux importations pour sécuriser son approvisionnement en céréales, dans un contexte marqué par une production locale déficitaire après plusieurs années de sécheresse. À l’inverse, l’abondance des disponibilités mondiales — alimentée par de meilleures perspectives aux États-Unis et des pluies attendues en Russie — contribue à maintenir une pression baissière sur les prix à l’international.
Si les traders européens ont brièvement redouté une montée en puissance des livraisons américaines sur le marché marocain, les quantités concernées se sont révélées inférieures aux anticipations. D’après plusieurs sources commerciales, Rabat aurait acquis entre 60 000 et 90 000 tonnes de blé américain à livrer entre mai et juin depuis le Golfe des États-Unis. « C’est moins que ce que l’on craignait », a commenté un négociant allemand selon des sources spécialisées, notant que les prix bas du blé américain avaient fait planer la menace d’une offensive plus massive sur les marchés africains, Maroc en tête.
En effet, les offres américaines de blé rouge tendre d’hiver pour une expédition au départ du Golfe américain restent les plus compétitives actuellement à l’échelle mondiale, oscillant entre 221 et 225 dollars la tonne FOB. Ces prix sont environ dix dollars inférieurs aux niveaux observés pour le blé français à 11 % de protéines, dont le prix de référence à Euronext (contrat de septembre) s’affichait ce lundi à 204,75 euros la tonne, en hausse de 1,2 %.
Les perspectives d’exportation européennes, et donc l’appétit du Maroc pour le blé du continent, restent néanmoins conditionnées à deux variables majeures : l’évolution de l’euro et la concurrence en provenance de la mer Noire. Si le raffermissement de la monnaie unique — proche de ses plus hauts en quatre ans — pénalise la compétitivité des origines françaises et allemandes, les prix du blé russe et roumain (238 à 242 dollars la tonne pour une teneur en protéines de 11,5 %) restent légèrement au-dessus des offres françaises et ukrainiennes.
À l’heure où Rabat continue d’ajuster sa stratégie d’approvisionnement face à des équilibres mondiaux mouvants, l’arbitrage entre prix, qualité et délais de livraison reste plus que jamais au cœur des choix opérés par l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL) et les importateurs privés.
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