Algérie : les attentats-suicides de Blida, premier choc sécuritaire en plus d’une décennie
Une affiche du pape Léon XIV et du président Abdelmadjid Tebboune, en Algérie, lors de la visite pontificale. Crédit : DR
L'Algérie croyait en avoir fini avec les attentats-suicides. Lundi 13 avril, deux hommes ont actionné leurs ceintures explosives à quelques secondes d'intervalle aux abords d'un commissariat de Blida, ville de garnison située à une cinquantaine de kilomètres au sud de la capitale. L'un d'eux a blessé un policier l'autre s'est fait exploser 500 mètres plus loin. Il s'agit des premiers attentats de ce type perpétrés sur le sol algérien depuis 2012, date des dernières actions kamikazes attribuées à Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI).
Les images de l'attaque, relayées dès le début d'après-midi sur les réseaux sociaux, ont devancé de plusieurs heures toute communication officielle. Des sources non confirmées évoquent la découverte et le désamorçage de quatre autres engins explosifs dans la ville dans les heures qui ont suivi. Le silence des médias algériens a été total, tandis que le président de la Commission de l'Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a officiellement condamné l'attaque et exprimé sa solidarité avec le peuple algérien.
Une coïncidence difficile à ignorer
Le lien avec la visite du pape Léon XIV s'est imposé d'emblée dans l'esprit des observateurs. Le souverain pontife se trouvait, au moment même des explosions, en plein programme officiel à Alger : visite du mémorial des morts de la guerre d'indépendance, où il a lancé un appel à la paix en affirmant que « la violence n'aura jamais le dernier mot sur cette Terre », puis déplacement à la basilique Notre-Dame et à la Grande Mosquée d'Alger, avant une rencontre avec le président Abdelmadjid Tebboune.
Selon plusieurs sources concordantes sur les réseaux sociaux, les assaillants auraient initialement envisagé de frapper dans la capitale, où se pressaient les foules venues accueillir le pape, mais auraient renoncé face au dispositif sécuritaire exceptionnel déployé à Alger. Le choix de Blida, ville secondaire, mais symboliquement importante – elle fut l'un des bastions du Groupe islamique armé (GIA) durant la « décennie noire » des années 1990 –, pourrait ainsi relever d'un repli tactique autant que d'un choix délibéré.
Un mode opératoire artisanal
Si la simultanéité avec la visite pontificale nourrit légitimement les interrogations, le mode opératoire des attentats incite à la prudence quant à l'hypothèse d'un réseau structuré. Le caractère rudimentaire de l'action, deux assaillants isolés, un bilan matériel et humain limité, une exécution désordonnée, évoque davantage le profil d'individus autoradicalisés que celui d'une cellule organisée bénéficiant d'un soutien logistique.
Le scénario le plus probable, en l'état des informations disponibles, est celui de deux hommes radicalisés au contact de la propagande djihadiste en ligne, ayant confectionné de manière artisanale leurs ceintures explosives et s'étant mutuellement encouragés à passer à l'acte à l'occasion de la venue du pape. Un schéma classique de radicalisation par les pairs, maintes fois observé en Europe comme au Maghreb.
Le spectre du passé algérien
L'attentat n'en ravive pas moins des souvenirs douloureux dans un pays marqué par une guerre civile qui fit, selon les estimations, entre 100 000 et 200 000 morts entre 1991 et 2002. Si le terrorisme islamiste a été largement éradiqué par les forces de sécurité algériennes au cours des deux dernières décennies, la menace résiduelle n'a jamais totalement disparu, notamment dans les zones montagneuses du sud et de l'est du pays.
Le silence officiel d'Alger, s'il relève d'une gestion de crise classique dans un pays où le contrôle de l'information reste étroitement encadré, pose néanmoins question. En refusant de communiquer sur l'événement alors même que les images circulaient massivement en ligne, les autorités algériennes ont laissé le champ libre aux spéculations et aux récits non vérifiés, au risque d'alimenter l'inquiétude plutôt que de la contenir. Dans une tentative de diversion, de nombreux relais propagandistes du régime ont déclenché une campagne d'intox sur les réseaux sociaux pour laisser croire à une vague d'attaques terroristes en cours au Maroc, signe de la fébrilité extrême du pouvoir algérien en situation tendue.
Une visite pontificale sous haute tension
Mardi, au lendemain des attentats, le pape Léon XIV s'est rendu comme prévu à Annaba, dans l'est du pays, sur les traces de saint Augustin d'Hippone, figure majeure du christianisme primitif en Afrique du Nord. Le souverain pontife, qui s'est proclamé « fils de saint Augustin » le soir de son élection, devait visiter les ruines archéologiques de l'ancienne cité romaine d'Hippone, son théâtre, son marché, ses thermes et les vestiges de la basilique où Augustin prêchait. Au programme également : la rencontre avec une communauté de religieuses et les frères augustiniens d'Annaba, avant de célébrer la messe à la basilique Saint-Augustin, édifice du XIXe siècle qui abrite une relique du saint. Le dispositif de sécurité autour de ce déplacement a été considérablement renforcé à la suite des événements de Blida.
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