Bourse : l’AMMC alerte sur les conseils illégaux et les plateformes de trading frauduleuses
Le siège de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) à Rabat. Crédit : MAP
Alors que le marché boursier attire un nombre croissant de nouveaux investisseurs, l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) a publié, le lundi 22 décembre, une mise en garde formelle contre deux phénomènes qu’elle juge préoccupants : la diffusion massive de conseils en investissement non autorisés et la multiplication de plateformes de trading à caractère frauduleux. Deux dérives distinctes, mais étroitement liées, qui représentent un risque direct pour l’épargne des particuliers et fragilisent leur confiance dans le marché des capitaux.
L’arnaque des « bons plans »
Le régulateur observe une multiplication de recommandations d’achat ou de vente d’actions diffusées sur les réseaux sociaux, des forums spécialisés ou des groupes de messagerie. Présentées comme des analyses indépendantes ou des « bons plans » boursiers, ces prises de position peuvent relever, dans de nombreux cas, de l’exercice non autorisé de l’activité de conseil en investissement financier.
Celle-ci est strictement encadrée par la loi n° 19.14, qui impose un enregistrement préalable auprès de l’AMMC, assorti d’exigences en matière d’honorabilité, de compétence professionnelle et de prévention des conflits d’intérêts. Autant de garde-fous destinés à protéger l’investisseur et à préserver la transparence du marché.
Au-delà de l’illégalité formelle, l’Autorité souligne que certaines de ces recommandations peuvent dissimuler de véritables stratégies de manipulation. Elle cite notamment la pratique dite du « pump and dump », consistant à susciter artificiellement l’intérêt du public pour un titre afin d’en faire monter le cours, avant que les initiateurs de la recommandation ne se délestent de leurs positions à profit, laissant les investisseurs tardifs exposés à une chute brutale des cours.
Des plateformes de trading frauduleuses
L’AMMC met également en garde contre la prolifération de plateformes de trading potentiellement frauduleuses, dont le modèle repose sur une mise en scène professionnelle et des promesses de gains rapides et élevés. Certaines vont jusqu’à usurper l’identité de professionnels du marché afin de renforcer leur crédibilité. Le scénario est désormais bien identifié : publicités trompeuses, premier dépôt encouragé, affichage de gains fictifs pour inciter à investir davantage, puis blocage des retraits, suivi de la disparition pure et simple de la plateforme.
Le régulateur rappelle toutefois les limites de son périmètre d’intervention. Certaines plateformes de trading, notamment sur les devises ou l’or, ne sont pas soumises à son contrôle. Les escroqueries qui y sont commises relèvent alors exclusivement du droit commun, ce qui complique la prévention en amont et la réparation des préjudices subis par les investisseurs.
Sur le plan répressif, l’AMMC rappelle que l’exercice non autorisé du conseil en investissement, tout comme la diffusion d’informations financières fausses ou trompeuses, expose leurs auteurs à des sanctions pénales, incluant des peines d’emprisonnement et des amendes. Un rappel qui s’inscrit dans un contexte où la frontière entre information financière, influence numérique et manipulation devient de plus en plus poreuse.
Un dispositif contre les escroqueries
Pour l’Autorité, la vigilance individuelle demeure un levier central de protection. Elle appelle ainsi les investisseurs à se méfier des promesses de rendements garantis, à vérifier systématiquement l’identité et le statut de leurs interlocuteurs et à consulter la liste officielle des conseillers en investissement financier agréés, accessible sur son site institutionnel. Dans une logique de prévention renforcée, l’AMMC annonce par ailleurs le déploiement prochain d’un dispositif digital dédié à la lutte contre les escroqueries d’investissement et rappelle l’existence de son portail d’éducation financière, intitulé « Le marché des capitaux pour tous ».
À travers cette mise en garde, le régulateur envoie un signal clair : la démocratisation de l’accès au marché des capitaux ne peut se faire sans un encadrement rigoureux des intermédiaires, une responsabilisation des producteurs de contenu financier et une vigilance accrue face aux nouvelles formes de prédation qui prospèrent à la faveur des réseaux sociaux et de la financiarisation accélérée du grand public.
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