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Des créations de caftan participant au défilé des jeunes talents.
09.12.2025 à 23 H 06 • Mis à jour le 10.12.2025 à 16 H 05 • Temps de lecture : 7 minutes
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Patrimoine Le Caftan marocain : art, traditions et savoir-faire en route vers l’UNESCO

Dans le cadre de l’examen final du Comité intergouvernemental de l’UNESCO réuni en Inde, le Maroc présente un dossier exhaustif pour l’inscription du Caftan sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Déjà recommandé à l’inscription par l’instance d’évaluation, le Caftan marocain attend désormais sa consécration officielle

Le Royaume du Maroc a transmis à l’UNESCO le dossier intitulé « Le Caftan marocain : art, traditions et savoir-faire », dans le cadre de la session 2025 du Comité intergouvernemental pour le patrimoine culturel immatériel réuni en Inde du 8 au 13 décembre. Cette documentation, que Le Desk a consulté, est conforme à la Convention de 2003 et rassemble l’ensemble des pièces d’authentification, de documentation et de validation requises. L’instance d’évaluation a déjà recommandé l’inscription du Caftan marocain, et le comité examinera officiellement le dossier le 10 décembre, étape finale vers une reconnaissance internationale. Cette démarche s’inscrit dans un long engagement du Maroc pour la sauvegarde et la promotion de son patrimoine culturel immatériel. Le pays a inscrit 12 éléments sur les listes de la Convention et a mis en place des mécanismes de soutien aux porteurs de patrimoine, allant de la création du Centre national du patrimoine culturel immatériel (CNPCI) à l’inscription de danses traditionnelles, de pratiques culinaires et de festivals emblématiques.


Le Caftan, miroir de l’histoire et de la diversité culturelle marocaine

Le Caftan, connu localement sous le nom de qafṭān, est une tunique longue et large, ouverte sur le devant, portée traditionnellement lors des grandes occasions. Il n’est pas seulement un vêtement d’apparat mais un héritage vivant qui traverse les siècles. Ses racines remontent à l’époque almohade, se développant sous les Mérinides et étant décrit par Léon l’Africain au XVIe siècle comme un vêtement luxueux porté à Fès, confectionné dans des étoffes de brocart, de velours et de soie, et décoré de broderies et de boutons dorés.


Le Caftan marocain résulte d’une synthèse culturelle riche, mêlant traditions arabe, amazighe et juive. Aujourd’hui, il se décline en une multitude de styles et de variantes régionales, chacun portant sa signature propre et révélant l’identité culturelle de son territoire d’origine. Le Caftan Ntaâ de Fès se distingue par son velours de soie brodé en fils d’or avec des motifs floraux et de paon. Celui de Salé se caractérise par un galon tissé en or et des broderies en cordonnet avec le motif traditionnel appelé « debbana  ». Le Caftan de Rabat combine velours grenat, galons dorés et broderies florales rbati. Le Caftan de Tétouan est confectionné en tissu broché et décoré du motif « Khanjar  » au plastron, accompagné de broderies multicolores nommées Taâjira. À Oujda, le velours de soie est travaillé avec soutaches, galons et motifs ovoïdes, tandis qu’à Azemmour les broderies adoptent des motifs zoomorphes tels que dragons et lions.


La Takchita mansouria représente une tenue de cérémonie en deux pièces, composée d’une partie inférieure et d’une partie supérieure, tandis que la Kswa lakbira illustre le caftan d’apparat de la mariée juive, somptueusement brodé en fils d’or et comprenant plastron, corselet, jupe, ceinture, manches, voile et couronne. Le Caftan amazigh Asmlal se distingue par ses couleurs vives et ses motifs géométriques en rosettes et triangles. Enfin, le Caftan princier Makhzani, porté par la famille royale, est confectionné dans les étoffes les plus fines avec des décorations abondantes. Cette diversité illustre la richesse culturelle et la créativité des régions marocaines tout en consolidant un patrimoine national partagé.


