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06.06.2026 à 11 H 17 • Mis à jour le 06.06.2026 à 11 H 17 • Temps de lecture : 4 minutes
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Soft Power

Le Maroc et le Brésil érigent leur duel du Mondial en vitrine diplomatique

Youssef Amrani et son homologue brésilienne à l'Atlantic Council

À une semaine de la rencontre qui opposera le Maroc au Brésil lors de la Coupe du monde 2026, les représentants diplomatiques des deux pays aux États-Unis ont transformé ce rendez-vous sportif en support d'un discours politique et économique. Réunis pendant près de 90 minutes à l'initiative de l'Atlantic Council, l'ambassadeur du Royaume à Washington, Youssef Amrani, et son homologue brésilienne, Maria Luisa Ribeiro Viotti, ont animé une conférence-débat consacrée au « pouvoir du sport dans la diplomatie ». Le cadre n'est pas anodin : la rencontre du 13 juin, programmée au MetLife Stadium de New York/New Jersey, constitue le match d'ouverture du Maroc dans le groupe C, avant l'Écosse et Haïti, et l'une des affiches les plus attendues du premier tour.


Devant l'auditoire du think tank américain, Amrani a construit son intervention autour du sport comme levier d'influence et de projection internationale, présentant le football comme « un langage universel capable de transcender frontières, cultures et clivages ». Fort de près de cinquante ans de carrière diplomatique, il a estimé que le ballon peut « ouvrir des portes et tisser des liens en quatre-vingt-dix minutes que la diplomatie met parfois des années à construire ». Saluant les préparatifs américains du « rendez-vous planétaire » de 2026, il a rappelé que celui-ci coïncide avec le 250e anniversaire des relations diplomatiques entre Rabat et Washington.


C'est toutefois l'échéance de 2030, que le Maroc co-organisera avec l'Espagne et le Portugal, qui a structuré la séquence promotionnelle. L'ambassadeur y a vu la consécration d'un « positionnement singulier » du Royaume, érigé selon lui en « trait d'union entre l'Afrique, l'Europe, l'Atlantique et la Méditerranée » au nom de la vision royale. Revenant sur la stratégie sportive engagée dès 2008, il a mis en avant l'investissement dans les infrastructures, le capital humain et le développement territorial, citant l'Académie Mohammed VI de football et une diplomatie sportive « pleinement assumée ». Le diplomate a adossé cette lecture à une série de résultats : le parcours jusqu'aux demi-finales du Mondial 2022 au Qatar, le sacre des moins de 20 ans au Chili en octobre 2025 — premier titre mondial de l'histoire du football marocain — et la progression de la sélection féminine. Au-delà du terrain, il a défendu l'idée du sport comme « investissement stratégique » et accélérateur de transformation économique et sociale.


L'argumentaire diplomatique s'est prolongé sur le registre bilatéral et économique. Amrani a insisté sur les convergences entre Rabat et Brasilia autour du multilatéralisme, du développement durable et de la coopération Sud-Sud, rappelant que le Maroc est aujourd'hui le deuxième partenaire commercial du Brésil en Afrique, tandis que Brasilia demeure pour le Royaume un fournisseur de premier plan en matière d'agriculture, de sécurité alimentaire, d'engrais et d'industrie. Esquissant un repositionnement géoéconomique, il a soutenu que « la relation atlantique ne se limite plus à l'Amérique du Nord et à l'Europe » et que l'Atlantique Sud s'affirme comme « un espace stratégique de coopération et de croissance » — formule qui prolonge l'effort marocain de structuration de sa façade atlantique. Il a conclu sur une note d'optimisme appliquée au match : « Que la meilleure équipe gagne. Mais quel que soit le score, le Maroc et le Brésil gagnent déjà ensemble. »


Du côté brésilien, Ribeiro Viotti a repris le registre du football comme vecteur de rapprochement entre les peuples, saluant l'élan suscité par les Lions de l'Atlas depuis 2022 et qualifiant la sélection marocaine de « l'une des meilleures au monde », reconnue pour son intelligence tactique, sa discipline et son efficacité en contre-attaque. Elle a anticipé pour le 13 juin un match « disputé et serré » entre deux partenaires historiques, et s'est dite convaincue que l'édition 2030 serait « un franc succès », offrant au Royaume une vitrine pour accroître sa visibilité internationale.

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