Fouzi Lekjaa : « Le Mondial n’est pas un projet sportif, mais un levier de développement national »
Fouzi Lekjaa en compagnie du wali de Casablanca-Settat, Mohamed Mhidia, lors d’une visite au Complexe sportif Mohammed V de Casablanca, en février 2025. Crédit : MAP
Devant la Commission des finances à la Chambre des représentants, le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, a défendu la vision stratégique du Maroc autour de la CAN 2025 et du Mondial 2030, insistant sur la dimension structurante de ces événements pour l’économie nationale, la santé, les infrastructures et la cohésion territoriale. Il a également répondu aux critiques sur les dépenses liées aux stades et précisé la logique d’investissement public portée par le gouvernement dans le cadre du projet de loi de finances 2026.
Le Mondial 2030, moteur d’un développement global
Face aux députés, Fouzi Lekjaa a tenu à dissiper les malentendus sur le financement des projets liés à la Coupe du monde 2030. Il a affirmé que le coût de construction des stades ne relevait pas du budget général de l’État, précisant que « le coût global des projets liés au Mondial avoisine trois milliards de dirhams, dont 1,6 MMDH destiné à l’Office national des chemins de fer (ONCF) ».
Selon lui, l’enjeu dépasse largement la seule organisation sportive : « Le plus important pour le Maroc, c’est la réalisation de ces projets, qu’il accueille ou non la Coupe du monde », a-t-il déclaré, soulignant que ces investissements participent à relier le nord au sud et l’est à l’ouest, condition indispensable à un développement équilibré du territoire.
Lekjaa a rappelé que l’engagement du Royaume dans ce processus répond à une vision nationale cohérente, inscrite dans la continuité du projet royal de transformation structurelle du pays à l’horizon 2030. « Si nous annulions le Mondial, devrions-nous arrêter de développer nos aéroports ou d’améliorer notre système de santé ? Certainement pas », a-t-il lancé, dénonçant les critiques qu’il juge « déconnectées de la réalité ».
La santé au cœur du dossier marocain
Le ministre a tenu à rappeler que le dossier de candidature conjoint Maroc–Portugal–Espagne, approuvé à l’unanimité par la FIFA, comporte des engagements clairs, dont « le premier et le plus important concerne le secteur de la santé ». L’organisation du Mondial, a-t-il expliqué, ne pourra se concrétiser que si le système sanitaire national répond aux normes internationales, que ce soit pour les services d’urgence, les soins médicaux ou les prestations destinées aux spectateurs, aux joueurs et aux équipes participantes.
Lekjaa a ajouté que les investissements liés à la Coupe du monde « profiteront à tous les secteurs, en premier lieu à la santé », rappelant que plusieurs projets, initialement prévus pour 2030 ou 2032, sont désormais accélérés grâce au calendrier du Mondial.
Évoquant la rapidité d’exécution des chantiers, il a illustré ses propos par la rénovation du complexe Moulay Abdellah, menée en un temps record, tout en soulignant que le Maroc avait également su construire un centre hospitalier universitaire dans des délais comparables. « Cela ne concerne pas uniquement le football », a-t-il insisté, citant l’exemple d’un développement global où les infrastructures sportives, sanitaires et logistiques s’articulent au sein d’une même dynamique nationale.
Un budget sous contrôle et des investissements d’intérêt général
Sur le plan budgétaire, Lekjaa a précisé que les dépenses directement liées à la Coupe du monde n’avaient pas vocation à grever les finances publiques. « Le coût des stades ne relève pas du budget général », a-t-il rappelé, en expliquant que les financements proviennent de partenariats institutionnels et d’engagements contractuels.
Il a également insisté sur les retombées économiques et sociales des infrastructures indirectes : transport, aménagements, services ou équipements collectifs, qui s’inscrivent dans une logique d’intérêt général. « L’organisation du Mondial agit comme un catalyseur pour réaliser plus vite des projets qui auraient pris plusieurs années. Ces investissements généreront de la richesse, de la valeur ajoutée et des emplois », a-t-il affirmé.
Répondre aux critiques et défendre une vision
Réagissant aux polémiques récentes, le ministre a dénoncé les tentatives de déstabilisation venues de certaines voix extérieures à l’occasion de la Coupe d’Afrique des nations 2025, évoquant « des rumeurs infondées sur les chiens errants ou des images truquées ». Il a jugé ces attaques absurdes et injustes : « Pourquoi parler de boycott, alors que nos joueurs sont nos enfants, nos représentants ? », a-t-il déclaré avec émotion.
Il a conclu en appelant à juger l’action gouvernementale sur des indicateurs concrets plutôt que sur des discours politisés : « Certaines critiques manquent d’objectivité et ne reposent sur aucune base réelle. C’est pourquoi elles s’effondrent rapidement », a-t-il tranché.
Nadia Fettah : une logique de réforme et de projection
Lors de son audition, la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, a, elle aussi, réaffirmé la solidité du modèle économique marocain et la continuité de la vision royale à long terme. Elle a annoncé une croissance attendue de 4,6 % en 2026, tirée par les grands chantiers publics et la diversification industrielle, tout en insistant sur la transformation structurelle de l’économie.
Fettah a rappelé que la Banque mondiale doutait, il y a 20 ans, de la capacité du Maroc à bâtir une base industrielle solide, avant de reconnaître aujourd’hui l’erreur de cette appréciation. Elle a mis en avant les succès cumulés de l’industrie automobile – avec plus de 515 000 véhicules exportés – et de la filière aéronautique, qui « est passée de la fabrication de câbles à la production de moteurs ».
Ces performances, selon elle, traduisent la cohérence d’une stratégie nationale où la vision royale de long terme, les infrastructures structurantes et la discipline budgétaire se conjuguent pour garantir la souveraineté économique du pays.
De la croissance industrielle à l’organisation du Mondial, le message des deux responsables converge : le Maroc avance sur la base d’une planification rigoureuse, d’une stabilité institutionnelle et d’un investissement public stratégique.
Pour Lekjaa, comme pour Fettah, il ne s’agit plus seulement de résilience face aux crises, mais de dynamique de transformation. Le Mondial 2030 et la CAN 2025 sont ainsi défendus comme des accélérateurs d’un modèle marocain en mutation, où la santé, l’industrie, les infrastructures et le sport participent d’un même projet national de développement.
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