RésultatsStellantis : une perte historique et un retour à la « liberté de choix »
Publiés ce jeudi 26 février, les résultats 2025 de Stellantis étaient particulièrement scrutés : le groupe a changé de patron l'an dernier, et son nouveau directeur général, l’Italien Antonio Filosa, a ouvertement décidé de détricoter l'héritage de son prédécesseur, le Français Carlos Tavares.
Le bilan financier du géant franco-italo-américain est pour le moins éloquent. Le chiffre d'affaires 2025 accuse un recul modéré de 2 %, s'établissant à 153,5 milliards d’euros (MM €), pour un volume de ventes en légère hausse, à 5,48 millions de véhicules. Hors charges, la marge opérationnelle courante ressort à -0,5 % : en clair, le groupe n'a quasiment rien gagné sur ses ventes. Mais c'est surtout la perte nette de 22,3 MM € qui retient l'attention : elle découle de charges exceptionnelles d'un montant de 25,4 MM €, liées à un changement de cap stratégique.
Une transition électrique surestimée
Le constat d'Antonio Filosa est sans concession : Stellantis a mal évalué le rythme de la transition énergétique. Après avoir massivement investi dans l'électrique, le groupe fait face à une demande insuffisante, notamment en Amérique du Nord. Résultat : certaines usines se retrouvent en surcapacité, des projets de production de batteries sont revus ou cédés, et la stratégie produit est révisée de fond en comble.
Ce « reset » représente à lui seul 22,2 M € de charges. Pour autant, Stellantis ne s’orientera pas vers l’abandon de l'électrique, mais plutôt pour un ralentissement de sa trajectoire vers le tout-batterie. Désormais, le groupe se veut le chantre du « freedom-of-choice » (la liberté de choix), à travers une offre multi-énergie : électrique, hybride et thermique.
« Nos résultats annuels pour 2025 reflètent le coût d'une surestimation du rythme de la transition énergétique et de la nécessité de réorienter notre activité autour de la liberté de choix de nos clients parmi toute la gamme des technologies électriques, hybrides et à combustion interne », a martelé Antonio Filosa.
Adapter l'offre à la demande réelle
Derrière ce virage se trouve une idée directrice : adapter l'offre à la demande réelle, selon les régions. Aux États-Unis, cela se traduit par la relance de modèles thermiques, mis de côté sous Tavares. Et en Europe, hybrides et diesel feront leur retour dans le jeu, afin de répondre à la croissance décevante des ventes de véhicules électriques.
Les chiffres du second semestre, au cours duquel certaines de ces mesures ont été engagées, confirment leur pertinence. Les facturations ont grimpé de 11 % sur un an, tirées par l'Amérique du Nord (+39 % en volume), et le chiffre d'affaires a progressé de 10 %.
Pour 2026, Stellantis vise une croissance modérée du chiffre d'affaires et un retour à une marge opérationnelle positive. Rendez-vous est pris le 21 mai pour l'Investor Day, date à laquelle le nouveau plan stratégique du groupe sera dévoilé.
Une aubaine pour l’usine de Kénitra ?
Le « reset » stratégique de Stellantis sous Filosa semble profiter à son usine marocaine plutôt que de la fragiliser. Et pour cause, la nouvelle orientation multi-énergie se reflète directement dans ses missions futures.
D’abord, le site de Kénitra, dont l’extension a été inaugurée en juillet 2025, est appelé à produire 350 000 moteurs par an, avec une première phase d'assemblage de moteurs MHEV (mild hybrid) démarrée en mai 2025, et une phase d'usinage prévue en novembre 2026.
Ensuite, l’usine accueillera dès 2026 de nouveaux modèles, basés sur la plateforme low cost « Smart Car » et positionnés comme des véhicules accessibles destinés aux marchés de la région Afrique et Moyen-Orient, mais surtout au marché européen. Objectif : reconquérir des parts de marché sur le Vieux continent avec une gamme compétitive, et Kénitra, grâce à ses coûts maîtrisés, apparaît comme l'unité industrielle idoine pour y parvenir.
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