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09.04.2026 à 15 H 28 • Mis à jour le 09.04.2026 à 17 H 29
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Migration

Rabat, Paris et Bruxelles misent sur la mobilité encadrée pour répondre au défi démographique européen

Cérémonie de lancement des projets THAMM + Équipe France et PRIM 2, pour une migration légale, circulaire et vectrice de développement Cérémonie de lancement des projets THAMM + Équipe France et PRIM 2, pour une migration légale, circulaire et vectrice de développement. Crédit : MAP
Face au vieillissement de la population en Europe et aux aspirations d'une jeunesse marocaine en quête de perspectives, le Maroc, la France et l'Union européenne ont présenté, jeudi 9 avril à Rabat, deux dispositifs qui entendent transformer la gestion des flux migratoires en un outil de développement partagé

L'équation est connue. D'un côté du détroit de Gibraltar, une Europe confrontée à ce que les démographes appellent désormais un « hiver démographique » : des pans entiers de l'économie — agriculture, hôtellerie-restauration, aide aux personnes âgées — manquent de bras. De l'autre, un vivier de compétences, souvent jeune, souvent rural, qui ne trouve pas de voie légale pour accéder à ces emplois. C'est précisément à cette inadéquation que s'attaquent les deux programmes lancés jeudi à l'Hôtel Tour Hassan, à Rabat, par le Maroc, la France et l'Union européenne.


Le premier, « THAMM+ Équipe France », se concentre sur l'organisation de parcours de travail temporaire entre les deux pays. Le second, « PRIM 2 », s'intéresse à la dimension locale de la politique migratoire, dans deux régions marocaines servant de laboratoires : le Souss-Massa et l'Oriental. Ensemble, ils dessinent les contours d'une approche que leurs promoteurs qualifient de « triple avantage » — pour les travailleurs, pour le Maroc et pour l'Europe.


Planifier plutôt que subir

Le ministre marocain de l'inclusion économique et de l'emploi, Younès Sekkouri, a donné le ton en appelant à rompre avec une gestion au fil de l'eau. Plutôt que de répondre dans l'urgence aux pénuries sectorielles, il prône une anticipation systématique des besoins en main-d'œuvre. « Le planning est le pivot central pour servir les intérêts du pays », a-t-il martelé devant les délégations réunies à Rabat.


C'est tout le sens de « THAMM+ Équipe France ». Adossé à l'initiative européenne « Partenariat des Talents », ce programme ne se limite pas au placement de travailleurs. Il ambitionne d'accompagner chaque étape du cycle migratoire : préparation au départ, séjour professionnel en France et accompagnement au retour. Le dispositif mobilise un réseau institutionnel dense — l'ANAPEC et l'OFPPT côté marocain  l'OFII, France Travail et les branches professionnelles côté français —, avec comme fil rouge la protection des droits des travailleurs. Le financement est assuré conjointement par l'UE et la France, via l'Agence française de développement (AFD), et la mise en œuvre confiée à Expertise France.


L'ambassadeur de France à Rabat, Christophe Lecourtier, a tenu à inscrire cette initiative dans le temps long. Évoquant la contribution des travailleurs marocains à la reconstruction de la France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, puis leur rôle durant la période de forte croissance des années 1945-1975, il a plaidé pour que cette mémoire partagée nourrisse un partenariat renouvelé. Le besoin de main-d'œuvre qualifiée, a-t-il rappelé, n'a pas disparu — il s'est transformé.

Le diplomate français a également salué le cadre institutionnel marocain en matière de gouvernance migratoire, estimant que la Stratégie nationale d'immigration et d'asile, adoptée sous l'impulsion du roi Mohammed VI, faisait du Royaume un interlocuteur de référence sur ces questions. La coopération bilatérale, a-t-il résumé, vise désormais à construire « une migration positive et structurée », loin des logiques d'improvisation.


Cinq millions de Marocains en Europe : un « modèle vivant »

Pour l'ambassadeur de l'UE, Dimiter Tzantchev, ces projets ne naissent pas dans un vide politique. Ils s'inscrivent dans l'architecture plus vaste du Pacte méditerranéen et du nouveau Pacte européen sur la migration et l'asile, qui tente de concilier contrôle des frontières et ouverture de voies légales. Le diplomate européen a rappelé un chiffre : plus de cinq millions de Marocains vivent aujourd'hui en Europe, constituant à ses yeux la preuve concrète de la densité des liens entre les deux rives.


Mais Tzantchev a surtout insisté sur un point de méthode. Pour que les politiques migratoires produisent des effets réels, elles doivent se déployer au plus près du terrain — dans les régions, les communes, auprès des associations. « Descendre des capitales vers les territoires », selon sa formule, est la condition sine qua non de leur efficacité.


Le laboratoire territorial de PRIM 2

C'est exactement l'ambition du second programme. Là où « THAMM+ » s'occupe du flux — organiser les départs et les retours —, « PRIM 2 » travaille sur le tissu local. Dans le Souss-Massa et l'Oriental, le projet renforce l'accès des populations migrantes et des Marocains de retour de l'étranger à la santé, à l'éducation et à l'insertion économique. Il accompagne aussi les collectivités territoriales et la société civile dans l'élaboration de politiques d'accueil adaptées à leurs réalités.


Le programme prolonge une première phase et s'adosse à deux piliers institutionnels marocains : la Stratégie nationale d'immigration et d'asile (SNIA) et la Stratégie nationale des Marocains résidant à l'étranger (SNMRE). Il met l'accent sur l'inclusion des femmes et la protection des personnes en situation de vulnérabilité, qu'il s'agisse de migrants subsahariens, de réfugiés ou de familles de la diaspora marocaine.


Un pari politique autant que technique

Derrière la technicité de ces dispositifs se joue un pari politique. Pour le Maroc, il s'agit de démontrer qu'une gestion souveraine et ordonnée de la migration est possible, tout en valorisant le capital humain national. Pour la France et l'UE, l'enjeu est de prouver que l'Europe peut ouvrir des voies légales crédibles, à un moment où le débat migratoire sur le continent reste polarisé.


Le lancement simultané de ces deux programmes — l'un tourné vers la mobilité professionnelle, l'autre vers l'ancrage territorial — constitue en soi un message : la migration ne se gère pas par un seul levier. Elle suppose d'agir à la fois sur l'offre et la demande de travail, sur les droits individuels et les capacités institutionnelles, sur les capitales et les régions. C'est à cette articulation que Rabat, Paris et Bruxelles entendent désormais travailler.

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