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05.10.2025 à 23 H 26 • Mis à jour le 07.10.2025 à 12 H 13
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Gouvernance

Gestion archaïque, réformes bloquées et chantiers en retard : la santé en panne diagnostiquée par Tehraoui

Amine Tehraoui, ministre de la Santé et de la Protection sociale, lors de la réunion de la Commission des secteurs sociaux au Parlement, le 1er octobre 2025. Amine Tehraoui, ministre de la Santé et de la Protection sociale, lors de la réunion de la Commission des secteurs sociaux au Parlement, le 1er octobre 2025. Crédit : MAP
Devant les élus, le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, a dressé un état des lieux sévère de son département : chaîne du médicament sans traçabilité, agences au fonctionnement poussif, systèmes d’information éclatés et réformes institutionnelles paralysées. Pour le ministre, l’administration reste elle-même le principal obstacle à la modernisation du service public de santé

Devant les parlementaires, Amine Tehraoui, ministre de la Santé et de la Protection sociale, a livré un diagnostic sévère de son propre département : des agences paralysées, des systèmes informatiques obsolètes, des réformes au point mort et une gestion du médicament en crise. Le ministre plaide avant tout pour une refondation administrative, afin de restaurer la crédibilité du service public de santé.


Selon le ministre, les difficultés du système de santé ne tiennent pas uniquement au manque de moyens, mais à la faiblesse de la gouvernance. Exemple significatif : la Pharmacie centrale, pivot de la distribution des médicaments aux hôpitaux et aux centres de santé, opère encore avec de manière désordonnée. Malgré un budget de 3,6 milliards de dirhams (MMDH), près de 22 % des médicaments connaissent des ruptures et 6,5 % atteignent la date de péremption chaque année.


Tehraoui a décrit un circuit où les produits quittent la Pharmacie centrale sans que leur traçabilité ne soit assurée : aucun système ne permet de vérifier leur arrivée ou leur utilisation sur le terrain. Des stocks périmés s’accumulent parfois dans les hôpitaux, pendant que les registres les indiquent comme disponibles. Pour remédier à cette situation, un nouveau décret est en cours d’élaboration afin de moderniser la chaîne d’approvisionnement, d’améliorer la transparence et de garantir un suivi digital complet des médicaments.


Cette défaillance, estime le ministre, traduit un problème plus large : celui d’une administration lente, fragmentée et peu responsable, où la prise de décision reste entravée par la bureaucratie.


Réformes techniques bloquées et agences en quête de fonctionnement

Amine Tehraoui a reconnu que plusieurs réformes structurantes prévues par la loi sont suspendues faute d’outils techniques. La plus emblématique est celle du salaire variable, destinée à lier la rémunération des praticiens à la performance et aux actes réalisés. Le texte ne peut être appliqué sans un système d’information fiable, une nomenclature médicale à jour et une tarification nationale de référence révisée. Ces trois leviers relèvent de la Haute Autorité de santé (HAS), dont le président a été nommé par le Roi en octobre 2024, mais dont le conseil n’est toujours pas constitué.


Même constat du côté de l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS). Héritière d’une direction minée par les lenteurs administratives, elle doit se doter d’un système numérique capable d’assurer la transparence du marché et la traçabilité des produits.


L’Agence marocaine du sang et des produits dérivés (AMSD) commence, elle, à peine à fonctionner. Jusqu’à récemment, aucun mécanisme ne permettait de connaître l’état des stocks au niveau national. Depuis sa création, un rapport hebdomadaire centralise les données régionales et organise la solidarité entre établissements, première étape vers une gouvernance unifiée du sang.


Mais c’est sur le terrain du numérique que les blocages apparaissent le plus clairement. Les structures hospitalières fonctionnaient jusqu’à récemment avec quatre systèmes d’information (SIH) distincts et incompatibles. Deux ont été supprimés et un programme de refonte globale est en cours pour parvenir, d’ici 2026, à une plateforme unique intégrant la gestion hospitalière, les ressources humaines et la logistique. Ce que ne dit pas cependant le ministre, c’est qu’au-delà des contraintes techniques, ces marchés pharaoniques de plusieurs dizaines de millions de dirhams avaient été entachés de soupçons d’entente entre fournisseurs, comme cela a été documenté par Le Desk il y a cinq ans, sans qu’aucune enquête n’ait été ouverte.


Le virage numérique encore fragile

Le projet du dossier patient partagé illustre à lui seul les errements de l’administration. Initialement promis au trio Stella-Sivsa-Aba Technology pour un coût de 180 millions de dirhams (MDH), il reposait sur quatre bases de données non interopérables. Jugé inopérant, le contrat a été annulé. Le ministère a repris le chantier en partenariat avec la CNSS, dont la feuille de soins électronique a servi de modèle.


Le projet reconfiguré, hébergé au data center souverain du Maroc, ne coûte plus que 15 MDH, assure Tehraoui. Il a été déployé à titre pilote dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, où les hôpitaux ont été interconnectés en trois mois et le personnel formé à l’utilisation du système, affirme le ministre. Selon lui, cette expérience prouverait que la réforme numérique peut réussir « quand elle repose sur les compétences internes et une approche souveraine ».


La même région du Nord sert également de laboratoire pour la réforme des Groupements territoriaux de santé (GST). Le projet pilote regroupe un CHU, 25 hôpitaux et 290 centres de santé, mobilisant près de 9 900 professionnels. L’objectif est de créer un réseau intégré, coordonné par un programme médical régional unique et un système d’information partagé. « Mieux vaut consolider un modèle pilote que de généraliser un système défaillant », a souligné le ministre, précisant que cette approche progressive permettra d’éviter un effondrement du service public en cas de déploiement précipité.


Pour Tehraoui, la modernisation du système de santé passera avant tout par une refondation administrative : unifier les données, restaurer la responsabilité hiérarchique et rompre avec la logique d’empilement institutionnel. Mais la situation décrite est révélatrice d’un mal plus profond : l’incapacité de l’appareil à se transformer au rythme des besoins du pays.

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