Musique Nacim Haddad, la revanche de l’Aïta
Au Maroc, ne croit-on pas que l'Aïta est la meilleure des thérapies ? Sans être une science exacte, elle est réputée exorciser les maux du corps et de l'âme plus promptement que les remèdes des médecins. Partout où ses mélodies retentissent, elle attire des foules en quête d'ivresse musicale, appelées par le caractère dit irrésistible des rythmes de la Jarra. Cette guérison par la transe est demeurée un secret jalousement gardé par les Marocains pendant des siècles.
Réputée intraduisible, peu comprise par les étrangers, y compris en Afrique du Nord, l'Aïta est jusque-là restée confinée à l'intimité des mariages et des cérémonies populaires. Bien que plébiscitée par ses aficionados pour la noblesse de ses textes et l'élégance de ses notes, elle a longtemps été reléguée au rang de musique du petit peuple, de plaisir inavouable pour beaucoup.
Du nucléaire à la « Jarra »
Redonner à l'art de l'Aïta ses lettres de noblesse sans le dénaturer, c'est le défi que se donne Nacim Haddad. Docteur en physique nucléaire et chercheur en physique des particules, il arbore l'improbable double profil du scientifique de renom qui a contribué à plus de 600 publications et chanteur d'Aïta qui remplit les salles les plus prestigieuses au Maroc et ailleurs. Auteur d'une encyclopédie dédiée à l'Aïta, son projet artistique propose d'en faire non seulement un art vivant, mais une expression culturelle digne des programmations les plus prestigieuses.
C'est ainsi que Nacim Haddad a conçu son projet Ayta World Tour, dont la partie nord-américaine s'achève ce 5 juin à Ottawa après Québec et l'Olympia de Montréal où il a été invité à signer le livre d'or de l'hôtel de ville. Débutée en avril 2025 au Grand Rex de Paris, cette tournée mondiale se propose de fédérer les Marocains de l'étranger autour d'un art qui les rattache au pays, tout en formant un nouveau public international à la beauté de cet univers artistique si unique.
Ni fusion ni dénaturation
Défi largement relevé par Nacim Haddad dont l'approche artistique préserve toute la sève de l'Aïta. En effet, pour dépoussiérer cet art aussi incontournable par les Marocains que méconnu du public international, quelques projets antérieurs qui s'étaient penchés sur le répertoire si typique de l'Aïta avaient pris le parti de faire fusionner les rythmes traditionnels avec des sonorités musicales plus contemporaines. Ce n'est pas du tout l'approche adoptée par Nacim Haddad. Lui, ce sont bel et bien les incantations de Moulay Abdallah ou de Rkoub El Khaïl qu'il interprète avec la même élégance, que ce soit sur la scène du Teatro Carcano de Milan, celle du Cirque royal de Bruxelles ou encore du Théâtre Mohammed V de Rabat.
Invité à la veille de son concert à Ottawa à visiter le site historique de la Colline du Parlement, c'est un peu de l'âme de tous les anciens qui ont transmis ce patrimoine que Nacim Haddad plante sur le sol canadien.
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