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Mohamed Nabili, Pastel sans titre, 1989.
11.06.2026 à 16 H 50 • Mis à jour le 11.06.2026 à 16 H 50 • Temps de lecture : 6 minutes
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Arts plastiques De sable et de signes : Mohamed Nabili en rétrospective à Marrakech

Le Musée du patrimoine culturel immatériel de Jemaa El Fna, à Marrakech, consacre une grande rétrospective au défunt artiste plasticien Mohamed Nabili. Titrée « La Mémoire des signes », elle retrace plusieurs décennies d'une œuvre nourrie de symboles, de sable et d'une enfance douloureuse

Du 12 juin 2026 au 15 février 2027, le Musée du patrimoine culturel immatériel de Jemaa El Fna à Marrakech accueille « La Mémoire des signes  », une exposition dédiée à l'œuvre de Mohamed Nabili. Peintre, céramiste et graphiste disparu en 2012, il a laissé un héritage singulier où se croisent mémoire, symboles ancestraux et expérimentations plastiques. À travers un parcours retraçant plusieurs décennies de création, cette rétrospective rend hommage à l'une des figures les plus originales de l'art marocain contemporain.


C’est dans les anciens bâtiments de Bank Al-Maghrib sur la célèbre place marrakchie, convertis en musée début 2023, que le public pourra admirer plusieurs mois durant les œuvres de Mohamed Nabili. Curieusement, cette structure gérée par la Fondation nationale des musées (FNM) propose à ce jour un site internet uniquement disponible en français et en anglais, mais pas en arabe ni en amazigh, les deux langues officielles du pays. Voilà qui est étrange pour une institution dédiée au « patrimoine culturel immatériel » marocain.


Un destin forgé par les épreuves

Né le 4 août 1952 à Benslimane, Mohamed Nabili s’y est éteint le 5 février 2012. Son parcours personnel, marqué très tôt par la perte, constitue l'une des clés de lecture de son œuvre. Orphelin de père et de mère dès l'âge de cinq ans, il grandit à l'orphelinat, puis dans la rue. Cette blessure originelle nourrira durablement son imaginaire et son regard sur l'enfance. C’est sans doute dans la noirceur de ces premières années de vie que l’homme a rencontré la flamme qui guidera sa création. 


L'artiste avait coutume de dire qu'il était venu à l'art « par accident », mais sa trajectoire raconte une histoire tout autre. Dans le Maroc des années 1970, après avoir décroché son baccalauréat, il suit une formation à l'École des arts appliqués de Casablanca, dont il sort diplômé en 1973, puis à l'École d'art et d'architecture de Marseille, en France, de 1974 à 1976. Sa connaissance de l'histoire de l'art et sa curiosité intellectuelle marqueront profondément son langage plastique.


Et après une courte parenthèse d’un an dans l’enseignement, à l'École des beaux-arts d'Aix-en-Provence, il décide de démissionner pour se consacrer pleinement à la création. 


Des voyages en quête de symboles

L’inspiration de Mohamed Nabili se distingue par un attachement quasi obsessionnel aux signes et aux symboles. Fasciné par le tatouage traditionnel, il entreprend de nombreux voyages afin d’en explorer les significations. Il parcourt ainsi le sud du Maroc, mais aussi le Pérou, où il s’installe durant deux années. Son itinéraire le mène également au Mexique, aux États-Unis et au Danemark, où il pratique notamment la peinture sur porcelaine.


Ces expériences enrichissent une œuvre profondément enracinée dans la culture marocaine, tout en restant ouverte aux influences du monde. Les formes géométriques primitives, les motifs issus des traditions populaires et les recherches autour de l'alphabet tifinagh sont autant de sources qui traversent sa production.


Chez Nabili, le signe n'est jamais un simple élément décoratif : il devient langage, mémoire et territoire. Répété, transformé ou associé à des dorures, il acquiert parfois la préciosité d'un bijou. Cette écriture visuelle singulière confère à ses œuvres une dimension à la fois universelle et intimement marocaine.


La mémoire du sable

L’une des caractéristiques du travail de Mohamed Nabili réside dans son usage du sable, dont il fait sa matière de prédilection. En l'incorporant directement à ses pigments, l'artiste crée des surfaces vibrantes et lumineuses, où les quelques cristaux réfractaires à la couleur produisent un éclat minéral. Le matériau, tantôt rugueux, tantôt soyeux, apporte une profondeur et un relief saisissants à ses compositions.


Au-delà de ses qualités plastiques, le sable a aussi une fonction symbolique : il évoque le temps, la mémoire, mais surtout le Sahara et les paysages marocains qui ont nourri l’artiste sa vie durant. « Pour moi, le désert c’est d’abord une philosophie, précisément la philosophie de l’essentiel. En fait, mon travail n’est qu’une fenêtre sur le désert », avait-il écrit. 


Un engagement pour l’enfance

Après son retour définitif au Maroc en 1992, Mohamed Nabili installe son atelier dans sa ville natale. Il y fonde en 1996 la Fondation Nabili pour l'imaginaire de l'enfant dans les arts plastiques, par le biais de laquelle il multiplie les projets destinés au jeune public, comme pour susciter chez les enfants un peu de ce dont la vie l’avait lui-même comblé : le talent.


L’initiative témoigne de l’importance qu’occupait l’enfance dans sa démarche artistique. Quelque chose en l’artiste n’a jamais pu quitter son sombre passé d’enfant des rues. Son œuvre est aussi une thérapie, une quête d’amour, comme pour combler l’absence de la toute première figure d’attachement, la mère. 


Cet engagement trouve un écho particulier en 2009 au Centre culturel français de Rabat (devenu depuis l’Institut français de Rabat), à l’occasion de l’exposition « Regards croisés ». Mohamed Nabili y présenta des œuvres réalisées à partir des dessins de soixante orphelins de la Maison d'enfants Akkari, accueillis dans son atelier de Benslimane et devenus les co-auteurs d'un projet où création et transmission se rejoignent. 


Mohamed Nabili travaillant avec des enfants dans le cadre des actions de la Fondation Nabili pour l’imaginaire de l’enfant.Mohamed Nabili travaillant avec des enfants dans le cadre des actions de la Fondation Nabili pour l’imaginaire de l’enfant. Crédit : Le Matin


Des centaines d'enfants à travers le pays – aujourd’hui des adultes – doivent à Nabili leur toute première expérience artistique  et parmi eux, ceux qui avaient réalisé à ses côtés les fresques murales des Centres hospitaliers universitaires de Casablanca et de Marrakech.


Avec « La Mémoire des signes », le Musée du patrimoine culturel immatériel de Jemaa El Fna invite à redécouvrir l'héritage d'un artiste dont l'œuvre continue de dialoguer avec les grandes questions de l'identité, de la mémoire et de la transmission. Une rétrospective qui rappelle combien Mohamed Nabili a su transformer les blessures de l'existence en un univers plastique d'une rare richesse.


« La Mémoire des signes », rétrospective de Mohamed Nabili. Du 12 juin 2026 au 15 février 2027, au Musée du patrimoine culturel immatériel de Jemaa El Fna, Marrakech.

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