Science Le génome de l’arganier enfin séquencé : une percée scientifique pour un arbre emblématique du Maroc
L’arganier (Sideroxylon spinosum, anciennement Argania spinosa), arbre endémique du Maroc dont les graines produisent l’huile d’argan, dispose désormais d’un génome complet et assemblé au niveau des chromosomes. L’étude, publiée le 15 août dans la revue Scientific Data du groupe Nature, est signée par une équipe internationale regroupant des chercheurs marocains, suisses et canadiens, dont Abdellatif Essahibi (Université Cadi Ayyad de Marrakech) et Mohamed Hijri (African Genome Center, Université Mohammed VI Polytechnique - UM6P).
Jusqu’ici, les chercheurs ne disposaient que de versions fragmentées du génome, insuffisantes pour comprendre en profondeur les mécanismes biologiques liés à la productivité et à la résilience de l’arganier. L’équipe a eu recours à des technologies de pointe combinant le séquençage longue lecture PacBio HiFi et l’approche Hi-C d’Illumina, permettant de reconstruire deux génomes haplotypiques parentaux de haute qualité, constitués chacun de 11 chromosomes. Les résultats affichent un degré de complétude supérieur à 97,8 %, plaçant ce séquençage parmi les références mondiales pour les plantes à huile.
Des données génétiques riches et inédites
Chaque version parentale du génome a révélé environ 28 700 gènes codants pour des protéines, un chiffre comparable à d’autres espèces de la famille des Sapotacées, qui comprend également le karité et le « fruit miracle ». Plus de 60 % du génome est constitué de séquences répétitives, dont la répartition met en évidence d’importantes expansions sur les deux plus grands chromosomes.
Les chercheurs ont également identifié une inversion génétique sur le chromosome 2 entre les deux haplotypes, signe de la complexité structurale du génome de l’arganier. Une analyse comparative avec les génomes du karité (Vitellaria paradoxa) et du Synsepalum dulcificum a confirmé la conservation globale de la structure chromosomique au sein des Sapotacées, tout en mettant en lumière des fusions chromosomiques propres à l’arganier.
L’étude ne s’est pas limitée au noyau cellulaire : l’équipe a aussi séquencé et annoté le génome complet du chloroplaste, indispensable pour les recherches sur la photosynthèse et l’adaptation aux conditions de stress climatique.
Enjeux pour la biodiversité et l’économie
Cette percée scientifique revêt une importance particulière pour le Maroc. L’arganeraie, classée réserve de biosphère par l’UNESCO depuis 1998, couvre une vaste région du sud-ouest du Royaume, mais reste fragilisée par le surpâturage, la pression foncière et l’impact du changement climatique.
L’huile d’argan, recherchée à l’échelle internationale pour ses usages culinaires et cosmétiques, constitue une ressource vitale pour de nombreuses familles rurales, en particulier pour les coopératives féminines. Or, l’absence d’un véritable programme de sélection variétale a limité jusqu’ici la capacité à améliorer la productivité et la résistance de l’arbre.
En mettant à disposition une cartographie génétique de référence, l’étude offre désormais des outils pour explorer les gènes liés à la qualité de l’huile, à la tolérance à la sécheresse et à l’adaptation aux sols pauvres. Elle ouvre ainsi la voie à des programmes de sélection assistée par marqueurs, susceptibles d’allier valorisation économique et préservation écologique.
Les auteurs de l’étude ont mis en accès libre l’ensemble des données génomiques et bio-informatiques sur des plateformes internationales, permettant à la communauté scientifique mondiale d’approfondir les recherches.
Pour Didier Reinhardt, coordinateur du projet à l’Université de Fribourg (Suisse), « disposer d’un génome complet et validé, c’est offrir à la science et à la société marocaine un outil décisif pour comprendre et protéger l’arganier, tout en améliorant la valorisation de son huile ».
Ce travail représente une avancée majeure pour la biologie végétale au Maroc. Il devrait nourrir de futurs projets en génétique des populations, en amélioration variétale, mais aussi en agroécologie et en adaptation au changement climatique.
Au-delà de son intérêt scientifique, il confirme le statut de l’arganier comme symbole d’une biodiversité précieuse et d’un patrimoine vivant dont la sauvegarde est indissociable de l’avenir économique et social des régions arganières.
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