Carburants : la plus forte baisse de l’année à la pompe, alors que le régulateur maintient ses réserves
Une station-service Petromin au Maroc. Crédit : Petromin Maroc
Depuis ce mercredi 1er juillet, à 00h01, les automobilistes paient leur plein sensiblement moins cher : les distributeurs ont retranché 96 centimes au litre de gasoil et 45 centimes à celui d'essence super. Résultat, le diesel retombe aux environs de 12,61 dirhams alors qu’il frôlait encore 13,55 DH avant cette révision, tandis que le sans-plomb super redescend vers 13,84 DH. Comme toujours, ces montants ne valent qu'à titre indicatif : l'affichage varie de quelques centimes d'une enseigne et d'une ville à l'autre.
La correction est l'une des plus marquées observées depuis le début de l'année, en particulier sur le gasoil, carburant qui représente, selon les estimations professionnelles, entre 75 % et 80 % de la consommation nationale dans un parc automobile lourdement diéselisé. Elle prolonge un mouvement de repli amorcé à la mi-juin.
Trois révisions, une même trajectoire
Ce n'est pas un accident de calendrier, mais l'aboutissement d'une séquence. Après une accalmie limitée le 1er juin (–0,53 DH sur le gasoil, essence inchangée), les distributeurs avaient abaissé leurs prix le 16 juin de 40 centimes sur le diesel et de 60 centimes sur le sans-plomb. La baisse de ce 1er juillet, nettement plus ample, ramène le gasoil à un niveau qu'il n'avait plus atteint depuis l'avant-crise, effaçant l'essentiel de la flambée du printemps.
Car il faut se souvenir du point de départ. Entre début mars et fin avril, les prix à la pompe avaient bondi de plus de 4 dirhams sur le gasoil, sous l'effet direct de la guerre déclenchée le 28 février entre Israël, les États-Unis et l'Iran, et de la fermeture partielle du détroit d'Ormuz qui en avait résulté. Le choc s'était propagé mécaniquement au marché marocain, entièrement dépendant des importations de produits raffinés depuis l'arrêt de la raffinerie Samir en 2015, le Royaume n'achetant plus du brut à transformer localement, mais du gasoil et de l'essence prêts à l'emploi, indexés sur le marché de référence du Nord-Ouest européen.
L'origine du répit : un baril en chute libre
La détente à la pompe est le reflet retardé d'un retournement brutal des marchés internationaux. Le Brent, référence mondiale, a terminé le deuxième trimestre autour de 73–74 dollars le baril, en recul d'environ 30 % sur trois mois, soit sa pire performance trimestrielle depuis le krach pétrolier de 2020. Loin des sommets d'avril, où le prix au comptant de cargaisons de brut avait dépassé les 120 dollars sous l'effet de la paralysie du détroit.
Le tournant s'est joué à la mi-juin, avec la signature le 18 juin d'un accord intérimaire de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran, prévoyant la réouverture du détroit d'Ormuz et la levée du blocus naval américain. La remise en circulation de plusieurs centaines de millions de barils jusque-là bloqués dans le Golfe, conjuguée au rebond des exportations iraniennes et à des flux russes records, a rapidement fait basculer le marché de la pénurie vers l'anticipation d'une surabondance. C'est cette bascule qui parvient aujourd'hui au consommateur marocain.
Le régulateur souligne ses réserves persistantes
Si la baisse est accueillie avec soulagement, le fonctionnement du marché reste sous l'œil du Conseil de la concurrence, qui a fait passer son suivi des prix d'un rythme trimestriel à un rythme mensuel. Dans ses dernières notes de conjoncture, l'institution présidée par Ahmed Rahhou confirme n'avoir relevé « aucun comportement anticoncurrentiel » formel sur le marché.
La formule, cependant, s'accompagne d'un bémol devenu récurrent. Le régulateur observe que les opérateurs révisent leurs tarifs aux mêmes échéances (le 1er et le 16 du mois) et dans des proportions voisines. Ce parallélisme n'est pas le produit du jeu concurrentiel : il perpétue une mécanique héritée du régime des prix administrés, abandonné lors de la libéralisation de décembre 2015. Aux yeux du Conseil, il prive le marché de la souplesse qu'une concurrence réelle devrait produire : les reculs du brut mettent davantage de temps à atteindre l'automobiliste, et les écarts d'une enseigne à l'autre restent trop ténus pour peser sur le prix payé au consommateur.
L'analyse chiffrée du printemps avait en outre mis au jour une asymétrie révélatrice. Sur la période de mars, la transmission des cotations internationales était demeurée partielle sur le gasoil (un écart cumulé de –1,35 DH/L non répercuté), tandis qu'elle apparaissait plus que proportionnelle sur l'essence (+0,33 DH/L). Le Conseil y avait vu la trace de pratiques de compensation entre produits : les opérateurs modulant la répercussion pour amortir le choc sur le diesel, produit socialement sensible et politiquement surveillé, quitte à surfacturer un sans-plomb moins scruté. La question qui se pose désormais, en phase de baisse, est l'exacte symétrique : les distributeurs restituent-ils aux automobilistes l'intégralité du reflux du brut, ou en conservent-ils une fraction pour reconstituer des marges comprimées au plus fort de la crise ?
Un secteur concentré, un sujet inflammable
Ces interrogations ne sont pas neuves. Le marché marocain de la distribution reste dominé par une poignée d'opérateurs — Afriquia SMDC, Vivo Energy Maroc, TotalEnergies Marketing Maroc, Petrom en tête, dont neuf enseignes concentrent environ 70 % des stations-service et 81 % des capacités de stockage. En 2019, un rapport du Conseil de la concurrence dénonçant des pratiques anticoncurrentielles et des marges jugées excessives depuis la libéralisation avait déclenché une crise institutionnelle majeure, soldée par la destitution du président de l'époque, Driss Guerraoui.
À qui profite la baisse
Pour l'heure, le répit est réel. Les professionnels du transport de marchandises, de la logistique et de l'agriculture, dont les charges d'exploitation reposent presque entièrement sur le mazout, sont les premiers bénéficiaires, aux côtés des ménages dont le pouvoir d'achat avait été rogné par la flambée du printemps. La question de la répercussion des baisses sur les prix des biens de consommation, elle, reste ouverte : les hausses de transport se transmettent vite aux étals, les baisses beaucoup moins.
Reste la fragilité de fond. Les analystes rappellent que le marché pétrolier demeure suspendu aux développements géopolitiques au Moyen-Orient, où le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran conserve un caractère intérimaire et où la question du contrôle du détroit d'Ormuz n'est pas tranchée. La détente de ce 1er juillet offre une respiration, elle ne garantit pas la durabilité.
©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.