Savoir-faire ancestraux et chaîne artisanale complexe

La confection du Caftan mobilise une chaîne artisanale très spécialisée. Les tisserands, appelés Zeradkhi, créent les étoffes de soie, velours, satin ou brocart. Les modélistes, ou Fessal, définissent la coupe. Les artisans confectionneurs réalisent les boutons, les œillets et les tresses, tandis que les brodeuses, appelées Ttraza, ornent chaque pièce selon les styles régionaux avec des fils d’or, d’argent ou de soie, et parfois perles et paillettes. La maîtrise des outils traditionnels, tels que le métier à tisser, la Mremma, l’alène Ichfa et le Tbla, est essentielle à la qualité et à l’authenticité de chaque Caftan. Les accessoires de port, comme les diadèmes, bijoux, ceintures brodées, babouches et foulards, complètent l’ensemble.


La transmission des savoir-faire s’effectue selon deux modes. La transmission informelle se fait au sein des familles et ateliers, de maître-artisan (M’allam) à apprenti (Mat’allam), dans un cadre où patience, observation et répétition sont essentielles. La transmission formelle se déroule dans les centres de formation publics et privés dédiés à l’artisanat et à la haute couture. Les Neggafat, femmes expertes accompagnant la mariée, veillent également à la transmission des codes et usages cérémoniels.


Une fonction sociale et économique structurante

Le Caftan occupe une place centrale lors des célébrations collectives et familiales. Il accompagne les mariages, baptêmes, circoncisions, fêtes religieuses et cérémonies officielles. Symbole de bonheur et d’unité, il traduit également l’appartenance sociale de celui ou celle qui le porte. La mariée qui enchaîne plusieurs caftans issus de différentes régions illustre le dialogue interculturel et la richesse des traditions marocaines. Économiquement, le Caftan génère des revenus pour les artisans, stylistes, commerçants et coopératives. Il représente un modèle d’économie inclusive, où les savoir-faire traditionnels participent au développement local et offrent des opportunités d’emploi, notamment pour les femmes impliquées dans la broderie et la couture traditionnelle. La production et la valorisation du Caftan favorisent ainsi l’égalité des genres, les hommes participant au tissage et à la passementerie et les femmes à la broderie et au perlage.


Patrimoine vivant et développement durable

Le Caftan s’inscrit dans une approche respectueuse du développement durable. Issu de matériaux naturels et locaux, il reflète une compréhension fine des ressources et de l’écosystème. Il constitue également un facteur de cohésion sociale, porté par toutes les communautés et confessions, illustrant le pluralisme culturel du Maroc.


La visibilité internationale du Caftan s’est renforcée grâce aux stylistes contemporains qui modernisent les formes et motifs tout en respectant l’héritage traditionnel, et à travers les expositions, les défilés et les médias internationaux qui participent à sa promotion et à sa valorisation.


Sauvegarde et promotion : un écosystème institutionnel et communautaire

Le Maroc a mis en place un cadre institutionnel complet pour protéger et promouvoir le Caftan. Le complexe artisanal Jnan Caftan à Fès, les ateliers et les coopératives assurent la transmission et la production des savoir-faire. Les musées, tels que le Musée Yves Saint Laurent, le Musée Belghazi et le Musée des Oudayas, conservent et restaurent les pièces anciennes. L’inventaire national en ligne, IDPC, recense l’ensemble des techniques, motifs et styles, offrant une documentation scientifique exhaustive.


La formation professionnelle, les campagnes de promotion et les événements nationaux et internationaux participent à la diffusion et à la pérennisation de ce patrimoine vivant. Le rapport périodique du Maroc sur la mise en œuvre de la Convention UNESCO de 2003 souligne l’implication active des communautés et des institutions dans la sauvegarde du Caftan, malgré les défis posés par l’innovation et les bouleversements sociaux, y compris l’impact de la pandémie de la Covid-19.


Vers une consécration internationale attendue

Le 10 décembre marque une date décisive. Avec un dossier complet, rigoureux et déjà recommandé à l’inscription, le Caftan marocain est en passe d’obtenir une reconnaissance officielle sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Cette inscription viendrait couronner des siècles de créativité, de transmission et de diversité culturelle, et placerait le Caftan parmi les symboles universels de l’art, de l’histoire et de l’identité marocaine. Bien plus qu’un vêtement, il s’affirme comme un vecteur de cohésion sociale, de développement économique, d’égalité des genres et de durabilité, témoignant de la vitalité et de la richesse du patrimoine immatériel marocain.

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