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02.07.2026 à 02 H 21 • Mis à jour le 02.07.2026 à 02 H 21
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Mines

Étain d’Achmmach : le chinois Xingye rachète la part des Japonais et verrouille 100 % d’Atlas Tin

Projet Achmmach Atlantic Tin Projet Achmmach Atlantic Tin. Crédit : Atlantic Tin
Le producteur de métaux non ferreux de Mongolie-Intérieure débourse 23,1 millions de dollars pour sortir Toyota Tsusho et Nittetsu Mining du capital de la société marocaine porteuse du gisement d'étain d'Achmmach, près de Meknès. L'opération clôt près d'une décennie de présence japonaise dans le projet et parachève une prise de contrôle chinoise engagée au printemps 2025

Inner Mongolia Xingye Silver &  Tin Mining Co. a annoncé le 1er juillet le rachat des 25 % restants du capital d'Atlas Tin SAS, la société de droit marocain immatriculée à Meknès qui détient le permis d'exploitation du gisement d'étain d'Achmmach, à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de la capitale ismaïlienne.


Selon le communiqué déposé auprès de la Bourse de Shenzhen, deux contrats de cession d'actions (Share Purchase Agreements) ont été signés le 30 juin, le jour même de leur approbation par le conseil d'administration du groupe chinois. Le premier porte sur les 848 139 actions (20 %) détenues par la maison de négoce japonaise Toyota Tsusho Corporation, pour 15,3 millions de dollars. Le second vise les 212 036 actions (5 %) de Nittetsu Mining Co., filiale minière de la galaxie Nippon Steel, pour 7,81 millions de dollars. Soit un total de 23,11 millions de dollars, payables en numéraire, en une seule fois au closing, sur fonds propres ou financements levés par le groupe.


Xingye contrôlait déjà 75 % d'Atlas Tin via Atlantic Tin Pty Ltd, la structure australienne héritée du rachat de l'ex-Kasbah Resources en 2025. À l'issue de l'opération, le groupe détiendra 100 % de la société de projet. Les deux contrats sont assortis d'un délai de trois mois pour la levée des conditions suspensives, le transfert des titres devant intervenir dans les cinq jours ouvrés suivants. Un acte de résiliation (Termination and Release Deed) mettra fin au pacte d'actionnaires historique liant les trois partenaires, l'objectif affiché étant, selon le communiqué, de « simplifier la gouvernance », d'« accélérer la prise de décision » et de capter l'intégralité des résultats futurs du projet dans les comptes consolidés.


Une asymétrie de prix inexpliquée

Un détail du montage interpelle. Rapporté au nombre d'actions cédées, Toyota Tsusho perçoit environ 18 dollars par titre, contre près de 37 dollars pour Nittetsu Mining, soit un prix par action deux fois supérieur pour l'actionnaire minoritaire à 5 %. En valorisation implicite, le bloc Toyota Tsusho valorise Atlas Tin à 76,5 millions de dollars, quand le bloc Nittetsu la valorise à plus de 156 millions. Le communiqué de Xingye ne fournit aucune explication à cet écart, qui pourrait renvoyer à des clauses différenciées du pacte d'actionnaires d'origine (options de sortie, mécanismes de liquidité négociés à l'entrée des Japonais) que l'acte de résiliation vient précisément solder. Le document se borne à indiquer que les cessions soldent « les droits et obligations historiques des parties ».


À titre de comparaison, Xingye avait déboursé environ 98 millions de dollars australiens (63 M $ US) en 2025 pour acquérir 100 % d'Atlantic Tin, laquelle détenait, outre les 75 % d'Atlas Tin, les licences voisines de Samine (rachetée à Managem en 2024), Bou El Jaj et des permis de recherche dans les massifs granitiques du Ment et de Zaer.


Un actif encore sans revenus, mais un calendrier qui s'accélère

Sur le papier comptable, Atlas Tin reste une coquille de développement : zéro chiffre d'affaires, un actif net de 4,7 millions de dirhams à fin décembre 2025 pour un total de bilan de 53 millions, et des pertes récurrentes (–4,76 MDH sur l'exercice clos en juin 2025, en normes comptables chinoises). La valeur est ailleurs : dans le permis d'exploitation renouvelé en janvier 2022 pour dix ans (échéance janvier 2032) sur 11,9 km², délivré par la direction régionale de l'Énergie et des Mines de Fès.


