Maroc IA 2030 : le gouvernement dévoile sa feuille de route et affiche ses ambitions
Lors de l’ouverture de la journée AI Made in Morocco, le 12 janvier 2026 à Rabat. Crédit : Constance Sade / Le Desk
L’intelligence artificielle (IA) devient l’un des principaux moteurs de croissance et de puissance à l’échelle mondiale. À l’horizon 2032, son marché pourrait atteindre 4 800 milliards de dollars (MM $), selon un rapport des Nations unies, poussant les États à se positionner rapidement dans le secteur.
« L'intelligence artificielle s'impose comme un instrument déterminant de puissance économique, institutionnelle et géopolitique. Dans ce contexte, la dépendance technologique ne saurait plus être appréhendée comme un risque théorique, mais bien comme une vulnérabilité stratégique avérée », a déclaré Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée auprès du Chef du gouvernement chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, à l’occasion de la journée AI Made in Morocco, organisée le lundi 12 janvier à Rabat.
En présence de ministres, de représentants des secteurs public et privé, ainsi que d’universitaires et de professionnels du numérique, la ministre a rappelé que l’IA constitue une priorité stratégique pour le Royaume. S’appuyant sur les conclusions des Assises nationales de l’intelligence artificielle de juillet 2025, qui ont posé les bases d’une stratégie nationale structurée, Amal El Fallah Seghrouchni a ensuite déroulé les grands axes de la feuille de route Maroc IA 2030.
Près de 100 MMDH de PIB d'ici 2030
Structurée autour de plusieurs piliers stratégiques, la feuille de route Maroc IA 2030 dessine une trajectoire ambitieuse, allant de la mise en place des fondations à la diffusion des usages et au rayonnement sur la scène internationale. Elle s’appuie d’abord sur la construction d’un cadre de confiance, combinant régulation, infrastructures nationales et développement de communs numériques, afin de garantir une IA maîtrisée et sécurisée. La stratégie comprend aussi l’innovation et la compétitivité, grâce au renforcement des capacités de recherche, et en développant des modèles de langage intégrant la darija et l’amazigh pour améliorer l’interaction entre l’administration et les citoyens.
Les objectifs affichés sont chiffrés. Le gouvernement se donne pour ambition de générer pas moins de 100 milliards de dirhams (MMDH) de valeur ajoutée au PIB, de créer 50 000 emplois directs et indirects et de former 200 000 talents d'ici les quatre prochaines années. Quant au financement, « le nerf de la guerre », a rappelé la ministre déléguée, il sera renforcé à travers des mécanismes dédiés aux startups, combinant venture building et capital-risque, mais aussi la création d’un fonds dédié à l’IA, afin d’accompagner les projets de la phase d’amorçage au passage à l’échelle industrielle.
La révolution est en marche
Sur le terrain, plusieurs chantiers sont déjà lancés. Un projet de loi-cadre sur le digital est en cours de procédure, parallèlement à l’élaboration d’un cadre national pour une IA responsable. Le ministère entend aussi renforcer les infrastructures du pays, avec la généralisation du cloud au sein des administrations publiques, le développement de nouveaux data centers. À Dakhla, un méga-campus de data centers verts verra le jour, avec une capacité pouvant aller jusqu'à 500 mégawatts (MW), tandis qu’un cloud souverain adossé à un data center de 50 MW est prévu à Rabat.
En termes de compétences, les premières briques sont posées. De nouvelles filières en IA, data, cybersécurité et cloud ont été inaugurées dans les universités et les écoles d’ingénieurs, regroupant plus de 22 000 étudiants sur l’année 2024-2025. Des établissements spécialisés ont également été créés, tandis que la recherche est renforcée avec un objectif de 550 doctorants-moniteurs d’ici 2027.
Les Instituts Jazari, piliers du maillage territorial
Pour traduire la vision gouvernementale en actions concrètes sur l’ensemble du territoire, un réseau national de centres d’excellence a été conçu. Baptisés Instituts Jazari, ces pôles de R&D et d’innovation en intelligence artificielle s’inscrivent dans la dynamique de la stratégie Maroc Digital 2030 et seront déployés dans les douze régions du Royaume. Pensés comme des laboratoires de projets collaboratifs, ils visent à renforcer le lien entre la recherche et l’industrie, à stimuler l’émergence de startups technologiques, à accompagner la transformation numérique des entreprises, tout en attirant les talents.
Pour coordonner l’ensemble de ces centres, un florilège de ministères et d'organisations publiques a officiellement créé, ce lundi 12 janvier, l’Institut Jazari Root, centre névralgique du réseau. Constitué en Groupement d’intérêt public (GIP), il a vocation à devenir un campus national d’exécution. Doté de capacités de calcul avancées, l’Institut regroupera notamment un centre de R&D en IA, une data factory, une école dédiée, des structures d’incubation, un data center de 50 MW adossé au cloud souverain rbati et un fonds d’investissement. Trois thématiques prioritaires guideront ses travaux : l’e-gouvernement, les zones rurales et montagneuses intelligentes, et les grands événements sportifs, à l’instar de la Coupe du monde 2030 de football.
Sept autres conventions ont été signées lors de la journée AI Made in Morocco, par un ensemble de ministres et d'acteurs publics et privés. Des accords portent ainsi sur la R&D et l’accompagnement des fondations IA, la formation, la mise en place d'une « AI Factory » au service de la souveraineté technologique, ou encore l’expérimentation d’une solution E-Gov Wallet.
Un soft power numérique
Si la dynamique d’adoption de l’IA est désormais enclenchée, elle est motivée par une réalité : « la concentration des technologies, des données et des chaînes de valeur » dans les mains d’un nombre restreint de pays, a expliqué la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la réforme de l’administration. Ainsi, le Maroc a opéré « un choix stratégique sans ambiguïté : ne pas subir la révolution de l'intelligence artificielle, mais en assumer la pleine maîtrise », a assuré Amal El Fallah Seghrouchni.
De son côté, Omar Hilale, représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies, a proposé une lecture davantage géopolitique, déclarant qu'il appartient au Royaume de « traduire ce projet en un véritable soft power pour le développement continental du Royaume, en s’appuyant sur un partenariat sud-sud et nord-sud fondé sur le partage d’expertise ».
Et de conclure : « Tourné vers l’innovation au niveau national et ouvert à la coopération dans le cadre régional, tout en consolidant son positionnement à l’international », le Maroc défend ainsi un usage du numérique reposant sur le partage, la réduction des fractures et le développement de solutions adaptées aux besoins locaux.
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