Le PJD dévoile son mémorandum pour des élections « libres et honnêtes » en 2026
Abdelilah Benkirane, Driss Azami Idrissi et Abdellah Bouanou lors de la conférence de presse tenue à Rabat, le 29 août 2025, consacrée à la présentation du mémorandum du Parti de la justice et du développement (PJD). Crédit : PJD
Présenté le 29 août à Rabat par Abdelilah Benkirane, Driss Azami Idrissi et Abdellah Bouanou, lors d’une conférence de presse, le mémorandum du Parti de la justice et du développement (PJD) détaille une série de propositions adressées au ministère de l’Intérieur en vue de la tenue des élections législatives de 2026. Après sa déroute historique de 2021, la formation islamiste, la première à faire valoir ses exigences, réclame une réforme en profondeur du cadre électoral et des garanties accrues de transparence.
Un diagnostic sévère des scrutins passés
Pour Driss Azami Idrissi, premier vice-secrétaire général du parti, le Maroc a connu depuis 2016 « une régression sur le plan de l’édification démocratique, accentuée par les dysfonctionnements et dépassements du scrutin du 8 septembre 2021 ». Le PJD continue de dénoncer le mode de calcul du quotient électoral adopté en 2021, basé sur les inscrits et non sur les suffrages exprimés, qui selon lui « balkanise le Parlement et lisse les résultats en faveur des petites formations ».
Le parti rappelle que ce changement a contribué à son effondrement électoral : de 125 sièges en 2016, il n’en avait conservé que 13 en 2021. Azami Idrissi a également stigmatisé « l’usage intensif de l’argent », la « neutralité passive de l’appareil administratif » et l’émergence de « créatures électorales opportunistes et corrompues », dont plusieurs ont depuis été condamnées en justice. Le PJD accuse aussi l’administration d’avoir exploité la base de données de l’aide sociale liée à la pandémie du Covid-19 et d’avoir restreint le travail des observateurs électoraux.
Un plaidoyer pour un scrutin crédible
Dans son mémorandum, le PJD réclame le retour à un quotient électoral basé sur les suffrages exprimés et la réintroduction d’un seuil de 3 %. Il propose également de rétablir la liste nationale des jeunes et de renforcer la représentativité des femmes par une répartition régionale obligatoire. La diaspora marocaine est aussi au cœur des propositions : le parti souhaite que les MRE puissent voter directement depuis leurs pays de résidence, sous supervision pluraliste.
Sur le découpage électoral, le PJD insiste sur la nécessité d’un nouveau découpage équilibré qui reflète le poids démographique réel des circonscriptions. Certaines zones rurales peu peuplées disposeraient encore de plus d’élus que de grandes agglomérations.
Des garanties judiciaires et administratives renforcées
Le PJD propose d’élargir les compétences du juge des référés afin de permettre l’annulation rapide de décisions administratives liées à l’organisation des élections, qu’il s’agisse de la répartition des bureaux de vote, de la nomination des présidents de bureaux ou encore de l’attribution des espaces de campagne. Le parti demande aussi que les magistrats en charge du contentieux électoral soient dotés de moyens techniques et logistiques pour traiter rapidement les recours, avec un accès direct aux pièces administratives.
Il recommande en outre la désignation, dans chaque circonscription, d’un représentant du parquet chargé de recueillir les plaintes, notamment contre l’achat de voix, et de mettre en place une ligne directe pour signaler ces pratiques. Le mémorandum suggère aussi de confier aux huissiers de justice la mission de constater les infractions dans les bureaux de vote à la demande des mandataires.
Transparence du financement et équité médiatique
Un autre volet majeur concerne le financement des campagnes électorales. Le PJD appelle à un contrôle strict des fonds utilisés, à la criminalisation de l’usage d’« argent sale » et à une vigilance particulière pour éviter que des programmes sociaux à impact financier ne soient détournés à des fins électorales. Le parti demande également que les campagnes numériques financées soient intégrées dans les dépenses électorales plafonnées par la loi.
Enfin, il réclame la suspension de la couverture médiatique des membres du gouvernement candidats aux élections sur les chaînes publiques dès l’annonce officielle de leur candidature, afin de garantir un accès équitable aux médias.
Le pari d’une reconstruction politique
En défendant ces différents points, le PJD se présente comme une force de proposition cherchant à « restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions » et à prévenir l’abstention, notamment des jeunes. La direction du parti a confirmé son intention de présenter des candidats dans l’ensemble des circonscriptions en 2026.
Mais derrière ce plaidoyer pour la transparence se cache un défi existentiel : celui d’un parti en quête de légitimité après avoir perdu l’essentiel de son électorat en 2021. Abdelilah Benkirane, revenu à la tête de la formation, tente d’orchestrer cette relance, mais la crédibilité du PJD reste en question. Le mémorandum apparaît dès lors autant comme un projet de réforme électorale que comme une stratégie de survie politique.
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