Marché à terme : une première séance à 17 MDH et 695 contrats ouverts à la Bourse de Casablanca
Bourse de Casablanca. Crédit : David Rodriguez / Le Desk
Attendu depuis des années, le marché à terme a officiellement été lancé ce 6 avril et est désormais opérationnel, marquant une étape structurante dans la modernisation de l'arsenal financier marocain.
Cette première séance a généré un volume global de près de 17 millions de dirhams (MDH), pour 33 transactions réalisées et 695 contrats restés ouverts en fin de séance, confirmant les premières prises de position sur ce nouveau segment.
Dès ce premier jour, quatre échéances ont été cotées simultanément sur le Future adossé à l'indice MASI 20, confirmant la mise en place effective du dispositif.
Le détail des quatre échéances
Dans le détail, le contrat à échéance juin 2026 (FMASI20JUI26) a clôturé à 1 309,7 points, en baisse de 0,52 %, avec un volume de 4,42 MDH. L'échéance septembre 2026 a reculé de 1,30 % à 1 299,50 points, pour un volume de 4,17 MDH, tandis que celle de décembre 2026 s'est inscrite en repli de 0,49 % à 1 310,8 points, avec 4,72 MDH échangés — ce qui en fait l'échéance la plus active de la journée en termes de volume.
À l'inverse, l'échéance mars 2027 a légèrement progressé de 0,3 % à 1 322 points, drainant un volume de 3,66 MDH. C'est la seule à avoir terminé en territoire positif, un signal possible d'anticipation haussière à moyen terme par certains intervenants.
Une nouvelle architecture institutionnelle
Le lancement du MAT marque l'aboutissement d'un chantier de longue haleine, structuré autour de la loi 42-12 et porté par une architecture institutionnelle inédite au Maroc. Ce n'est pas simplement un nouveau produit qui voit le jour : ce sont deux infrastructures de marché complètes — la SGMAT (Société gestionnaire du marché à terme), chargée de la négociation, et la CCP Maroc (Chambre de compensation), garante de la gestion du risque — qui entrent simultanément en activité.
Ahmed Arharbi, directeur exécutif des opérations Marchés de la Bourse de Casablanca, avait résumé l'ambition de cette réforme lors de la conférence de l'APSB en février : le Maroc ne lance pas un simple produit dérivé, mais bâtit une nouvelle architecture de liquidité, alignée sur les standards internationaux.
Le Future MASI 20 : premier instrument coté
Le produit inaugurant ce marché est un contrat à terme ferme (future) adossé à l'indice MASI 20, qui regroupe les 20 valeurs les plus liquides de la cote casablancaise. Chaque contrat représente 10 dirhams par point d'indice, soit une valeur notionnelle d'environ 13 000 DH pour un MASI 20 cotant autour de 1 300 points. Le dépôt de garantie initial est fixé à 1 000 DH par contrat, révisable à tout moment par la CCP en fonction de la volatilité du marché. Le dénouement s'effectue exclusivement en espèces, sans livraison physique de titres, et les échéances suivent une rotation trimestrielle — juin, septembre et décembre 2026, puis mars 2027.
Ce mécanisme permet aux investisseurs de se couvrir contre les fluctuations du marché, de diversifier leur exposition via un seul instrument, ou d'adopter des stratégies spéculatives avec effet de levier.
Une réforme engagée de longue date
La date du 6 avril avait été officiellement annoncée le 9 février par Nadia Fettah Alaoui, ministre de l'Économie et des Finances, lors de la conférence annuelle de l'Association professionnelle des sociétés de Bourse (APSB). Elle avait qualifié ce lancement d'étape structurante pour la place financière marocaine.
Les mois précédents ont vu s'enchaîner plusieurs jalons décisifs. Dès mai 2025, l'AMMC avait accordé son visa au document d'information du contrat Future MASI 20. En juillet 2025, trois sociétés de bourse ont obtenu l'agrément du ministère de l'Économie pour intervenir comme membres négociateurs sur le MAT. En septembre 2025, un test grandeur nature (TGN) a été mené avec succès, mobilisant l'ensemble des acteurs de la chaîne : sociétés de bourse, salles des marchés, membres compensateurs et Maroclear. Plus récemment, le 1er avril 2026, la Bourse de Casablanca a mis en ligne la plateforme dédiée (futures.casablanca-bourse.com), centralisant les avis et instructions de la SGMAT et de la CCP. Enfin, le 2 avril, un workshop pédagogique a été organisé au profit des médias et des acteurs du marché pour accompagner la compréhension de ce nouvel instrument.
Un accès progressif
Dans un premier temps, le MAT est ouvert aux investisseurs institutionnels — OPCVM, assureurs, caisses de retraite, sociétés de bourse — via les membres négociateurs agréés. Les personnes physiques ne sont pas encore concernées. Comme l'ont souligné plusieurs sources de marché relayées par Médias24, l'objectif est de démarrer dans un cadre maîtrisé, le temps que les mécanismes de marge, de compensation et de gestion des positions soient pleinement assimilés par l'ensemble des intervenants.
Ce que change le MAT pour le marché marocain
Au-delà du produit lui-même, le lancement du marché à terme s'inscrit dans une transformation plus profonde de l'écosystème boursier marocain. Il vient compléter un dispositif qui inclut également le développement du market making et du prêt-emprunt de titres — autant de briques techniques destinées à renforcer la liquidité, la profondeur et l'attractivité de la place de Casablanca, notamment dans la perspective d'un éventuel retour du Maroc dans l'indice MSCI Emerging Markets.
Avec près de 17 MDH échangés, 33 transactions et 695 contrats ouverts dès la première séance, le signal envoyé est celui d'un marché qui démarre prudemment mais résolument. La suite dira si les volumes montent en puissance et si de nouveaux instruments — options, futures sur actions individuelles — viendront enrichir la gamme dans les mois à venir.
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