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12.04.2026 à 07 H 55 • Mis à jour le 12.04.2026 à 07 H 55
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Moyen-Orient

Islamabad : 21 heures de négociations pour un échec historique entre les États-Unis et l’Iran

Le vice-président américain, J. D. Vance, flanqué de l'envoyé spécial Steve Witkoff et de Jared Kushner, gendre du président Trump Le vice-président américain, J. D. Vance, flanqué de l’envoyé spécial Steve Witkoff et de Jared Kushner, gendre du président Trump. Crédit : Pool Photo/NYT
Les pourparlers directs entre Washington et Téhéran, les premiers en face à face depuis la révolution islamique de 1979, se sont soldés par un constat d'impasse. Le vice-président américain J. D. Vance a quitté la capitale pakistanaise ce dimanche 12 avril à l'aube, laissant derrière lui une « offre finale » que l'Iran n'a pas acceptée

Pour la première fois depuis 47 ans, des responsables américains et iraniens de premier plan se sont assis dans la même pièce, à l'hôtel Serena d'Islamabad, pour tenter de mettre fin à une guerre ouverte entre leurs deux pays. Vingt et une heures plus tard, l'histoire s'est refermée sans accord. Le vice-président américain, J. D. Vance, flanqué de l'envoyé spécial Steve Witkoff et de Jared Kushner, gendre du président Trump, s'est présenté devant la presse vers 6 h 30 du matin, ce dimanche, visiblement marqué par la fatigue et la déception, pour annoncer l'échec des discussions.


La délégation iranienne, conduite par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le ministre des affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait pourtant fait le déplacement dans un climat de méfiance assumée. Ghalibaf avait prévenu dès son arrivée à Islamabad que l'expérience iranienne des négociations avec Washington avait toujours été « accompagnée d'échecs et de ruptures d'engagements » — une allusion directe aux frappes américano-israéliennes lancées le 28 février, en plein processus diplomatique, et qui avaient coûté la vie au guide suprême Ali Khamenei ainsi qu'à de nombreux responsables militaires.


Le nucléaire, point de rupture central

Au terme de ce marathon diplomatique — ponctué de navettes des médiateurs pakistanais, puis d'échanges directs, et enfin de propositions écrites transmises entre les deux camps —, c'est la question nucléaire qui s'est révélée être le fossé infranchissable. J. D. Vance a résumé l'exigence américaine en des termes sans ambiguïté : Washington réclamait de Téhéran un « engagement affirmatif » à ne jamais chercher à se doter de l'arme nucléaire, ni à acquérir les moyens d'y parvenir rapidement. Le vice-président a affirmé que les installations d'enrichissement iraniennes avaient été « détruites » par les frappes américaines et israéliennes — une assertion que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a contestée à plusieurs reprises.


Le problème, pour Washington, réside dans le sort de plusieurs centaines de kilogrammes d'uranium enrichi à 60 %, un niveau considéré par les experts comme étant à un pas du seuil militaire de 90 %. Les États-Unis exigeaient l'extraction de ce stock et sa sortie du territoire iranien. Plus encore, l'administration Trump maintenait la ligne qu'elle avait fixée dès les contacts indirects menés sous les auspices d'Oman en début d'année : zéro enrichissement autorisé. Une position que Téhéran, qui revendique un droit inaliénable à l'enrichissement civil, ne pouvait accepter.


Ormuz, les sanctions, le Liban : la liste des divergences

La question nucléaire n'était pas le seul terrain de désaccord. Le détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant la guerre environ un cinquième du pétrole mondial, constitue le principal levier de pression de l'Iran depuis le début du conflit. Washington exigeait sa réouverture sans conditions. Téhéran, qui a miné le passage maritime et bloqué la quasi-totalité du trafic commercial, entendait en conserver le contrôle comme monnaie d'échange et proposait même d'instaurer un droit de passage pour les navires — une idée rejetée par la communauté internationale.


Selon le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, les discussions avaient porté sur « diverses dimensions des sujets principaux de négociation », incluant le détroit d'Ormuz, le dossier nucléaire, les réparations de guerre, la levée des sanctions et « la fin complète de la guerre contre l'Iran et dans la région ». L'Iran demandait notamment l'arrêt des frappes israéliennes contre le Hezbollah au Liban — un point sur lequel les positions étaient irréconciliables, Israël, qui n'était pas représenté à Islamabad, ayant explicitement refusé de considérer le cessez-le-feu comme applicable au Liban.


Trump à Miami, Vance à Islamabad

Tandis que son vice-président négociait dans la nuit pakistanaise, le président Trump assistait à une soirée d'arts martiaux libres à Miami, en compagnie du secrétaire d'État Marco Rubio. Vance a indiqué avoir été en contact permanent avec le président au cours des vingt et une heures de discussions — « une demi-douzaine, une douzaine de fois ». De son côté, Trump n'a guère manifesté d'inquiétude. Sa priorité du moment semblait concentrée sur le détroit d'Ormuz, où deux destroyers lance-missiles de l'US Navy, l'USS Frank E. Petersen Jr. et l'USS Michael Murphy, ont effectué samedi le premier transit de navires de guerre américains depuis le début du conflit, dans le cadre d'une opération de déminage.


Le président américain a de nouveau revendiqué une victoire militaire totale : la marine iranienne anéantie, ses défenses aériennes neutralisées, ses bateaux mouilleurs de mines envoyés par le fond. Sa conclusion, formulée depuis la Floride, tenait en une phrase : accord ou pas, les États-Unis ont gagné.


Une pause ou une rupture ?

L'incertitude la plus lourde concerne désormais le cessez-le-feu de quinze jours conclu le 7 avril, qui expire dans les prochains jours. J. D. Vance n'a donné aucune indication sur ce qu'il adviendrait à son terme, se contentant de laisser sur la table une « offre finale et ultime ». La délégation iranienne, qui ne s'attendait apparemment pas à un départ aussi abrupt des Américains, a quitté Islamabad quelques heures après eux.


Le Pakistan, dont la médiation a été saluée par les deux parties, a appelé au maintien du cessez-le-feu. Le ministre des affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar, a qualifié les vingt et une heures de négociations d'« intenses et constructives » et a exhorté les deux camps à préserver l'« esprit positif » des échanges. Des diplomates chinois, égyptiens, saoudiens et qataris se trouvaient également à Islamabad pour faciliter indirectement le processus, signe de l'ampleur des enjeux régionaux et mondiaux.


Reste que l'écart entre les positions demeure abyssal. D'un côté, une administration américaine qui réclame ce qui ressemble à une capitulation — abandon complet du nucléaire, réouverture inconditionnelle d'Ormuz, sortie de l'uranium enrichi. De l'autre, un Iran meurtri par six semaines de bombardements, privé de son guide suprême, mais qui estime n'avoir pas été vaincu et refuse de se plier à ce que sa diplomatie qualifie d'« exigences excessives et demandes illégitimes ». Le cours du Brent, qui a bondi de plus de 30 % depuis le début du conflit pour dépasser les 94 dollars le baril, rappelle que le monde entier paie déjà le prix de cette impasse.

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