Le communiqué livre au passage une actualisation des ressources. Un rapport de personne qualifiée conforme au code JORC, établi en mai 2026 par le cabinet pékinois Beijing Sinotech arrête au 31 décembre 2025, avec une teneur de coupure souterraine de 0,27 %, des ressources mesurées et indiquées de 27,3 millions de tonnes à 0,64 % d'étain (174 000 tonnes de métal contenu), auxquelles s'ajoutent 9,2 Mt inférées à 0,35 % (32 000 tonnes). Un périmètre plus resserré que l'estimation publiée par Atlantic Tin en novembre 2024, 39,1 Mt à 0,55 %, soit 213 000 tonnes contenues, qui avait alors valu à Achmmach d'être présenté comme l'un des plus grands gisements d'étain non développés au monde.


Surtout, une nouvelle étude de faisabilité, réalisée en avril 2026 par Shanjin Design Consulting, retient une exploitation souterraine avec une capacité d'extraction de 1,2 million de tonnes de minerai par an, un dimensionnement supérieur aux 750 000 t/an de l'étude définitive de faisabilité bouclée par Kasbah Resources en 2018. Le site dispose de son autorisation environnementale (étude d'impact approuvée en 2014, modifiée et prorogée en 2019) et de trois autorisations d'occupation temporaire délivrées par l'Agence des eaux et forêts, dont une autorisation d'exploitation courant jusqu'à fin décembre 2026, un jalon administratif à renouveler à brève échéance. Le groupe indique que le chantier est en phase de préparation à la construction.


Vingt ans d'atermoiements, dénoués en quatorze mois

Le dénouement tranche avec l'histoire longue du gisement, découvert en 1985 par le BRPM (aujourd'hui fondu dans l'ONHYM) via une anomalie géochimique de sédiments de rivière. La junior australienne Kasbah Resources en reprend l'exploration en 2007, y fore quelque 110 000 mètres de sondages carottés, obtient le permis d'exploitation en 2017 et boucle sa DFS en 2018, sans jamais parvenir à financer la construction. Entre-temps, Toyota Tsusho puis Nittetsu Mining étaient entrés au capital d'Atlas Tin comme partenaires industriels, misant sur la demande d'étain de l'électronique.


La suite est une chronique de crises de liquidités : purge du management et du conseil imposée en 2017 par le fonds suisse Pala Investments, devenu premier actionnaire, retrait de la cote de Sydney en septembre 2020, changement de nom en Atlantic Tin en 2023, levée in extremis de 5 millions de dollars fin 2024 auprès d'Apex Royalties, contre une redevance de 1,2 % sur les revenus bruts futurs d'Achmmach, Samine et Bou El Jaj : une charge que le nouveau propriétaire chinois devra continuer d'honorer.


Le basculement intervient le 30 avril 2025 : Xingye, opérateur d'une des plus grandes mines d'étain de Chine en Mongolie-Intérieure, lance une OPA hors marché à 0,24 dollar australien par action, avec le soutien de Pala (72 % du capital). Le seuil de 90 % est franchi le 12 juin 2025, l'acquisition forcée du solde finalisée à l'automne. Achmmach devient le premier projet du groupe hors de Chine. En mars 2026, sa filiale Xingye Gold (Hong Kong), la même entité qui signe aujourd'hui le rachat de la part Nittetsu, a émis 200 millions de dollars d'obligations offshore, destinées en partie à financer la construction de la mine.


L'étain marocain dans l'orbite chinoise

Au-delà du montage capitalistique, l'opération confirme la mainmise chinoise sur un minerai critique dont le cours évolue autour de 51 500 dollars la tonne, porté par la soudure électronique, la 5G et les infrastructures de centres de données. La sortie simultanée des deux industriels japonais, dans un contexte où Tokyo et Washington affichent, via l'initiative Quad sur les minerais critiques, l'ambition de sécuriser des chaînes d'approvisionnement hors influence chinoise, n'en est que plus notable : sur Achmmach, c'est le scénario inverse qui s'écrit.


Pour Rabat, l'équation est double. Le projet promet enfin l'entrée du Maroc dans le cercle des producteurs d'étain, avec les retombées fiscales et l'emploi local afférents dans la province d'El Hajeb. Mais il consacre aussi le passage sous pavillon exclusivement chinois d'un actif minier stratégique développé pendant deux décennies sur fonds australiens, suisses et japonais. Un cas d'école, après l'équipement automobile et les batteries, de la densification de l'empreinte industrielle chinoise dans le Royaume.

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