Pour le Maroc, la Banque mondiale table sur une croissance de 4,4% en 2026, portée par des réformes plus profondes que prévu
Ahmadou Mustapha Ndiaye, Directeur des opérations de la Banque mondiale pour le Maghreb. Crédit : MAP
Les réformes économiques engagées par le Maroc commencent à produire des effets tangibles. Dans la mise à jour de ses « Perspectives économiques mondiales », le Groupe de la Banque mondiale estime que les changements réglementaires mis en œuvre dans le Royaume, jugés « plus profonds que prévu », pourraient stimuler la croissance, réduire l’économie informelle et soutenir la création d’emplois, dans un contexte mondial toujours incertain.
Des réformes structurelles favorables au secteur privé
Selon la Banque mondiale, le Maroc fait partie des économies où les réformes réglementaires en faveur du secteur privé sont en train de renforcer le potentiel de croissance à moyen terme. Ces transformations devraient contribuer à améliorer l’environnement des affaires, à encourager l’investissement privé et à favoriser une formalisation progressive de l’économie, avec des effets attendus sur l’emploi.
L’institution souligne également que des conditions climatiques plus favorables ont permis une reprise de la production agricole, après plusieurs années marquées par des tensions hydriques, contribuant ainsi à soutenir l’activité économique nationale.
Amélioration des équilibres extérieurs et budgétaires
Le rapport note une amélioration des comptes extérieurs du Maroc, portée par l’augmentation des envois de fonds des Marocains résidant à l’étranger et par la progression continue des recettes touristiques. Ces flux ont contribué à renforcer les balances courantes, dans un contexte de volatilité persistante des échanges internationaux.
Sur le plan budgétaire, la Banque mondiale estime que les déficits des pays importateurs de pétrole, dont le Maroc, devraient se réduire sur la période 2026-2027. Cette évolution est attribuée aux politiques budgétaires restrictives mises en place afin de contenir les déséquilibres des finances publiques.
Une croissance attendue à 4,4 % en 2026
En matière de perspectives, la Banque mondiale anticipe une croissance moyenne de 4,4 % au Maroc en 2026. Cette progression serait toutefois accompagnée d’une expansion plus modérée des secteurs agricole et industriel, ainsi que d’une croissance de l’emploi plus contenue, traduisant la persistance de contraintes structurelles sur le marché du travail.
Malgré ces limites, le Maroc se distingue parmi les économies importatrices de pétrole de la région MENA par la résilience de son activité et par la crédibilité de son cadre macroéconomique.
Le Maroc dans une région MENA en mutation
À l’échelle régionale, la Banque mondiale prévoit une croissance de 3,6 % en Afrique du Nord et au Moyen-Orient en 2026, avant une accélération à 3,9 % en 2027. Ces projections ont été légèrement revues à la baisse par rapport à celles publiées en juin, en raison notamment d’une hausse plus importante que prévu de la production pétrolière dans les grands pays exportateurs.
Dans ce contexte, les pays importateurs de pétrole, comme le Maroc, continuent de bénéficier du dynamisme du secteur privé et de l’amélioration générale de l’activité économique. Leur croissance devrait atteindre en moyenne 4 % par an sur la période 2026-2027, selon l’institution de Bretton Woods.
Un environnement mondial durablement ralenti
Au niveau mondial, la croissance devrait s’établir à 2,6 % en 2026 avant de remonter à 2,7 % en 2027. Ces prévisions constituent une révision à la hausse par rapport aux projections précédentes de la Banque mondiale, traduisant une résilience plus forte qu’anticipé de l’économie mondiale malgré les tensions commerciales et les incertitudes géopolitiques.
« Malgré la persistance des incertitudes politiques et commerciales, l’activité économique mondiale résiste mieux qu’anticipé », souligne Inderjit Gill, économiste en chef et premier vice-président du Groupe de la Banque mondiale pour l’Économie du développement. Il avertit toutefois que les années 2020 pourraient devenir la décennie de la croissance mondiale la plus faible depuis les années 1960.
Des défis persistants pour l’emploi et la soutenabilité budgétaire
La Banque mondiale rappelle que, dans les économies en développement, la croissance restera insuffisante pour réduire significativement l’écart de revenu avec les économies avancées, accentuant le défi de la création d’emplois alors que 1,2 milliard de jeunes entreront sur le marché du travail au cours de la prochaine décennie.
Dans ce contexte, l’institution insiste sur la nécessité de renforcer le capital humain, d’améliorer l’environnement des affaires et de mobiliser davantage de capitaux privés. Elle souligne également l’importance de restaurer la crédibilité budgétaire, dans un contexte de niveaux d’endettement historiquement élevés.
Pour le Maroc, engagé dans une trajectoire de réformes structurelles et de discipline macroéconomique, ces recommandations constituent autant de leviers pour transformer la reprise actuelle en une croissance durable, inclusive et créatrice d’emplois.
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