Câble électrique Maroc-Portugal : Rabat et Lisbonne courtisent Bruxelles et les capitaux privés
Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et son homologue portugaise Maria da Graça Carvalho. Crédit : Antônio Cotrim / Lusa
Le Maroc et le Portugal veulent adosser leur projet d'interconnexion électrique à un double levier de financement (les fonds de l'Union européenne et les capitaux privés), plutôt que d'en faire porter seuls la charge à leurs contribuables et à leurs consommateurs. C'est le message qu'a délivré, ce 20 juillet à Lisbonne, la ministre portugaise de l'Environnement et de l'Énergie, Maria da Graça Carvalho, à l'issue d'un entretien avec son homologue Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du Développement durable. L'approche européenne et l'approche par le secteur privé sont, selon elle, les deux options désormais greffées au projet.
La première condition tient à un statut. Rabat et Lisbonne entendent solliciter une réunion avec la vice-présidente exécutive de la Commission européenne, Teresa Ribera, afin d'explorer les possibilités de financement offertes par le prochain cadre budgétaire européen, en particulier le Mécanisme pour l'interconnexion en Europe, dont la dotation consacrée aux infrastructures doit être renforcée. Pour y accéder, la liaison doit d'abord être reconnue comme un projet prioritaire : c'est le « premier pas », a insisté la ministre portugaise, l'obtention du label d'intérêt européen ouvrant un accès privilégié aux fonds communautaires et aux projets de coopération entre l'Europe et l'Afrique.
Un serpent de mer vieux de 9 ans
En parallèle, les deux gouvernements veulent sonder l'appétit des investisseurs privés, entreprises du secteur énergétique et gestionnaires de réseaux au premier chef. Une manifestation d'intérêt, sous la forme d'une consultation de marché, pourrait être lancée pour mesurer la disposition de consortiums à participer au tour de table, et à quelles conditions.
Le coût du projet devra être remis à plat. Chiffré à environ 800 millions d'euros (M €) lors des travaux antérieurs, il doit être actualisé en fonction de la technologie retenue et du tracé de l'infrastructure. Les études les plus récentes remontent à 2018. Depuis, a rappelé la ministre, le marché a évolué et le prix des matériaux a augmenté. Une piste consisterait à associer l'Espagne au montage pour alléger la facture, le Maroc étant déjà relié au réseau électrique espagnol, la connexion ibéro-marocaine servant à la fois de précédent technique et de comparaison de coûts.
Le dossier n'est pas neuf. Il remonte à juin 2016, lorsque les deux pays avaient lancé une étude de faisabilité technique et financière portant sur une liaison par câble sous-marin autorisant l'import-export d'électricité. En mai 2018, les gestionnaires de réseau portugais et marocain, REN et l'Office national de l'électricité et de l'eau potable (ONEE), s'étaient vu confier la préparation d'un avant-projet de construction assorti d'un modèle de financement. La déclaration conjointe adoptée en mai 2023, à l'occasion de la 14e réunion de haut niveau entre les deux États, prévoyait de finaliser les études et d'accélérer la réalisation d'une interconnexion pensée pour les échanges d'électricité renouvelable. Neuf ans après son lancement, le projet reste à ce jour au stade des intentions.
La nouvelle donne du black-out ibérique
L'argumentaire portugais a trouvé un renfort inattendu dans le grand black-out ibérique du 28 avril 2025. Une interconnexion n'évite pas une panne, a reconnu Carvalho, mais elle en accélère le rétablissement. Le Portugal ne dépend aujourd'hui que de l'Espagne, la défaillance ayant pris naissance côté espagnol, Lisbonne avait dû attendre la remise en service du réseau voisin avant de recevoir de l'aide. Une liaison avec le Maroc aurait, selon la ministre, offert une « bulle » d'électricité supplémentaire et raccourci le délai. Le pays s'est depuis doté de quatre centrales à démarrage autonome, capables de redémarrer sans réseau, de sorte qu'un prochain incident se solderait, assure-t-elle, par un rétablissement plus rapide.
Leila Benali a qualifié la rencontre de « productive ». Au-delà du câble, les échanges ont porté sur les minerais critiques, les énergies renouvelables, la sécurité énergétique, le climat et la biodiversité, la ministre mettant en avant la volonté commune de réduire le coût d'accès à l'énergie pour les populations « des deux rives de l'Atlantique ». Ces dossiers doivent être repris lors d'un sommet maroco-portugais attendu au début de l'an prochain, nouvelle échéance pour un projet qui s'inscrit dans la stratégie plus large de Rabat visant à densifier ses interconnexions électriques avec l'Europe comme avec le continent africain.
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