Match nul au forceps pour les Lionnes en ouverture de la CAN
CAN féminine Maroc-2024 : Le Maroc et la Zambie font match nul (2-2). Crédit: MAP
Au stade Olympique de Rabat, sous une pluie de feux d’artifice, les Lionnes de l’Atlas ont lancé, samedi soir, leur Coupe d’Afrique des Nations féminine 2024 par un nul engagé face à la Zambie (2-2). Le Maroc, pays hôte de cette édition très attendue, entamait sa campagne avec ambition, galvanisé par un parcours mondial remarqué en Australie et en Nouvelle-Zélande et fort d’un soutien institutionnel sans précédent. La soirée avait commencé de manière spectaculaire : une cérémonie d’ouverture haute en couleurs, rythmée par la voix de la chanteuse marocaine Jaylann, avait donné le ton d’un tournoi que la CAF annonce comme le plus marquant de l’histoire du football féminin sur le continent.
Un esprit combatif
Mais dès la première minute, la réalité du terrain a rattrapé l’effervescence. Barbra Banda, attaquante star des Copper Queens, a surpris la défense marocaine pour ouvrir le score, refroidissant le public marocain dans un silence bref mais lourd. Les Lionnes de l’Atlas n’ont toutefois pas tardé à réagir. Dès la 12e minute, Ibtissam Jraidi a transformé un penalty obtenu après recours au VAR, remettant les pendules à l’heure. S’en est suivie une première période heurtée, marquée par une volonté zambienne d’imposer un jeu vertical, direct, qui a fini par payer lorsque Racheal Kundananji a redonné l’avantage aux siennes à la 27e minute. Avant la pause, Khadija Er-Rmichi a évité un troisième but en s’interposant brillamment face à Banda.
Au retour des vestiaires, le Maroc a montré un tout autre visage. Plus audacieuses, plus déterminées, les coéquipières de Ghizlane Chebbak ont accentué la pression. L’entrée de Sanaa Mssoudy a dynamisé le flanc gauche, créant davantage d’occasions et de déséquilibres. À la 87e minute, c’est Chebbak elle-même, capitaine et figure tutélaire de cette équipe, qui a inscrit le but de l’égalisation d’un tir croisé puissant, récompensant les efforts d’un collectif en quête de maîtrise et de constance. Un match nul logique, arraché avec caractère, qui permet aux Marocaines d’aborder la suite avec ambition intacte.
Jorge Vilda, le sélectionneur espagnol des Lionnes, s’est montré satisfait du résultat. En conférence de presse d’après-match, il a salué l’esprit combatif de ses joueuses, soulignant la difficulté inhérente aux matches d’ouverture, d’autant plus face à une équipe aussi solide que la Zambie. Il a insisté sur le bon rythme affiché en seconde période et sur la montée en puissance attendue de son équipe dans les prochains jours. Ghizlane Chebbak, elle, a évoqué la progression constante du football féminin au Maroc, fruit d’un travail structurant, et la volonté du groupe de donner une image forte de cette évolution. « Nous savons d’où nous venons, et ce que nous voulons écrire », a-t-elle lancé, en référence à la finale disputée en 2022 et à la qualification historique pour le Mondial.
Cette CAN féminine 2024, organisée pour la deuxième fois consécutive au Maroc, incarne une forme de consécration pour le pays, devenu en peu de temps un acteur central du développement du football africain. Patrice Motsepe, président de la CAF, n’a pas tari d’éloges : « Cette édition sera la plus réussie et la plus mémorable. Le Maroc a démontré son engagement, son expertise, et surtout, sa capacité à faire du football un vecteur d’unité continentale ». Il a salué l’hospitalité du Royaume, tout en soulignant la progression spectaculaire du niveau technique des équipes africaines.
Une édition relevée
Les enjeux de cette édition ne sont pas uniquement sportifs. La CAF a procédé à une revalorisation majeure des primes : un million de dollars pour le vainqueur, contre 500 000 pour le finaliste et 350 000 pour l’équipe classée troisième, portant l’enveloppe globale à plus de 3,4 millions de dollars, soit une hausse de 45 %. C’est un tournant structurel qui s’accompagne également d’un suivi technique renforcé. Pour la première fois, un Groupe d’Étude Technique (TSG), composé d’anciennes sélectionneuses, analystes et instructrices chevronnées, a été mis en place pour observer et documenter l’ensemble des rencontres. Sous la direction de Raul Chipenda, ce groupe rédigera un rapport détaillé à l’issue de la compétition, tout en attribuant les distinctions individuelles et en participant aux futurs dispositifs de formation des entraîneurs du continent.
Sur le plan strictement sportif, la compétition s’annonce relevée. Si le Nigeria, neuf fois champion d’Afrique, fait figure de grand favori, l’Afrique du Sud, tenante du titre, et la Zambie, en constante progression, peuvent aussi viser le sommet. Le Maroc, classé troisième au niveau africain, aborde la CAN avec l’avantage du terrain, le soutien d’un public fidèle, et une expérience précieuse acquise lors des dernières compétitions majeures. Les Lionnes affronteront la RD Congo mercredi prochain, avant de croiser le fer avec le Sénégal le 12 juillet. Dans une formule qui qualifie les deux premiers de chaque groupe et les deux meilleurs troisièmes, chaque match pèsera lourd.
Ce nul face à la Zambie, au-delà du score, aura servi de révélateur. Les Lionnes de l’Atlas savent désormais que la route sera ardue, que l’attente est immense, mais qu’elles ont les moyens d’y répondre. Dans une CAN où se jouent bien plus que des matchs, elles avancent portées par une ambition partagée : faire de cette édition, chez elles, un moment d’histoire.
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