Disparition Décès de Mohamed Hamidi, l’un des bâtisseurs de l’art moderne marocain
Le Maroc vient de perdre l’un de ses premiers peintres de l’ère postcoloniale. Mohamed Hamidi, ce peintre du signe, de la lumière et du corps qui a marqué plusieurs générations d’artistes, est décédé à l’âge de 84 ans.
Né le 7 août 1941 à Casablanca, Hamidi a consacré toute sa vie à la peinture. Dès ses premières années de formation à l’École des Beaux-Arts de Casablanca, il s’est distingué par une recherche autour du geste et du symbole.
Un parcours dédié à la quête du signe et du corps
En 1959, il quitte le Maroc pour Paris, où il poursuit ses études à l’École des Métiers d’art, puis à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, d’où il sort diplômé en 1964 en peinture monumentale. Il y devient l’assistant du peintre muraliste Jean Aujame, une expérience déterminante qui façonnera sa manière de penser l’espace et la construction de l’image.
De retour au pays, il enseigne à l’École des Beaux-Arts de Casablanca entre 1967 et 1975, participant à l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes marocains, curieux, affranchis et connectés au monde. Inscrit dans la génération Souffles, Hamidi partage avec poètes et intellectuels l’idée que l’art est prise de position et conquête de la rue et du mur.
L’œuvre de Hamidi évolue du figuratif vers une abstraction organique, où la couleur et le geste deviennent porteurs d’émotion et de sens, avec ses toiles, structurées par des lignes ondoyantes et des signes récurrents. Inspiré par les arts traditionnels du Maroc, il revisite le vocabulaire des tapis et des ornements amazighs, transformant les motifs en une écriture plastique universelle.
L’un des fondateurs de l’École de Casablanca
Aux côtés de Farid Belkahia, Mohamed Melehi et Mohamed Chabâa, Hamidi est l’un des piliers de l’École de Casablanca, un courant esthétique, pédagogique et politique mené par une poignée d’artistes-professeurs qui ont refondé dans les années 1960 l’art moderne au Maroc après l’indépendance.
Leur ambition était claire : réinventer une esthétique proprement marocaine, affranchie du regard colonial, puisant dans les arts populaires, entre tapis, calligraphie et zellige, pour bâtir un langage pictural nouveau.
En 1969, il participe à la célèbre exposition-manifeste « Présence plastique », tenue sur la place Jemaa El Fna à Marrakech, qui fait entrer l’art moderne marocain dans l’espace public et dans la vie quotidienne.
Tout au long de sa carrière, Mohamed Hamidi a exposé à Casablanca, Paris, Cologne ou Marrakech. En 2019, deux de ses œuvres rejoignent les collections du Centre Pompidou à Paris, scellant la reconnaissance internationale de son apport à la modernité picturale. Plus récemment, la Galerie 38 à Casablanca lui a consacré une rétrospective majeure « Absolument moderne ».
©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.

