Procédure pénale : le ministère public encadre plus strictement l’interrogatoire des suspects
Un jeune manifestant de la GenZ interpellé par les agents de police à Casablanca, dans la soirée du 29 septembre 2025. Crédit : Le Desk
La Présidence du ministère public a diffusé une nouvelle circulaire destinée au Premier procureur général près la Cour de cassation, aux procureurs généraux du Roi près les cours d’appel et aux procureurs du Roi près les tribunaux de première instance. Le document rappelle que l’interrogatoire des personnes soupçonnées d’avoir commis des infractions constitue une étape déterminante de la procédure pénale et un levier central de la protection constitutionnelle des droits et libertés.
Plus de garanties juridiques lors de l’interrogatoire
Selon la circulaire, l’interrogatoire représente le premier contact direct entre la personne déférée et le magistrat du ministère public chargé d’examiner les faits présumés. À ce stade préliminaire, une attention particulière doit être accordée aux garanties juridiques et aux droits attachés à la personne présentée. Le texte insiste sur l’obligation pour le magistrat du parquet d’examiner avec soin les procès-verbaux transmis par la police judiciaire, d’évaluer correctement les faits et de maintenir un équilibre constant entre les droits du suspect, ceux des victimes et les intérêts de la société.
Cette orientation s’inscrit dans la continuité des positions antérieures de la Présidence du ministère public, qui avait déjà appelé à accorder toute l’attention requise à la situation des personnes déférées, à veiller au respect effectif de leurs droits légaux et à rationaliser les procédures touchant à la liberté, en rappelant que toute atteinte à celle-ci doit demeurer exceptionnelle et strictement nécessaire.
La circulaire met en exergue les évolutions introduites par la loi n°03.23 modifiant et complétant le Code de procédure pénale. Cette réforme a profondément revu le cadre juridique de l’interrogatoire, en introduisant de nouvelles dispositions et en renforçant les garanties légales accordées aux suspects, notamment en matière de droit à la défense.
Dans ce contexte, le document appelle en priorité à s’assurer que toute personne interpellée bénéficie, dès le début de la procédure, de l’ensemble des droits que lui garantit la loi. Il s’agit notamment du droit de garder le silence, d’être informée des charges retenues contre elle, d’aviser sa famille et de contacter un avocat. La circulaire insiste également sur la nécessité de vérifier la régularité des procès-verbaux et le respect des conditions légales de l’interpellation, de la garde à vue ou, le cas échéant, de la retenue des mineurs.
Le texte réaffirme par ailleurs l’obligation d’interroger le suspect sur les faits qui lui sont reprochés après vérification de son identité et après l’avoir informé de son droit de constituer un avocat et de recourir à un interprète ou à toute personne capable de communiquer avec lui. Le comportement du magistrat du ministère public doit, à cet égard, être empreint de professionnalisme et d’humanité, notamment à l’égard des enfants en conflit avec la loi, des victimes d’infractions et des personnes issues de catégories vulnérables.
Humanisation et rationalisation de la présentation des personnes déférées
La circulaire appelle également à une appréciation individualisée des décisions à prendre à l’égard des personnes soupçonnées, en tenant compte des circonstances de l’affaire, de la personnalité de l’accusé, de son degré de dangerosité, de l’impact de l’infraction sur la société et des préjudices qui en ont résulté. Elle encourage, dans cette perspective, le recours aux alternatives à l’action publique, notamment la transaction pénale, désormais susceptible d’être mise en œuvre de manière plus large, y compris par la désignation d’un médiateur chargé de faciliter un accord entre les parties, tout en respectant la présomption d’innocence et le caractère exceptionnel de la détention préventive.
Le document insiste sur la nécessité d’adopter des procédures rigoureuses pour la présentation des suspects devant le parquet et de rationaliser la comparution en état de liberté, en la limitant aux cas justifiés par la gravité des faits ou par l’application de mécanismes de justice réparatrice. De même, le recours à la détention préventive doit être strictement encadré et soumis aux autorisations prévues par la loi.
Dans un souci d’efficacité, la circulaire appelle à activer les instruments juridiques existants afin d’alléger la charge des greffiers, notamment à travers l’application de l’article 384-1 du Code de procédure pénale, qui permet aux procureurs et à leurs adjoints de se rendre au siège de la police judiciaire pour engager les poursuites et délivrer les citations à comparaître.
Elle recommande également d’organiser les interrogatoires selon des priorités précises, en traitant en premier lieu les dossiers impliquant des femmes, des enfants, des personnes âgées ou en situation de handicap, ainsi que les affaires susceptibles de déboucher sur une détention préventive. L’aménagement des espaces de comparution est aussi mis en avant, avec l’obligation de garantir des conditions légales et dignes, de séparer les mineurs des adultes et de distinguer les personnes détenues de celles qui comparaissent en état de liberté.
Enfin, la Présidence du ministère public appelle à une meilleure coordination avec les officiers de police judiciaire, en les incitant à présenter les personnes concernées dès les premières heures de la journée et à transmettre les procès-verbaux sans délai. Le texte recommande de limiter le renvoi des dossiers pour complément d’enquête aux seuls cas de stricte nécessité et de répartir les procès-verbaux entre un nombre suffisant de magistrats du parquet afin d’assurer un traitement rapide et efficace des affaires.
À travers cette circulaire, l’institution entend instaurer une approche plus humaine et plus rigoureuse de l’interrogatoire, en faisant de cette étape un véritable pilier du procès équitable et un instrument central de la protection des droits et libertés garantis par la Constitution.
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